L'Union européenne presse Syriza d'approfondir l'austérité en Grèce

Par Robert Stevens
9 mars 2015

Après la décision du gouvernement Syriza de signer la déclaration de l'eurogroupe le 20 février et de capituler au programme d'austérité de l'Union européenne (UE), l'UE intensifie ses menaces.La « troïka »—la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI)—insiste que tant que Syriza pas n'imposera activement l'austérité en Grèce, il ne recevra plus un sou en prêts.

Cette semaine, la Grèce a remboursé € 300 millions au FMI, mais elle doit encore payer un montant de 1,5 milliards d'euros à la fin du mois. En plus, € 4,5 milliards en bons du Trésor arrivent à échéance ce mois-ci. La Grèce doit rembourser plus de € 6 milliards au FMI en août, après l'expiration de l'accord de quatre mois signé avec l'UE. En tout, la Grèce doit rembourser € 22,5 milliards à ses créanciers en 2015.

Grèce ne peut pas rembourser cet argent sans financement externe. Un défaut sur sa dette d'environ € 320 milliards est de nouveau une possibilité.

Nicholas Economides, un professeur à la Stern School de business à New York a dit à Bloomberg News, « la Grèce est déjà à court d'argent et vit d'emprunts obligatoires d'urgence des fonds de pension et de fonds européens de soutien à l'agriculture ... Sauf s'il y a de nouveaux prêts de l'Europe ou si la BCE permet aux banques grecques d'acheter davantage de dette souveraine grecque, la Grèce sera en défaut à la fin de mars. »

Selon The Economist, « la reculade de Syriza à la fin de février a gagné du temps, mais il n'a pas convaincu les créanciers de faire des prêts supplémentaires. Aucun argent ne sera disponible jusqu'à ce que le gouvernement montre qu'il est sincère dans sa promesse d'achever les réformes sur lesquelles les créanciers insistent toujours ».

Cette semaine, le ministre des Finances de l'Espagne, Luis de Guindos, a dit qu'il était peu probable que la Grèce puisse obtenir des prêts de banques privées sur les marchés en juin, et qu'elle aurait donc besoin de nouveaux prêts d'entre € 30 et 50 milliards de ses créanciers publics européens.

Depuis l'élection de Syriza en janvier, la Banque centrale européenne augmente la pression. La BCE n'accepte plus les obligations souveraines grecques comme garantie pour les prêts ; les banques doivent compter sur l'assistance de liquidité d'urgence (ELA), un régime temporaire avec des taux d'intérêt élevés. La BCE a également limité la quantité de bons du Trésor à court terme que Athènes peut émettre.

En conséquence, les banques grecques sont plus ou moins insolvables ; plus de dépôts ont été retirés en décembre et janvier (€ 17 milliards) qu'au plus fort de la crise de la zone euro en mai-juin 2012. Selon les statistiques officielles, les déposants ont retiré entre € 2 et 3 milliards par semaine dans les trois premières semaines de février.

Les recettes fiscales ont baissé de € 2 milliards en janvier et février, par rapport à 2014. Il est impossible pour la Grèce à payer pour une période prolongée, la facture mensuelle € 4,5 milliards pour les retraites et les salaires des travailleurs du secteur public.

Jeudi, la BCE a refusé d'assouplir les règles qui coupent l'accès des banques grecques au crédit. A la BCE, Mario Draghi a déclaré que la banque prêterait des fonds seulement si la Grèce démontrait à l'eurogroupe, au FMI, et à la BCE qu'elle respecterait strictement l'accord du 20 février.

Le Premier ministre et leader de Syriza, Alexis Tsipras, a contacté le President de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour demander une réunion d'urgence. Juncker a simplement refusé, expliquant que toute nouvelle discussion devait attendre la réunion ce lundi des ministres des Finances de la zone euro.

Dans une interview mercredi au quotidien espagnol El Pais, Juncker a dit que Tsipras doit « encore dire aux Grecs qu'il va devoir briser certaines promesses ».

Syriza a déjà accepté les exigences de la troïka, y compris en déclarant qu'il n'agirait pas « unilatéralement » pour mettre en œuvre le programme sur lequel il a été élu, et il fonctionne en tant qu'outil du programme d'austérité de l'UE. Selon un rapport de la Süddeutsche Zeitung, Juncker et Tsipras sont en « contact téléphonique permanent ».

Selon l'accord du 20 février, Syriza doit fournir à la Troïka une liste de « réformes » à approuver avant que Syriza ne les exécute.

A la réunion européenne aujourd'hui, le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis compte présenter sept mesures d'urgence pour « atténuer l'extrême pauvreté ». Ce sont des mesures très ciblées, introduisant des allocations alimentaires pour 300 000 ménages, la ré-connexion de l'approvisionnement en électricité, partiellement gratuit, à 150 000 ménages, et une allocation de loyer pour moins de 30 000 ménages.

Au départ, le budget de Syriza pour faire face à la crise sociale, décrite dans son programme électoral voté à Thessalonique était € 1,8 milliards, était totalement insuffisant face à la dévastation sociale énorme causée par cinq années de compressions brutales du niveau de vie.

Après un mois de négociations avec la troïka, le coût total adjugé n'est que € 200 millions, ou 11 pour cent de la somme évoquée par le programme de Thessalonique. Même cette proposition doit être approuvée la semaine prochaine par la troïka. La lettre de Varoufakis leur assure qu'elle sera « fiscalement neutre, » avec 200 millions d'euros d'économies à réaliser ailleurs.

Dans une entrevue avec Tsipras le Spiegel, Tsipras a dit, « La BCE a toujours eu une corde autour de notre cou. »

Tsipras a ajouté que si la BCE refuse la permission d'Athènes à émettre des bons du Trésor supplémentaires à court terme, « le thriller nous avons vu avant le 20 février reviendra. »

Ces postures pathétiques n'influenceront guère l'élite dirigeante. S'exprimant vendredi au quotidien économique allemand Handelsblatt, Klaus Regling, directeur du Mécanisme européen de stabilité qui facilite les accords de prêt de l'UE, a déclaré: « la communication du nouveau gouvernement grec a, parfois, été irritante ces derniers jours ».

Il a ajouté, « La Grèce doit rembourser ces prêts en leur totalité. C'est ce que nous attendons et rien n'a changé à cet égard ».

Alors que l'aristocratie financière internationale saigne la Grèce à blanc, les conditions de millions de gens s'aggravent. Le chômage a augmenté en décembre, atteignant 26 pour cent, plus du double de la moyenne de la zone euro, qui est de 11,3 pour cent. Le nombre de chômeurs n'a changé qu'à peine depuis qu'il a atteint un niveau record de 27,9 pour cent en septembre 2013.

Des centaines de milliers de personnes comptent sur les banques alimentaires et les soupes populaires pour obtenir un repas normal. D'autres doivent fouiller les poubelles.

Un prêtre impliqué dans la distribution alimentaire dans l'ouest d'Athènes a dit au Daily Telegraph, « Les conseils municipaux ne peuvent plus faire face, alors les gens viennent chez nous pour se nourrir. Nous nourrissons 270 personnes, et la situation s'aggrave chaque jour. Aujourd'hui nous avons découvert trois jeunes enfants qui cherchaient de la nourriture dans les poubelles. Ils vivent dans un bâtiment abandonné, et nous n'avons aucune idée de qui ils sont ».

Le mois dernier, deux enseignants ont alerté le conseil municipal d'Athènes qu'il y avait des enfants affamés dans leurs cours. Ils ont indiqué que l'un des élèves concernés n'avait pas mangé depuis deux jours.

(Article original publié le 7 mars 2015)