Le Partei für Soziale Gleichheit (Allemagne) répond à la Frankfurter Allgemeine Zeitung et sa défense de Jörg Baberowski

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Par Partei für Soziale Gleichheit
5 décembre 2014

Par le Partei für Soziale Gleichheit
5 décembre 2014

La rubrique littéraire de l’édition du 1er décembre du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) a publié un article intitulé « Harcèlement, façon trotskyste : un historien de Berlin diffamé » qui attaque le Partei für Soziale Gleichheit (PSG – Parti de l’Egalité sociale).

Le rédacteur en chef du département Sciences humaines du quotidien, Jürgen Kaube, accuse le PSG et son organisation de jeunesse et étudiante, Etudiants et Jeunes internationalistes pour l’Egalité sociale (EJIES), de mener une campagne de diffamation contre Jörg Baberowski qui occupe la chaire d’histoire de l’Europe orientale à l’Université Humboldt de Berlin.

Cet article est rempli de remarques désobligeantes, de distorsions et d’erreurs. Il véhicule le point de vue de Baberowski, que l’auteur connaît personnellement grâce à des apparitions médiatiques communes. Le PSG ne fut ni contacté avant la publication de cet article ni invité à faire une déclaration, comme l’exigerait en principe la déontologie journalistique.

L’article ne nomme ni le PSG ni le World Socialist Web Site par leur nom. Il utilise des termes faux et inventés de toutes pièces. Il évite de citer le moindre mot des déclarations diffusées par le PSG et omet d’inclure des liens directs pointant vers elles, rendant ainsi difficile aux lecteurs de s’informer de manière indépendante.

Le PSG et l’EJIES ont demandé aux éditeurs de la FAZ, Werner D’Inka, Berthold Kohler, Günther Nonnenmacher et Holger Steltzner, de leur donner l’occasion de présenter leur point de vue en publiant la déclaration suivante dans la FAZ.

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Déclaration du Partei für Soziale Gleichheit sur l’article « Harcèlement, façon trotskyste »

Dans l’édition du 1er décembre, Jürgen Kaube accuse, dans un article intitulé « Harcèlement, façon trotskyste », le Partei für Soziale Gleichheit (PSG) de mener une campagne diffamatoire contre Jörg Baberowski, directeur de la chaire d’histoire de l’Europe orientale de l’Université Humboldt à Berlin.

Le PSG ne « diffame » pas Baberowski. Il attire simplement l’attention d’un plus grand public sur ce que Baberowski a dit et écrit lui-même. Si Baberowski a été diffamé, c’est par ses propres paroles. Kaube dissimule toutefois ces paroles aux lecteurs de la FAZ. Il ne cite aucune des déclarations faites par Baberowski et que le PSG a publiquement critiquées. Ci-dessous sont énumérées quelques-unes des déclarations les plus importantes :

En février, Baberowski avait fait dans le magazine Der Spiegel (numéro 7/2014), un plaidoyer en faveur d'Ernst Nolte. Il avait dit: « Nolte a été victime d’une injustice. Historiquement parlant, il avait raison. »

Quiconque connaît bien la vie intellectuelle de l’Allemagne de ces trois dernières décennies ne peut se méprendre sur le sens de ces mots. En 1986, par sa banalisation des crimes commis par les nazis, Nolte avait initié la violente querelle des historiens (Historikerstreit). Depuis lors, il est entré dans l’orbite des éléments néonazis.

En 2000, Roger Cohen, le chroniqueur du New York Times, avait décrit Nolte comme un « apologiste d’Hitler » (New York Times, 21 juin 2000). Dans la même année, l’historien Heinrich August Winkler avait certifié que les publications de Nolte « ne [laissaient] malheureusement pas de doute qu’il était de plus en plus devenu un partisan des extrémistes de droite » (Die Welt, 1er juillet 2000). La dirigeante de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), Angela Merkel, avait refusé de lui remettre le prix Konrad Adenauer. Et la FAZ elle-même avait décliné de publier ses articles après 1994.

Aux dires de Baberowski, tout ceci est « une injustice. » Il s’efforce de réhabiliter Nolte, bien que Nolte ne se soit jamais distancé de ses vues pronazies. Tout récemment, dans le magazine The European (avril 2014), Nolte avait une fois de plus plaidé pour que soit brisé le tabou des commentaires favorables à Hitler.

Réhabiliter un « apologiste d’Hitler » signifie réhabiliter Hitler lui-même. Dans Der Spiegel, Baberowski fournit sa propre description euphémique du dirigeant nazi. Il déclare: « Hitler n’était pas un psychopathe, il n’était pas cruel. Il ne voulait pas que les gens parlent de l’extermination des juifs à sa table » Si ceci n’est pas une apologie révisionniste du nazisme, qu’est-ce qui en constitue une?

