Le massacre à Gaza: un avertissement à la classe ouvrière internationale

Par Peter Symonds
5 août 2014

L’horrible boucherie perpétrée par l’armée israélienne dans la bande de Gaza s’est poursuivie sans répit tout au long du week-end. Le nombre de morts palestiniens, pour la plupart des civils, est passé à 1822, dont des centaines d’enfants. Près de 10.000 personnes ont été blessées, faisant déborder les hôpitaux qui sont déjà au bord de la saturation, tout comme le reste de l’infrastructure de l’enclave où vit quelque 1,8 million de personnes.

La plus récente atrocité, une frappe de missile dimanche contre une école de l’ONU à Rafah, a tué au moins 10 personnes et blessé 35 autres. Cette installation, la troisième école de l’ONU à être touchée – abritait environ 3000 des plus de 450.000 personnes qui ont été chassées ce dernier mois de leurs domiciles dans la bande de Gaza. Des responsables de l’ONU avaient à maintes reprises communiquées les coordonnées de l’école à l’armée israélienne.

Dans le contexte d’un sentiment de colère, d’indignation et de protestation au niveau international, la frappe contre l’école a suscité des critiques totalement hypocrites de la part de Washington et de ses alliés qui soutiennent sans réserve l’offensive israélienne. La porte-parole du département d’État américain, Jen Psaki, a déclaré que son gouvernement était «consterné» par le «bombardement honteux» de l’école en demandant à l’armée israélienne de faire plus pour éviter des victimes civiles.

Le gouvernement Obama n’apporte cependant pas seulement son plein soutien politique à la guerre criminelle menée par Israël contre la population de Gaza, il fournit aussi les moyens de la mener. Les États-Unis, qui arment et financent Israël à hauteur de 3 milliards de dollars par an, ont mis à disposition la semaine passée l’énorme dépôt d’armes (War Reserves Stock Allies-Israel) servant à réapprovisionner les stocks épuisés de munitions de l’armée israélienne d’obus de mortier, de grenades et autres munitions.

Tout en annonçant une trêve de sept heures dans les opérations du lundi 4 août, le régime israélien a très clairement fait savoir qu’il ne cesserait pas tant que ses objectifs ne seront pas atteints. Le premier ministre Benjamin Netanyahou a déclaré dimanche que l’armée poursuivrait ses opérations «aussi longtemps que nécessaire et avec toute la force requise».

Le but de l’attaque meurtrière contre la bande de Gaza n’est pas seulement d’empêcher que des roquettes artisanales soient tirées contre Israël par les militants palestiniens ou que leur réseau de tunnels soit détruit. Les frappes contre des civils tout comme des écoles, des hôpitaux et des infrastructures vitales ne sont pas des erreurs, mais font partie d’un plan d’action visant à terroriser une population entière en brisant la résistance palestinienne de 66 ans contre l’occupation.

Les méthodes conçues et peaufinées au cours de plusieurs décennies par l’armée israélienne et l’appareil de sécurité (des détentions sans procès, la torture, des assassinats ciblés, la punition collective, le pilonnage sans discrimination de zones urbaines) ne rappellent rien d’autre que les atrocités nazies commises durant les années 1930 et 1940 en Europe occupée. Le recours à une telle barbarie témoigne de la faillite du projet sioniste qui avait justifié la création d’Israël en affirmant que cela allait servir de refuge à la population juive face à de telles horreurs.

De plus, cette barbarie a une signification internationale plus générale. Les crimes de guerre qui sont actuellement commis à Gaza et le fait qu’ils sont soutenus par toutes les grandes puissances, sont un avertissement de ce qui est en train d’être planifié pour la classe ouvrière dans tous les pays du monde. Les massacres perpétrés dans la bande de Gaza coïncident avec le centenaire de l’éclatement de la Première Guerre mondiale lorsque des millions furent envoyés à la mort par les grandes puissances dans la poursuite de leurs ambitions prédatrices. Une fois de plus, les puissances impérialistes planifient une guerre catastrophique.

Six ans après le pire krach financier depuis les années 1930, la crise qui mine le capitalisme mondial s’aggrave et menace de produire de nouvelles catastrophes. Les classes dirigeantes de par le monde ne possèdent pas de solution rationnelle aux immenses difficultés sociales et économiques qui résultent de la contradiction insoluble existant entre l’économie mondiale et le système d’État-nation dépassé dans lequel le capitalisme est enraciné. Toutes les puissances impérialistes cherchent à s’en extirper en se préparant à la guerre contre leurs rivaux à l’étranger et à une guerre de classe contre la classe ouvrière à l’intérieur de leur pays.

Le massacre israélien à Gaza est annonciateur des mesures qui, dans chaque pays, seront employées contre la résistance de la classe ouvrière contre la guerre, le militarisme et le programme d’austérité. Les méthodes développées durant les dix ans de guerres menées par les États-Unis en Afghanistan et en Irak pour terroriser des populations hostiles seront également utilisées contre les travailleurs luttant pour la défense de leurs emplois, leurs niveaux de vie et leurs droits démocratiques fondamentaux.

L’échafaudage d’un État policier a d’ores et déjà été érigé. Aux États-Unis, les droits démocratiques et les normes constitutionnelles sont systématiquement minés de la manière la plus flagrante à travers le massif appareil d’espionnage de la NSA et de la CIA ainsi que par l’autorisation accordée par le gouvernement Obama d’assassiner des citoyens américains par frappes de drones. L'imposition de l'état d'urgence dans une ville américaine entière, Boston, en 2013 par des soldats et des policiers lourdement armés et appuyés par des véhicules blindés et des hélicoptères a dévoilé l’étendue des préparatifs militaires et policiers qui sont en cours contre la classe ouvrière en cas d’opposition et de rébellion sociale généralisées.

Les préparatifs ne sont pas moins avancés dans les centres impérialistes en Europe, au Japon et en Australie. Sous la bannière de la «guerre contre le terrorisme», le cadre juridique a été mis en place pour des mesures profondément antidémocratiques, dont la détention sans inculpation, la surveillance de masse et l’intervention de l’armée pour imposer les diktats de l’élite patronale et financière. D’importants événements sportifs internationaux et des sommets mondiaux sont à présent systématiquement accompagnés d’une présence sécuritaire massive pour servir de test à la mise en œuvre de mesures d’État policier destinées à réprimer les travailleurs.

La campagne de guerre et d’austérité qui doit être imposée au moyen d’impitoyables mesures autocratiques est la conséquence d’un ordre social en faillite. Pour défendre ses droits démocratiques et sociaux, la classe ouvrière doit faire ses propres préparatifs: bâtir un mouvement international unifié pour mettre un terme au capitalisme et à toutes ses déprédations et remodeler la société selon des lignes socialistes dans l’intérêt de la vaste majorité de l’humanité et non pour le profit d’une minorité de nantis.

(Article original paru le 4 août 2014)