Élections françaises: la montée du vote pour les néo-fascistes montre la faillite du NPA

Par Kumaran Ira
31 mars 2014

Les gains obtenus par le Front national (FN) néo-fasciste dans les élections municipales soulignent l'effondrement des principaux partis bourgeois et la faillite politique des partis de la pseudo-gauche comme le Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Ce ne sont plus que les ombres politiques des partis «de gauche» bourgeois discrédités, tous alignés sur le Parti socialiste (PS) du président François Hollande. Dans une courte déclaration du 24 mars intitulée «Désaveu pour le PS, inquiétante montée du FN», le NPA qualifie ces élections de «désaveu terrible pour le PS et la politique qu’il mène au gouvernement». Il conclut, «Ces élections sont en même temps marquées par l’inquiétante nouvelle montée du Front national, qui menace un certain nombre de villes. Face à cette situation, le NPA appelle à se mobiliser contre l’extrême droite, mais aussi au-delà des élections à construire une alternative d’ampleur aux politiques de reculs sociaux et démocratiques que mène aujourd’hui le gouvernement et qui font le lit du FN.»

Cet appel du NPA pour que les électeurs se «mobilisent contre l'extrême droite» au second tour des municipales le 30 mars revient à un soutien à n'importe quel candidat, qu'il soit PS ou de l'Union pour un mouvement populaire (UMP), de droite, qui pourrait battre un candidat FN dans ce scrutin. Cela ne donne aucune perspective politique aux travailleurs ou aux jeunes qui cherchent à lutter à la fois contre la montée du néo-fascisme en France et contre les politiques réactionnaires du PS.

En dépit de ses appels cyniques et creux aux électeurs pour «construire une alternative sérieuse» au PS, le NPA est lui-même une partie de l'élite politique et est largement vu comme tel. Sa seule proposition sur la manière de construire une «alternative sérieuse» est de participer à une manifestation impuissante le 12 avril organisée avec le Front de gauche, une coalition qui rassemble des alliés de longue date du PS.

Ses critiques limitées contre le PS sont hypocrites. Au second tour des élections présidentielles de 2012 entre Hollande et Nicolas Sarkozy de l'UMP, le NPA a appelé à voter Hollande tout en admettant cyniquement qu'il appliquerait une politique réactionnaire. Il porte ainsi la responsabilité politique des dizaines de milliards d'euros de coupes dans les impôts sur les entreprises et dans les programmes sociaux, ainsi que des guerres au Mali et en Centrafrique que Hollande a menées.

C'est précisément parce que les partis de la pseudo-gauche comme le NPA soutiennent constamment les partis au pouvoir et bloquent l'opposition de la classe ouvrière que le FN peut monter, s'afficher comme la seule opposition véritable qui représenterait la profonde colère populaire et les désillusions envers le PS et l'UMP.

Bien que le NPA minimise imprudemment la montée du FN qui ne menacerait qu'«un certain nombre de villes», ce parti monte dans tout le pays et est envisagé sérieusement par des sections de la bourgeoisie comme un possible troisième parti de gouvernement après le PS et l'UMP.

Au premier tours des élections municipales, le FN a obtenu le plus haut résultat dans 17 villes importantes, dont Forbach, Fréjus Béziers, Perpignan et Avignon – même si le FN ne se présentait que dans moins de 600 des 36 000 communes françaises. Le FN participe au second tour dans près de 230 communes. L'un des maires FN a été élu directement au premier tour à Hénin-Beaumont, une ancienne région minière de charbon dans le nord qui votait traditionnellement pour les partis «de gauche».

Madani Cheurfa, un analyste politique du centre de recherche Cevipof sur les élections municipales a déclaré: «Il y a un sentiment de divorce croissant entre les politiciens et l'électorat qui est devenu pire au cours des quatre dernières années.» Cheurfa a dit que «les résultats des élections étaient dus à trois facteurs: le gouffre croissant entre les politiciens et le public votant, l'idée qu'aucun des grands partis n'a de solutions aux problèmes des gens ordinaires et la récente vague de scandales liés à la corruption».

D'après une enquête récente du Cevipof, «87 pour cent des personnes interrogées pensent que les politiciens ne pensent pas de la même manière que les gens ordinaires et 60 pour cent ont dit qu'ils n'avaient confiance ni en la gauche ni en la droite».

La lutte contre le fascisme est liée à la mobilisation indépendante de la classe ouvrière contre l'ensemble de la classe dirigeante, en s'appuyant sur le programme marxiste révolutionnaire, dans une lutte pour renverser le capitalisme et établir le socialisme. Cette perspective est rejetée par le NPA, dont la base sociale petite-bourgeoise voit ses intérêts comme étant liés à l'ordre sociale existant. Sa fonction n'est pas de mobiliser l'opposition massive qui existe dans la classe ouvrière, mais de bloquer toute lutte de la classe ouvrière pour le socialisme.

Le porte-parole du NPA aux élections présidentielles de 2007, Olivier Besancenot, a dit que les résultats des élections montraient que «le système politicien est carbonisé [...] On peut dire un grand merci à la politique du gouvernement, qui n'a fait que renforcer la percée de l'extrême droite.» Pourtant il n'a réagi qu'en lançant un vague appel à une «une insurrection démocratique».

Ce terme est lui-même assez inquiétant. Le NPA l'a déjà appliqué à tout et n'importe quoi, depuis les combattants libyens et syriens soutenus par la CIA et Al-Qaïda jusqu'aux manifestations ukrainiennes dirigées par les fascistes à Kiev.

La crise actuelle confirme la perspective avancée par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) au cours des élections présidentielles françaises de 2002. Après que le dirigeant du FN de l'époque Jean-Marie Le Pen a battu le premier ministre PS Lionel Jospin au premier tour des élections, des manifestations massives ont éclatées contre la perspective d'une élection entre Le Pen et son concurrent de droite, le président Jacques Chirac.

Les partis de la pseudo-gauche – la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, prédécesseur du NPA), Lutte ouvrière (LO), et le Parti des travailleurs (anciennement l'OCI) – ont réagi en s'alignant sur la campagne de l'élite dirigeante pour élire Chirac. Bien que ces partis avaient reçu 11 pour cent des votes à eux trois au premier tour, ils ont refusé de mobiliser la classe ouvrière contre une élection qui était largement considérée comme illégitime. Au lieu de cela, ils ont affirmé que soutenir Chirac ferait cesser la montée du fascisme en France.

Ils ont rejeté l'appel du CIQI a un boycott actif des élections pour développer un mouvement politique de la classe ouvrière indépendant contre les attaques sociales et les guerres qui étaient certaines sous le gouvernement de Chirac.

La montée du FN au cours de la décennie précédente et le passage du NPA à un soutien encore plus ouvert à des forces réactionnaires confirme la justesse de la position du CIQI et la faillite de l'orientation du NPA vers les partis bourgeois de France.

(Article original paru le 29 mars 2014)