Le jour où les Etats-Unis ont abattu le vol 655 d'Iran Airlines

Par Niles Williamson
21 juillet 2014

Alors même que le gouvernement américain n'a apporté aucune preuve concrète, les médias américains se hâtent d'accuser la Russie pour la destruction du vol 17 de la Malaysian Airlines (MH17) à l'Est de l'Ukraine. Un élément important dans la campagne de propagande contre la Russie est de faire des comparaisons entre cette tragédie et la destruction en vol, en 1983, de l'appareil de la Korean Airlines, vol 007, par un intercepteur soviétique Su-15.

Vendredi, dans un éditorial intitulé « La destruction en vol du MH17 », le Wall Street Journal a accusé le président russe Vladimir Poutine pour cette attaque et a fait le parallèle entre ces deux incidents, prétendant que l'incident d'hier, tout comme celui du vol 007 de la Korean Airlines, était un « tournant moral. » Le journal proclame de façon provocatrice que dans dans « la période d'après- après Guerre Froide » l'occident ne doit pas considérer l'Ukraine comme n'existant exclusivement qu'au sein de la sphère d'intérêt de la Russie.

USS Vincennes en 1988

Malgré les incertitudes qui persistent sur la destruction en vol du MH17, une possibilité qui a été complètement exclue par les médias est que le régime de Kiev soutenu par les Etats-Unis et l'Allemagne puisse être responsable. Ceux qui pensent que le gouvernement américain est incapable de sanctionner un acte aussi abominable contre des civils innocents devraient réfléchir à la tristement célèbre affaire de la destruction du vol 655 d'Air Iran où 290 personnes avaient perdu la vie.

Le 3 juillet 1988, tandis que se terminait la guerre entre l'Iran et l'Irak, le USS Vincennes, croiseur de la classe Ticonderoga de la marine américaine se trouvait dans le détroit d'Hormuz, lors d'une mission visant soi-disant à protéger les navires de commerce qui entraient et sortaient du golfe Persique. Les Etats-Unis intervenaient du côté du président irakien Saddam Hussein dans la guerre brutale de huit ans contre le régime iranien, en fournissant de l'argent, des armes et du renseignement militaire.

Quarante minutes avant la destruction du vol 655, l'un des hélicoptères basés sur le Vincennes et en mission de surveillance, aurait soi-disant essuyé les tirs de canonnières iraniennes dans les eaux territoriales iraniennes. Le Vincennes entra alors dans les eaux territoriales iraniennes pour y poursuivre les canonnières.

Le gouvernement américain prétendit que l'équipage avait détecté un avion transmettant des signaux donnant à penser qu'il s'agissait d'un avion militaire et qu'il était en train de piquer du nez et de foncer vers leur croiseur; ces signaux avaient donc fait que l'équipage avait pris le grand Airbus A300 pour un F-14 Tomcat beaucoup plus petit, un de ces quelques avions de guerre toujours dans l'arsenal de l'Iran et datant de l'époque du régime sanguinaire du Shah, que les Etats-Unis soutenaient.

Le Vincennes envoya de multiples avertissements à l'avion sur des canaux militaires, mais comme il s'agissait d'un avion civil il était impossible que celui-ci réagisse à de tels avertissements. Lorsque le vol 655 fut à 20km du croiseur, le navire tira deux missiles sol-air SM-2MR qui tous deux touchèrent l'avion, le firent exploser en vol, tuant tout le monde à bord.

Le président Ronald Reagan, dans un communiqué publié juste après l'attaque, qualifia la destruction du vol 655 par l'équipage du Vincennes d' « action défensive appropriée. » L'amiral William J.Crowe Jr, chef d'Etat major des armées, justifia la destruction en vol de cet avion de ligne en disant que les commandants du croiseurs disposaient de « raisons suffisantes pour penser que leurs unités étaient en danger et qu'ils avaient tiré en légitime défense. »

Les déclarations initiales du gouvernement américain sur les circonstances entourant l'attaque se révélèrent finalement être fausses. Le vol 655 transmettait des signaux qui l'identifiaient clairement comme un avion de ligne et il ne piquait pas du nez en fonçant sur le Vincennes comme pour l'attaquer mais s'éloignait au contraire du Vincennes en prenant de l'altitude. Les enregistrements électroniques du croiseur montraient que c'était précisément ces informations que l'équipage avait détectés juste avant l'attaque.

Le Pentagone finit par attribuer la cause ultime de l'incident à une erreur humaine et personne à bord du croiseur ni dans la marine américaine ne fut jamais sanctionné. Le commandant du Vincennes au moment de cette attaque mortelle, William C. Rogers III se vit attribuer en 1990 la Légion du mérite pour « conduite exceptionnellement méritante dans l'exécution de services et de réalisations remarquables. » Le gouvernement américain alla jusqu'à prétendre que l'équipage de la passerelle, forte de 18 hommes, avait vécu une situation d' « accomplissement de scénario », un trouble psychologique collectif, qui l'avait conduit à abattre l'avion de ligne.

Une théorie plus probable est que la destruction en vol de l'avion de ligne iranien était un acte délibéré commis par l'armée américaine pour terroriser le gouvernement iranien et le contraindre à accepter des conditions plus favorables à l'Irak lors des pourparlers en cours visant à mettre fin à la guerre entre l'Iran et l'Irak. Il faut noter que 17 jours après la destruction du vol 655 d'Air Iran, l'ayatollah Khomeini avait publiquement accepté l'accord négocié à l'ONU auquel il s'était précédemment opposé.

Un mémoire présenté à la Cour internationale de justice par le gouvernement iranien en 1990 conclut que le désir de la marine américaine et de l'équipage du Vincennes de trouver une opportunité d'utiliser leurs systèmes d'armement de pointe tandis qu'ils se trouvaient dans le golfe Persique avait contribué à la destruction du vol 655. L'Iran déclara que la destruction en vol de l'avion de ligne était une enfreinte au droit international et exigea du gouvernement américain des réparations complètes pour ce crime.

Bien que le gouvernement américain ait finalement accepté en 1996 d'indemniser les familles de victimes à hauteur de 61,8 millions de dollars, il ne reconnut jamais sa responsabilité dans cette attaque mortelle, et ne s'est jamais excusé auprès du gouvernement iranien pour cet incident.

(Article original paru le 19 juillet 2014)