Les États-Unis et l’Europe profèrent d’autres menaces après le vote référendaire pour l’autonomie en Ukraine de l’Est

Par Chris Marsden
15 mai 2014

Les séparatistes prorusses des deux régions d’Ukraine de l’Est, Donetsk et Lougansk, ont crié victoire suite à au vote référendaire de dimanche en faveur de l’«autonomie». Les votes ont pris place malgré le fait qu’ils avaient été condamnés par le régime de Kiev et ses bailleurs de fonds occidentaux et que le président russe Vladimir Poutine avait exigé que les référendums soient reportés.

Le régime de terreur du gouvernement de Kiev, qui a le plein appui de Washington, Berlin et Bruxelles, a continué de s’abattre dimanche sur les manifestants qui lui sont opposés dans l’est. Des douzaines de membres de la garde nationale de Kiev, recrutés en grande partie au sein des néonazis alignés avec Secteur droit et Svoboda, ont forcé la fermeture de bureaux de vote dans la ville de Krasnoarmeïsk et ont tiré sur une foule qui se trouvait à l’extérieur de l’hôtel de ville, tuant plusieurs civils non armés.

Le bulletin de vote référendaire demandait en ukrainien et en russe : «Appuyez-vous la proclamation d'autonomie de la République populaire de Donetsk/République populaire de Lougansk?».

3,2 millions de bulletins de vote avaient été imprimés, moins de la moitié des sept millions de personnes vivant dans les deux provinces. Mais de longues files se sont formées aux petites heures, exprimant apparemment un appui écrasant au vote d’autonomie.

Denis Pouchiline, le codirigeant de la République populaire de Donetsk, a déclaré que «toutes les troupes militaires (de Kiev) sur notre territoire suite à l’annonce officielle des résultats référendaires seront considérées comme illégales et vues comme des forces d’occupation. Il est indispensable de former des organes étatiques et des autorités militaires le plus tôt possible.»

Samedi, le département d’État américain a publié une déclaration qualifiant les deux référendums d’illégaux et de «tentative de créer davantage de divisions et de troubles». Il était mentionné que les États-Unis ne reconnaîtraient pas les résultats.

La déclaration accusait «les médias sociaux et les chaînes de nouvelles soutenus par le Kremlin» d’encourager les «résidents de l’Ukraine de l’Est à voter demain» et soutenait que «la communauté internationale doit maintenant se concentrer à soutenir les efforts constants du gouvernement ukrainien pour le maintien des élections présidentielles du 25 mai».

La déclaration réitérait avec belligérance les menaces américaines contre Moscou, déclarant : «Comme le président Obama et la chancelière [allemande] [Angela] Merkel l’ont affirmé le 2 mai, la direction russe doit savoir que si elle continue à déstabiliser l’Ukraine de l’Est et perturber les élections présidentielles ce mois-ci, nous allons rapidement imposer des pénalités plus sévères à la Russie.»

La position des États-Unis a été partagée par le président français François Hollande et Merkel. Après une réunion à Stralsund en Allemagne, samedi, ils ont affirmé: «Nous sommes prêts à imposer de nouvelles sanctions à la Russie».

L’OTAN a publié une déclaration mentionnant n’avoir vu aucune preuve du retrait des troupes russes et publié sur Twitter des images prétendant montrer des troupes supplémentaires à la frontière.

Le vote populaire pour le «ou » est dû surtout aux événements sanglants survenus depuis le putsch ayant mené à la mise en place d’un gouvernement composé d’oligarques pro-occidentaux et de fascistes le 22 février à Kiev. Sous la tutelle des États-Unis et de ses alliés, et avec leur soutien financier, le nouveau gouvernement a promis d’imposer une austérité sauvage, tout en promouvant les sentiments antirusses dans la population multiethnique du pays. Il a continué de mobiliser et de renforcir les forces d’extrême droite regroupées autour de Svoboda et de Secteur droit d’une manière qui allait inévitablement provoquer un contrecoup politique.

L’annexion de la Crimée à la Russie, suite au vote référendaire populaire qui a eu lieu en mars dans la péninsule abritant la principale base navale russe de la mer Noire à Sébastopol, a encouragé d’autres mouvements prorusses similaires ailleurs dans l’est du pays. Ils ont gagné de plus en plus d’appui en raison de la répression brutale infligée par les forces armées de Kiev et ses mercenaires fascistes.

