Israël bombarde la Bande de Gaza et masse des soldats à la frontière

Par Patrick Martin
5 juillet 2014

Des avions de guerre ont frappé à nouveau la Bande de Gaza jeudi, touchant au moins 15 cibles sur le territoire palestinien sous blocus, provoquant des dégâts importants et blessant 10 personnes au moins, dont une femme enceinte et un homme de 65 ans.

L'Armée de défense d'Israël (ADI) a déployé en direction de Gaza des chars et des unités d'artillerie, les positionnant avant même que ne vienne un ordre du gouvernement d'envahir l'enclave densément peuplée, où près de deux millions de personnes sont entassés dans 360 km carrés. L'ADI a aussi mobilisé un nombre non divulgué de réservistes.

Cette mobilisation militaire à la frontière de Gaza est la plus importante depuis la dernière attaque majeure d'Israël contre le territoire palestinien, soit huit jours de bombardement sanglant et de frappes de missiles en novembre 2012.

Un porte-parole militaire israélien a déclaré que les sites ciblés par les bombes et les missiles étaient liés au Hamas, le parti islamiste au pouvoir à Gaza depuis les élections de 2006. Le gouvernement israélien fait porter au Hamas la responsabilité de l'enlèvement et du meurtre des trois adolescents israéliens en Cisjordanie, bien que ce territoire soit sous le contrôle du Fatah, parti palestinien laïc, bénéficiant du soutien d'Israël.

Le meurtre des trois adolescents dont les corps ont été retrouvés le 30 juin à proximité de Hebron est utilisé par le premier ministre Benjamin Netanyahu comme prétexte pour envenimer les tensions avec le Hamas et menacer d'envahir ou de ré-occuper la Bande de Gaza. Les forces militaires et les colons israéliens avaient été retirés de Gaza en 2005.

Les bombardements de jeudi étaient les derniers en date d'une série d'échanges rendus coup pour coup, les jets israéliens larguant des bombes ou tirant des missiles sur des cibles à Gaza, tandis que les militants palestiniens lançaient des roquettes primitives non guidées depuis Gaza sur des villes israéliennes à proximité, notamment sur la ville frontalière de Sderot.

Les attaques israéliennes, avec des armes de haute technologie, pour la plupart fournies par les Etats-Unis, sont bien plus destructrices et meurtrières. Mardi, les frappes aériennes israéliennes ont touché 34 cibles à Gaza, après les attaques du weekend.

Les bombes et missiles lancés sur Gaza se sont accompagnés d'opérations brutales de la police militaire en Cisjordanie où 500 Palestiniens ont été arrêtés, des dizaines blessés et six tués en quatre semaines depuis l'enlèvement en Cisjordanie.

Des tensions ont éclaté mercredi en Cisjordie après le meurtre d'un jeune Palestinien de 16 ans, Muhammad Hussein Abu Khudair, qui a été enlevé dans la rue, devant chez lui à Jérusalem-Est, apparemment par des colons juifs d'extrême-droite jurant « vengeance » pour le meurtre des trois jeunes Israéliens. Le corps de Khudair a été retrouvé quelques kilomètres plus loin, terriblement brûlé et portant des traces de violence.

Des milliers de Palestiniens sont descendus dans la rue mercredi à Jérusalem-Est en réaction à la nouvelle du meurtre de Khudair, en lançant des pierres, des bouteilles et des pétards sur la police et en érigeant des barricades. Les quartiers de Shuafat et Beit Hanina, où s'est concentrée la violence, étaient relativement calmes jeudi au moment où les habitants se préparaient aux funérailles, et les soldats israéliens avaient bouclé l'accès à cette partie de la ville.

Tard dans la soirée de jeudi, la famille Khudair a dit que les funérailles seraient reportées à vendredi du fait du retard pris, à Tel Aviv, pour l'autopsie qui devait être pratiquée par un médecin palestinien.

Ailleurs à Jérusalem, les manifestants ont lancé des pierres et érigé des barricades de pneus embrasés. La police israélienne a lancé des grenades incapacitantes sans pour autant engager le combat avec les manifestants.

Des responsables de la police israélienne ont déclaré que malgré une enquête poussée, « le mobile du meurtre ne peut actuellement être déterminé. » Mais des témoins ont décrit les attaquants comme étant juifs et des responsables palestiniens ont soutenu que les attaquants étaient des extrémistes israéliens.

Bien que des témoins aient fourni à la police le numéro d'immatriculation du véhicule utilisé par les kidnappeurs, la police n'a pas publiquement identifié les tueurs.

La famille du jeune homme tué a critiqué l'inaction de la police. Hussein Abu Khudair, père de Muhammad a déclaré: « Si le contraire s'était produit et qu'un Arabe avait enlevé un Israélien, il n'aurait fallu que quelques instants pour que l'identité des tueurs soit révélée. » 

(Article original paru le 4 juillet 2014)