Kiev promet de bloquer le convoi d’aide russe à destination de l’Ukraine orientale

Par Christoph Dreier
15 août 2014

L’armée ukrainienne et ses unités paramilitaires fascistes alliées sont en train de créer une catastrophe humanitaire dans l’est de l’Ukraine et le gouvernement à Kiev bloque l’aide d’urgence à la population.

Les États-Unis et l’OTAN utilisent le conflit à propos de l'envoi d'un convoi d’aide de la Russie aux villes assiégées de Donetsk et de Lugansk pour organiser de nouvelles provocations contre Moscou.

Mardi, 280 camions blancs transportant des fournitures de secours ont quitté Moscou. Le gouvernement russe a déclaré que les camions transportaient au total 2.000 tonnes de fournitures, dont 62 tonnes de nourriture pour bébé, 54 tonnes de matériel médical et de médicaments, 12.000 sacs de couchage et 69 génératrices.

Le porte-parole du président russe Vladimir Poutine, Dmiti Peskov, a dit que les camions envisageaient de traverser la frontière avec l’Ukraine à un endroit convenu avec Kiev. Le convoi d’aide a été organisé après des discussions à la fois avec la Croix rouge et le gouvernement ukrainien. C’est ce qu’a confirmé l’ancien président ukrainien Leonid Kuchma qui agit en médiateur entre les rebelles et le régime de Kiev.

Toutefois, selon l’Associated Press, un porte-parole du ministère russe des Situations d’urgence a dit que la destination du convoi n’était pas claire. Il a dit que le convoi pourrait franchir la frontière dans une zone contrôlée par les séparatistes prorusses.

Lundi, des représentants des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Ukraine et de la Croix rouge ont accepté d’autoriser des transports d’aide internationaux vers l’Ukraine auxquels participerait la Russie. Selon l’agence d’informations russe Ria Novosti, cet arrangement a été confirmé dans un communiqué publié par le Comité international de la Croix rouge (CICR).

Au même moment, le CICR a sollicité un complément d’information sur le matériel de secours en déclarant, «Nous n’avons toujours pas reçu de clarifications concernant la quantité et le type de marchandises ainsi que les mesures pratiques à mettre en œuvre quant à la distribution.»

En ce qui concerne le gouvernement ukrainien, il a très clairement indiqué ne pas vouloir permettre le transport des fournitures d’urgence indispensables en dépit de l’accord conclu lundi. Mardi, le porte-parole du Conseil ukrainien de Défense et de Sécurité nationale (NSDC), Andrei Lysenko, a dit que ses forces ne laisseraient pas passer le convoi à la frontière. Une semaine est nécessaire pour établir s'il y a réellement besoin de matériel de secours à Donetsk et à Lugansk, a-t-il dit, en ajoutant: «Ce n’est qu’à ce moment que la livraison de l’aide sera organisée.»

Lors d’une conférence de presse à Kiev, Lysenko a diffusé une vidéo montrant les camions blancs gardés par du personnel militaire russe en affirmant que ceci était la preuve que Moscou se servait du convoi d’aide comme stratagème pour mener une opération militaire.

Mardi, le vice-ministre ukrainien des Affaires étrangères Danylo Lubkivsky a déclaré que la Russie jouait un «jeu totalement cynique». L’aide humanitaire n’était que le prétexte pour poursuivre l’agression en Ukraine, a-t-il affirmé.

Dans une autre déclaration, le chef adjoint de l’administration présidentielle ukrainienne, Valery Chaly, a dit que le régime avait l’intention de bloquer les camions à la frontière et transférer la cargaison d’aide à la Croix rouge. Il n’a fait aucune allusion à un quelconque calendrier en suggérant que Kiev projetait de retarder la livraison de l’aide aussi longtemps que possible.

Parallèlement, les représentants de l’OTAN ont menacé de refuser toute aide de secours venant de Moscou. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a dit mardi que la Russie pourrait utiliser le convoi d’aide pour établir une présence permanente en Ukraine de l’Est. «Nous devons être extrêmement prudents», a précisé le ministre.

Lundi, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen a accordé une interview à Reuters en soutenant qu’il existait maintenant une «forte probabilité» pour une intervention de l’armée russe en Ukraine. Selon Rasmussen, une invasion pourrait être effectuée sous le couvert d'une opération d'aide.

Rasmussen a annoncé lors de l’interview que les pays de l’OTAN pourraient réagir en imposant de nouvelles sanctions contre la Russie. La semaine passée, durant sa visite à Kiev, Rasmussen avait promis une aide militaire au régime ukrainien.

Tandis que la livraison d'aide humanitaire à destination de l’Ukraine orientale est bloquée, l’armée ukrainienne est équipée par les pays de l’OTAN. Vendredi, l’armée de l’air canadienne a envoyé 32 tonnes d’équipement militaire d’un montant de 5 millions de dollars aux troupes ukrainiennes stationnées à la frontière. Le gouvernement allemand a dit que la mission sécuritaire de l’UE en Ukraine convenue en juin dernier pourrait être élargie à la formation de l’armée pour combattre en Ukraine.

C’est le régime ukrainien et ses bailleurs de fonds à Berlin, à Bruxelles et à Washington qui sont responsables de la série de provocations visant directement la Russie. Moscou est soumis à une pression continue depuis que l’UE et les États-Unis ont orchestré en février dernier un coup d’État mené par des fascistes en Ukraine et remplacé le président Victor Ianoukovitch par un gouvernement trié sur le volet et favorable à l’Occident.

En avril, le régime de Kiev avait attaqué des villes situées à l’est du pays où les séparatistes prorusses occupaient des mairies et des bâtiments publics. Des milliers de gens, une grande majorité d’entre eux des civils, ont déjà été victimes de cette offensive dirigée par Kiev. Des centaines de milliers de personnes ont été forcées de quitter leurs domiciles pour chercher refuge ailleurs.

Ces dernières semaines, Kiev a délibérément provoqué une catastrophe humanitaire en encerclant deux grandes villes à l’est, Donetsk et Lugansk. Un porte-parole des séparatistes, Alexander Karaman, a rapporté que «le système d’approvisionnement de l’eau, les postes électriques, les installations médicales, les garderies, les écoles, les usines, les ponts et les routes» ont tous été bombardés à Donetsk.

«Actuellement, Donetsk est littéralement encerclée» a-t-il dit. «Par conséquent, il est impossible d’acheminer de l’aide. Un autre problème c’est qu’il est impossible d’évacuer les gens et les enfants. Plus de 3.500 réfugiés se sont rassemblés dans la ville, dont de nombreux enfants et des nourrissons.»

Selon les autorités locales, à Lugansk l’électricité et l’approvisionnement en eau ne fonctionnent pas depuis dix jours et la nourriture et les médicaments sont rares. Un constant bombardement d’artillerie et de roquettes a également été signalé dans la ville de Gorlovka.

La direction de l’usine chimique de la ville a demandé aux forces armées ukrainiennes d’arrêter le bombardement de l’usine. L’usine contient une réserve de produits hautement toxiques susceptibles de contaminer une région dans un rayon de 300 kilomètres, touchant autant la Russie que l’Ukraine.

La tentative de la Russie de livrer des fournitures de secours à la région est actuellement prétexte à de nouvelles provocations. Tout blocus des livraisons ou une attaque du convoi par les forces ukrainiennes entraînerait une rapide escalade des tensions et un possible déclenchement d’une guerre qui pourrait rapidement impliquer les États-Unis et l’Europe de l’Ouest.

(Article original paru le 13 août 2014)