Alex Callinicos: Un défenseur de l'impérialisme écrit sur l'Ukraine

Par Chris Marsden
20 mars 2014

Alex Callinicos est le principal théoricien du Socialist Workers Party britannique et un maître de conférences au Kings College de Londres. Ses écrits les plus récents sur l'Ukraine le montrent comme un instrument malléable de l'impérialisme, quelqu'un qui aura recours à n'importe quel mensonge, aussi gros soit-il, pour faciliter les activités impérialistes de Washington et de Londres.

Un article publié le 3 mars, «Poutine renchérit dans la crise impérialiste en Crimée», est une défense à peine voilée de l'impérialisme américain. Selon Callinicos, c'est «la prise de pouvoir militaire de la Crimée par la Russie qui fait que la guerre est sur le point d'éclater en Ukraine».

Il n'y a de sa part aucune tentative d'examiner les événements qui ont mené à cette prise de pouvoir. Sur le coup d'État mis en œuvre par Washington et ses alliés européens qui a renversé le régime pro-Russie de Viktor Ianoukovitch, Callinicos écrit que «tandis qu'une lutte au sein d'une bande d'oligarques brutaux et corrompus se déroule depuis plus d'une décennie», cela est en quelque sorte subordonné à «un véritable mouvement populaire d'opposition au président maintenant exilé».

De plus, «en raison de la faiblesse historique de la gauche en Ukraine, l'extrême droite joue un rôle important dans l'occupation de l'Euromaïdan à Kiev […] ceux qui affirment que le renversement de Ianoukovitch était un coup d'État fasciste ne font que répéter la propagande de Moscou.»

Callinos prétend réfuter le rôle incontestable qu'ont joué les forces fascistes telles que Svoboda et Secteur droit dans la destitution de Ianoukovitch avec un bout de phrase expliquant que Ianoukovitch était tombé «car la section de l'oligarchie qui l'avait précédemment appuyé lui a retiré son soutien».

Absolument rien n'est dit sur le rôle central qu'a joué l'impérialisme américain et européen pour appuyer l'alliance d'oligarques avec leurs larbins politiques, y compris Svoboda et Secteur droit.

En réponse au président russe Vladimir Poutine qui affirme «agir en défense de la population russophone d'Ukraine», Callinicos défend une fois de plus l'authenticité du régime mis en place par les États-Unis en disant que «mis à part un vote du parlement à Kiev pour retirer au russe le statut de langue officielle, il n'y a pas grand-chose qui indique que les russophones soient menacés».

Écrivant ensuite sur ce qu'il appelle «la rivalité interimpérialiste entre la Russie et l'Occident», Callinicos fait la déclaration incroyable que l'Union européenne (UE) et les États-Unis ont bien peu d'intérêts en Ukraine!

«L'Ukraine est beaucoup plus importante pour la Russie que pour les États-Unis ou l'UE», déclare Callinicos. «Une Ukraine pleinement intégrée dans l'UE et l'OTAN serait un pas de plus vers le pire cauchemar de Moscou d'être encerclé par l'Occident», ajoute-t-il.

Cependant, l'UE dépend de «la puissance militaire des États-Unis […] Et les États-Unis ont le regard tourné vers le Pacifique. Lorsque Barack Obama a abandonné sa menace d'attaques de missiles contre le régime syrien de Bashar al-Assad en automne dernier, il a soutenu que les États-Unis n'avaient plus le désir de déclencher d'autres guerres terrestres sur le continent eurasien.»

«Washington est sans aucun doute désireux de voir l'Ukraine intégrée au sein d'une alliance occidentale», conclut-il. «Mais l'idée avancée par certains groupes de la gauche que la crise ukrainienne est motivée par une campagne guerrière des néoconservateurs américains contre la Russie est une pure absurdité […] les socialistes en Occident doivent évidemment s'opposer à toute intervention militaire des États-Unis ou de l'OTAN en Ukraine. Mais cette crise nous rappelle que l'impérialisme ne se réduit pas qu'à la domination du monde par les États-Unis. Il s'agit d'un système de compétition économique et géopolitique entre les principales puissances capitalistes. Plutôt que de se ranger derrière l'une ou l'autre de ces puissances, nous devons combattre le système en entier. Et cela veut dire s'opposer à l'intervention de la Russie en Ukraine.»

Il n'est pas question ici de quelqu'un qui a une mauvaise ligne politique. Nous avons à faire à une personne qui sait qu'elle ment. En 2008, Callinicos avait écrit un article pour Socialist Review. (System failure: Economic turmoil and endless war)

Sur la question des plans des États-Unis en Ukraine, en Géorgie et dans d'autres territoires du Caucase qui faisaient historiquement partie de la zone d'influence de la Russie, Callinicos avait déclaré: «Depuis les attaques du 11-Septembre, la politique mondiale est dominée par la tentative de l'administration Bush de défendre l'hégémonie mondiale des États-Unis en utilisant leur supériorité militaire.» L'administration Bush était déterminée à «provoquer une confrontation avec la Russie dans le Caucase».

