L’ex-ministre PS Moscovici devenu commissaire européen réclame plus d'austérité en France

Par Antoine Lerougetel
30 mars 2015

Dans une interview donnée sur France Info le 11 mars, l'ancien ministre socialiste des Finances Pierre Moscovici, à présent commissaire européen aux affaires économiques et monétaires et à la fiscalité, a exigé que le gouvernement du Parti socialiste effectue de nouvelles coupes claires. Il a aussi défendu l’extension de l’austérité en Grèce par le nouveau gouvernement Syriza, exigée par l'Union européenne (UE).

Le Président François Hollande, qui a déjà imposé €50 milliards de coupes, a manqué à sa promesse de ramener le déficit budgétaire à 3 pour cent du PIB en 2015. Le déficit s'élevant à 4,1 pour cent du PIB, Paris sera obligé de trouver au moins €26 milliards à ajouter aux coupes supplémentaires de €4 milliards déjà décidées pour le budget de cette année. 

Moscovici a rappelé à Paris qu’en échange du sursis de deux ans accordé par la Commission la France devait, d'ici la fin avril, fournir à celle-ci des propositions détaillées de réformes structurelles. Celles-ci permettront aux employeurs de licencier les travailleurs et de réduire leurs salaires et avantages sociaux plus facilement. D'ici la fin du mois de juin, Paris doit préciser où ces coupes budgétaires seront faites. 

Ces mesures conduiront au type de désastre économique et social déjà créé par les diktats de l'UE en Grèce. Officiellement, le taux de chômage s'élève en France à plus de 10 pour cent; il est en réalité de 19,2 pour cent et touche 5,5 millions de personnes sur une population active de 28,6 millions. Les réductions des dépenses des collectivités territoriales devraient supprimer des dizaines de milliers d'emplois dans les secteurs de la santé et du bâtiment. 

Lorsque le journaliste Jean-François Achilli a fait remarquer que la France avait été traitée de façon relativement bénigne par rapport à la Grèce, à qui la Commission n'avait accordé aucun répit, Moscovici a déclaré, « Je refuse absolument cette comparaison que je trouve complètement désobligeante. » Il a dit que la France était la deuxième économie de l'UE et la cinquième du monde, tandis que la Grèce ne représentait que 2 pour cent de l'économie de l'UE et avait une dette nationale de 175 pour cent de son PIB. 

Lorsque Achilli a dit que la troïka (Commission européenne, Fonds monétaire international [FMI] et Banque centrale européenne) était de retour à Athènes et mettait « le nez dans les affaires grecques », Moscovici s'est empressé de la défendre. Les représentants de la troïka, a-t-il dit, sont seulement en train de vérifier des détails techniques. Faisant écho aux apologistes de Syriza au sein de la pseudo-gauche internationale, Moscovici a dit de la capitulation de Syriza devant l’austérité exigée par l'UE: « Ils n'ont pas trahi. » 

C'est non seulement une parodie du bilan de Syriza, mais aussi une défense mensongère de la politique des dirigeants de l'UE, dont Moscovici fait partie, qui exigent l’application impitoyable de l’austérité à une économie grecque déjà dévastée. 

Il a dit, « Si nous interdisions au gouvernement grec de mener son programme ce serait un déni de la démocratie (…) La souveraineté nationale, ça existe en Europe. » Selon lui, l'UE combine « deux respects nécessaires – le vote des électeurs, oui, le besoin de changements sociaux, oui …, » mais « De l'autre côté, eux, ils doivent entendre qu'ils ont pris des engagements envers leurs partenaires, qu'une dette est là pour être remboursée ». 

En fait, Moscovici et l'UE ont participé au déni direct de la démocratie envers le peuple grec. Syriza et l'UE ont signé le mois dernier des accords qui répudient l’engagement électoral de Syriza de réduire la dette et de stopper les mesures d'austérité. Le commentaire de Moscovici qu' « une dette est là pour être remboursée », montre bien qu'il a lui-même soutenu la capitulation abjecte de Syriza devant les mesures d'austérité dictées par l'UE. 

Moscovici est l’incarnation du rôle réactionnaire du PS. Dans la période qui a précédé l'élection de Hollande en 2012, ce parti s’est cyniquement posé en critique d’une politique d'austérité de l'UE menée par l’Allemagne, alors même que Hollande se préparait à mettre en œuvre son propre programme d'austérité en France. Or, dès que des bureaucrates du PS comme Moscovici sont récompensés par des postes d'influence à Bruxelles, ils s'appliquent sans états d’âme à imposer les exigences d'austérité de l'UE, en France, en Grèce et dans toute l'Europe. 

C’est une réflexion du caractère politiquement corrompu des couches sociales petites-bourgeoises d'où sont issus les membres du PS. Moscovici était comme étudiant membre de la (soi-disant de gauche) Ligue communiste révolutionnaire (LCR), précurseur du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), et l’est resté jusqu'en 1984. 

Diplômé de l'institution d’élite École nationale d'administration (ENA) en 1984, Moscovici a quitté la LCR pour le PS sous la direction d'un de ses professeurs, Dominique Strauss-Kahn, qui allait devenir directeur général du FMI. Moscovici est devenu secrétaire du « groupe d'experts » du PS travaillant pour le président François Mitterrand. Après avoir occupé un poste ministériel dans le gouvernement de la Gauche plurielle de Lionel Jospin, il a été le directeur de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012. 

Moscovici a contribué à élaborer la Constitution européenne, rejetée en France lors du référendum de 2005. Il a participé à l'élaboration du plan de sauvetage de la Grèce par l'UE et des conditions d'austérité brutales qui ont conduit à une contraction de 25 pour cent de l'économie grecque, à un taux officiel de chômage de plus de 26,1 pour cent, de 60 pour cent pour les jeunes, et à une baisse générale des salaires de plus de 30 pour cent. 

(Article original paru en anglais le 28 mars 2015)