Vendredi, entre 20 et 30 personnes auraient été tuées lors d’un massacre où des chars, des transports de troupes blindés et des soldats lourdement armés s’en sont pris à des civils non armés à Marioupol. Cette attaque, une provocation calculée visant à justifier et encourager de nouvelles interventions occidentales en Ukraine, a été perpétrée contre des gens célébrant le Jour de la Victoire qui soulignait le 69e anniversaire de la défaite de l’Allemagne nazie par l’Armée rouge soviétique.

Le même jour, Yuri Odarchenko, le gouverneur de Kherson, une région au sud de l’Ukraine, a déclaré lors d’une célébration du Jour de la Victoire qu’Hitler était un «libérateur». Les «agresseurs» soviétiques ont tenté d’asservir l’Ukraine, a-t-il dit, «et Hitler avait comme mot d’ordre de libérer les populations du joug communiste et du tyran Staline».

Sa déclaration pronazie a été accueillie par les huées de la foule et une jeune femme a saisi son microphone et l’a jeté au sol.

Des membres de la garde nationale ont évacué des casernes de police à Marioupol samedi matin, abandonnant au moins trois transports de troupes blindés, des boucliers antiémeutes, des casques, des masques et d’autres vêtements. À Donetsk, des policiers ont déposé leurs armes vendredi soir lorsque leur camp est devenu la cible d’attaques de séparatistes – abandonnant 70 fusils automatiques et 16.000 balles.

Le Guardian a rapporté que plusieurs agents de police «ont quitté les forces au cours des dernières semaines, hésitant face aux ordres exigeant de réprimer les milices séparatistes… De nombreux citoyens pensent que la police s’est rangée entièrement du côté des séparatistes et que l’armée a été dépêchée pour mener une opération punitive contre la police.»

Toutes les atrocités commises par Kiev portent la marque de Washington.

Vendredi, l’administration Obama a fourni 1 milliard de dollars en garanties de prêt aux autorités de Kiev, finançant dans les faits l’opération militaire sanglante en Ukraine de l’Est. Mercredi 7 mai, l’Ukraine a reçu sa première aide financière d’urgence du Fonds monétaire international (FMI), partie d’un plan de deux ans fournissant 17 milliards de dollars sur les 27 milliards en prêts et garanties promis par les grandes puissances.

Rien de cela ne justifie les efforts à orienter l’opposition populaire au régime de Kiev et ses bailleurs vers le nationalisme russe. L’initiative référendaire est menée par des forces bourgeoises qui veulent une entente pour le partage des pouvoirs avec Kiev ou une intervention de la Russie afin de garantir leur propre droit d’exploiter la classe ouvrière russophone de la région.

Les parties impliquées sont des formations nationalistes émanant de l’effondrement de la bureaucratie stalinienne qui sont en alliance avec des groupes rivaux d’oligarques ukrainiens.

L’homme responsable de l’organisation du référendum est Roman Lyagin, un ancien conseiller politique. Le référendum, souligne-t-il, signifie «que nous ne sommes pas satisfaits des événements dans le pays et que nous exigeons des changements. Nous voulons choisir une autre voie pour cette région.»

Cette «autre voie» signifie la poursuite de l’exploitation brutale de la classe ouvrière de la région et le danger d’une guerre civile entre russophones et ukrainophones. Les dirigeants de l’opposition dans l’est n’appellent pas à une action unifiée des travailleurs ukrainiens contre le régime de Kiev.

Pouchiline est caractéristique des forces en présence. Au cours des années 1990, il a travaillé pour l’infâme combine à la Ponzi MMM, qui a fraudé de 5000 à 40.000 personnes pour 10 millions de dollars. Il est toujours membre du groupement politique MMM, né de la combine de Ponzi, et il est impliqué dans le groupe de vente au détail «Solodke Zhittia» (Dolce Vita), qui est proche de Boris Kolesnikov, le secrétaire du Parti des régions du premier ministre destitué Viktor Ianoukovitch.

Il en a pris la direction suite à l’arrestation de Pavel Gubarev, qui a été libéré mercredi dernier. Gubarev était anciennement un membre du Parti socialiste progressiste d’Ukraine pro-Moscou et est maintenant membre du groupe paramilitaire droitiste panslave Unité nationale russe.

Il faut s’opposer à toute tentative de subordonner la classe ouvrière à l’une ou l’autre section d’oligarques et leurs valets politiques, y compris ceux qui dirigent la Russie. Il est urgent d’appeler à une lutte unifiée de la classe ouvrière ukrainienne, russe et internationale, sur la base d’une perspective socialiste contre les plans impérialistes de Washington, Berlin, Londres et Paris.

(Article original paru le 11 mai 2014)