Un aspect clé de la stratégie américaine depuis la fin de la guerre froide a été d'exploiter la faiblesse de la Russie en prolongeant l'Union européenne et l'OTAN vers l'Europe de l'Est et l'Europe centrale pour à la fois encercler la Russie et étendre l'influence des États-Unis en Eurasie. Cette politique, mise de l'avant par le gouvernement de Bill Clinton dans les années 1990, a été développée par l'administration Bush qui a donné un appui enthousiaste aux régimes pro-occidentaux plutôt fragiles en Ukraine et en Géorgie.»

Callinicos prévient ensuite:

“En tous cas, tenter d’agrandir l’OTAN en y incorporant l’Ukraine et la Géorgie, deux pays partageant une frontière sensible avec la Russie, serait téméraire. Étant donné le changement du point d’équilibre du pouvoir entre Washington et Moscou, la politique – promue avec énergie par Bush lors du sommet de l’OTAN à Bucarest en avril dernier – était le comble de la folie».

Le résultat net aurait été «le déclenchement de la guerre entre la Russie et la Géorgie».

Callinicos a conclu par ce qui est une réfutation dévastatrice (et c’est sa position actuelle) que la Russie aurait un avantage significatif sur les États-Unis. «Aussi récemment qu’en 1980, l’Union soviétique produisait 14,8 pour cent de la production manufacturière mondiale, près de la moitié de la part de 31,5 pour cent des États-Unis», a-t-il écrit. Mais en 2007, «la Russie comptait pour 3,2 pour cent du produit intérieur brut mondial, moins que son 4,2 pour cent en 1992, et bien en dessous du 21,3 pour cent des États-Unis. L’estimation la plus élevée des dépenses militaires russes s’élève à 70 milliards de dollars en 2006, comparativement aux 535,9 milliards de dollars du Pentagone. La Russie a perdu stratégiquement et économiquement un territoire vital en Ukraine et en Asie centrale, et sa population continue de diminuer.»

«Cela signifie», continue Callinicos, que «les États-Unis sont la seule véritable puissance impérialiste dans le monde».

Ce déclin, lequel a encouragé et permis l’agression américaine dans le Caucase, est le résultat de la restauration du capitalisme et de la destruction de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne, processus qui est à l’origine du régime oligarchique de Poutine. C’est là le point de départ de toute critique socialiste de la réponse militariste et nationaliste russe de Poutine en relation à l’Ukraine ainsi que de la lutte politique pour la mobilisation indépendante de la classe ouvrière de Russie, d’Ukraine, d’Europe et d’Amérique.

Callinicos enrobe sa position de droite dans les stupidités et les mythes politiques du «capitalisme d’État», allant jusqu’à décrire la Russie comme étant une puissance impérialiste. Il n’a tiré aucune des leçons stratégiques de la dissolution de l’Union soviétique en 1991.

Callinicos s’empresse d’oublier ce qu’il a écrit en 2008 parce qu’il veut défendre le putsch de Kiev organisé par Washington et présenter la Russie pour être un agresseur impérialiste.

Ce n’est pas la première fois que Callinicos utilise de fausses affirmations pour cautionner une politique pro-impérialiste. En juillet 2012, les États-Unis ont mené une campagne de plus d’un an visant à déstabiliser le régime du président syrien Bashar al-Assad, faisant faire le sale travail par des forces islamistes soutenues par la Turquie et les États du Golfe.

Callinicos a répondu en décrivant les événements en Syrie comme une «révolution» enracinée dans un «soulèvement populaire». Il insistait : «Dire que la Syrie est actuellement "recolonisée" implique que le renversement du régime Assad est une priorité de longue date de l’Occident. Mais rien ne vient appuyer cette affirmation… ceux de la gauche en Occident qui, sur la base d’un "anti-impérialisme" primaire et irréfléchi, s’opposent à la révolution syrienne ne font qu’admettre leur propre banqueroute.»

Callinicos conclut son article du 3 mars sur l’Ukraine en suggérant : «Jamais le slogan "Ni Washington ni Moscou mais l’internationalisme socialiste" n’a été aussi pertinent.»

En vérité, le vieux slogan de la "troisième voie" avancé par le SWP ne reflète pas précisément ses politiques. Callinicos est ouvertement opposé à l’«anti-impérialisme irréfléchi» parce qu’il est un défenseur de l’impérialisme. Son véritable slogan est plutôt «Non à Moscou, Oui à Washington».

(Article original paru le 14 mars 2014)