Une autre déclaration de Baberowski et que critique le PSG a été faite le 1er octobre dernier lors d’une table ronde au Schlüterhof du Musée de l’histoire allemande sur le thème : « L’Allemagne force d’intervention ? » En commentant la lutte contre les Talibans et l’EI (Etat islamique en Irak et au Levant), Baberowski avait dit : « Et si l’on ne veut pas prendre des otages, brûler des villages, pendre les gens et semer la peur et la terreur, comme le font les terroristes, si l’on n’est pas prêt à faire de telles choses, alors on ne pourra jamais gagner ce genre de conflit et il vaut mieux ne pas s’en mêler. »

C’est là une assez bonne description de ce que les Nazis avaient appelé une « guerre d’extermination ». Pour avoir recouru à de telles méthodes en violation du droit international, les criminels de guerre nazis furent condamnés à mort à Nuremberg en 1946.

Si, comme le prétend Baberowski, une injustice a été faite à Nolte, alors tous ceux qui ont critiqué Nolte sont coupables de « diffamation ». Accuser ses critiques de diffamation a toujours fait partie de l’outillage de l’extrême-droite. Même le négationniste David Irving se sert de cela. Ce qui est nouveau, c’est qu’ils bénéficient d’un soutien au plus haut niveau.

La chaire d’histoire de l’Europe orientale de l’Université Humboldt a pris fait et cause pour Baberowski dans un communiqué. Elle fait pression sur les « enseignants et les étudiants de l’Université Humboldt » pour qu’ils « s’oppos[ent] à la campagne contre le professeur Baberowski. » Elle affirme même de façon absurde que nos critiques à l’égard de ses déclarations droitières enfreignent « la liberté académique protégée par la constitution. »

Si l’on partage ce point de vue alors la liberté académique protège la défense d’Hitler et la promotion des crimes de guerre et toute critique de ces positions réactionnaires est diffamatoire. En réalité, la question n’est pas la liberté académique, mais la Gleichschaltung (conformisme intellectuel prescrit par l’Etat). Si un débat public sur ces questions n’est pas permis, alors il n’est plus possible de rien discuter. Si la critique de telles déclarations est diffamatoire, alors il n’y a plus de liberté d’expression.

Dans la FAZ, Jürgen Kaube soutient les propos scandaleux de la chaire d’histoire de l’Europe orientale. Il prend également la défense d’une tentative précédente de Baberowski d’étouffer toute critique politique et scientifique.

En février dernier, Baberowski avait invité l’historien britannique Robert Service à participer à un colloque public. Des experts internationaux avaient discrédité la biographie de Trotsky par Service comme étant « un travail bâclé » en citant des centaines d’erreurs et de falsifications. Le professeur de l’Université de Stanford, Bertrand Patenaude, en avait publié une critique dévastatrice dans la prestigieuse publication universitaire américaine American Historical Review (Juin 2011) et quatorze historiens de langue allemande bien connus avaient protesté contre la publication d’une édition allemande du livre dans une lettre adressée à la maison d’édition Suhrkamp. Ces déclarations étaient une confirmation du travail de David North, le président du comité de rédaction international du World Socialist Web Site, et de la manière approfondie avec laquelle il avait confondu Service et son livre.

Lorsque le PSG a annoncé vouloir poser des questions critiques à Service lors du colloque concernant sa biographie de Trotsky, Baberowski a réagi en transférant l’événement dans un endroit secret, en répandant publiquement le mensonge qu’il n’avait pas lieu et en refusant ensuite l’accès à tous ceux qu’il soupçonnait de vouloir poser des questions critiques.

Kaube justifie ce geste scandaleux de censure. Bien qu’il admette que le PSG ait soumis auparavant ses questions par écrit à Service, c’est-à-dire qu’il était en quête d’un débat sérieux, il estime qu’il est parfaitement en ordre que Baberowski ait recouru à des vigiles de la sécurité pour exclure tous les participants « qui jugeaient qu’il eût mieux valu que le livre ne fut pas publié. » Parmi ceux qui furent interdits d’accès il y avait non seulement David North, l’unique personne dont Kaube mentionne le nom, mais un professeur de l’université de Potsdam qui avait signé la lettre ouverte à la maison d’édition Suhrkamp, ainsi que plusieurs étudiants de l’Université Humboldt.

La question qui demeure est: pourquoi est-ce que personne ne s’oppose aux scandaleuses déclarations de Baberowski et pourquoi trouve-t-il un soutien en hauts lieux ? Qu’est-ce-qui a provoqué ce changement ?

A notre avis, ceci est lié à l’actuelle orientation de la politique étrangère allemande. La « fin de la retenue militaire » exige une nouvelle narration réactionnaire de l’histoire. Des points de vue discrédités et rejetés de longue date trouvent actuellement un soutien et sont à l’abri de toute critique. Toute personne les attaquant est accusée de « diffamation. »

Quiconque lisant attentivement la déclaration de la chaire d’histoire de l’Europe orientale à l’Université Humboldt ainsi que l’article de Jürgen Kaube ne peut avoir le moindre doute que ce qui est en jeu c’est l’avenir non seulement de l’Université Humboldt mais de la vie académique en Allemagne en général. Les universités resteront-elles des centres pour les sciences et la libre discussion ? Ou bien deviendront-elles, une fois de plus – comme auparavant dans l’histoire allemande – des fabriques de cadres contrôlées par l’Etat au service d’une idéologie d’extrême droite, néonazie et militariste ?

Ulrich Rippert, secrétaire national du PSG

(Article original paru le 3 décembre 2014)