La posture d'opposition à l'austérité de SYRIZA se délite

Par Robert Stevens
13 février 2014

C'est la sixième année d'austérité en Grèce, elle a réduit la plupart de sa population à vivre dans la pénurie. 

Prétendument en échange de ces coupes sauvages, Athènes a reçu pour le moment environ 200 milliards d'euros de prêts de l'Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne, la « troïka », sur un total promis de 240 milliards. Ces mesures n'ont rien fait pour faire cesser la crise de la dette souveraine grecque, qui a continué à augmenter jusqu'à près de 340 milliards d'euros (176 pour cent du PIB).

Il est clair qu'il n'est plus question d'accorder des prêts importants au gouvernement grec. La semaine dernière, Der Spiegel a révélé que l'Allemagne envisage un prêt supplémentaire à la Grèce de seulement 10 à 20 milliards d'euros. Cette donnée figurait dans un document rendu public du ministère des finances. Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a déclaré en même temps que tous les prêts supplémentaires accordés à la Grèce seraient « bien plus petits » que les 240 milliards d'euros déjà accordés au cours des deux renflouages précédents. Schäuble a déclaré au magazine financier Wirtschaftswoche, « ce qui est certain, c'est que toute aide supplémentaire serait bien moindre que toute l'aide [accordée] jusqu'à présent. »

Pour mettre cette « aide » proposée en perspective, la Grèce est confrontée à une réduction de son budget de 15 milliards d'euros au cours des deux prochaines années et verse en moyenne 9 milliards d'euros chaque année rien que pour rembourser sa dette existante. Ce paiement des intérêts suffirait à lui seul à consommer entièrement un tel « prêt ».

Le document du ministère des finances stipule également que même ce prêt serait conditionné par l'application de nouvelles mesures d'austérité « rigoureuses » en Grèce.

Des chiffres récents confirment le terrible coût humain de ce cauchemar social sans fin. Un sondage du mois dernier de l'Institut des petites entreprises pour la Confédération des professions libérales, artisans et commerçants a établi que le revenu de seulement 5 pour cent des ménages n'avait pas été affecté au cours de la crise. La famille grecque moyenne a vu ses revenus baisser de près de 40 pour cent entre 2010 et 2013.

40,2 pour cent des ménages, près de 1,4 million, ont au moins un de leur membre au chômage, seulement 9,8 pour cent des chômeurs, moins de 200 000 personnes, sont indemnisés.

Alors que près de la moitié des familles grecques dépendent d'une aide sociale, la valeur moyenne de celles-ci est d'un peu moins de 700 euros pas mois ; 34,9 pour cent des familles vivent grâce à un salaire ou du travail 'indépendant'.

Les trois quarts des gens ont indiqué qu'ils dépensaient maintenant moins pour le chauffage et les transports et six sur 10 qu'ils ont réduit leur budget nourriture. Neuf sur 10 ont réduit les dépenses de vêtements et de loisirs.

L'étude a établi que les problèmes d'argent ont entrainés des retards de paiement envers l'état, les banques, la sécurité sociale ou les services publics. Plus de 41 pour cent des sondés ont dit qu'ils ne seraient pas capables de payer leurs dettes cette année.

Dès le début de la crise, la formation de pseudo-gauche SYRIZA (Coalition de la gauche radicale) s'est présentée comme la seule organisation progressiste pouvant remplacer le gouvernement. Sur cette base, son vote est rapidement passé de 4,6 pour cent en 2009 à près de 27 pour cent aux élections de 2012 ; à quelques points seulement d'être le parti majoritaire.

Sa rhétorique s'appuyait sur le rejet du memorandum établi avec la Troïka et de l'austérité permanente ainsi que sur la promesse qu'il renégocierait la dette de la Grèce en arrivant au pouvoir.

Sur cette base, SYRIZA, et de nombreux mouvements de la pseudo-gauche en Europe, ont fait campagne pour un audit de la dette grecque par une « commission indépendante » afin d'établir quelles dettes sont « légitimes » et lesquelles sont « odieuses » et à ne pas rembourser.

Le mois dernier, le site Web MacroPolis notait qu'aucune donnée définitive sur les dettes « odieuses » n'était établie, mais que « le député de SYRIZA Siorgos Stathakis, membre de l'équipe économique du parti, a maintenant suggéré que seulement 5 pour cent de la dette grecque, qui devrait atteindre 340 milliards d'euros, soit 174,8 pour cent du PIB à la fin de cette année, pouvait être considérée comme ''odieuse''. »

Cet article citait des commentaires de Stathakis sur la radio Sto Kokkino où il a défini les dettes odieuses comme « les programmes d'armements et l'électrification des Chemins de fer grecs (OSE), qui n'a jamais eu lieu. » il a développé en disant « plus de 90 pour cent de la dette est traditionnelle, de la dette publique sur les marchés, en d'autres termes, des obligations. Il n'y a aucun moyen légal de contester cela. »

Les commentaires de Stathakis montrent le ridicule de la rhétorique anti-austérité de SYRIZA. Ils engagent SYRIZA, si elle arrivait au pouvoir ou faisait partie d'une coalition avec d'autres partis ouvertement en faveur de l'austérité, à payer la grande majorité des dettes grecques.

Voilà le contenu de la principale politique de SYRIZA consistant à rester dans l'Union européenne à tout prix et à 'renégocier' sa dette.

Mardi, le chef de SYRIZA, Alexis Tsipras, a déclaré qu'un gouvernement SYRIZA ne voudrait pas refuser unilatéralement de rembourser ses dettes, mais « une arme que nous pourrions utiliser si nos partenaires sont très, très durs, serait de cesser de payer les intérêts pour financer l'économie grecque. Mais ce n'est pas notre intention. Notre position est de tenter de trouver une solution de consensus. »

La répudiation par SYRIZA de ses précédentes postures radicales a lieu dans le contexte d'une récente discussion dans les médias grecs et les partis du parlement en ce qui concerne la possibilité d'un futur gouvernement de coalition impliquant SYRIZA et le parti conservateur au pouvoir Nouvelle démocratie (ND). Le député SYRIZA Manolis Glezos, dans des commentaires qu'il a par la suite qualifié de sarcastiques, a demandé, « Est-ce que le gouvernement abandonnera sa politique d'emprunts ? Est-ce qu'il arrêtera de voler le peuple pour sauver les banques? S'il fait ça, alors je ne crois pas, chers collègues de SYRIZA, que nous objecterons » (à une coalition).

En réponse, le journal de droite Kathemerini, dans un éditorial, a demandé pourquoi « dans une période de crise aussi exceptionnelle, qui pousse les analystes à soulever le risque (plus spéculatif que réel) d'un Weimar moderne ou de la consolidation d'un climat de type guerre civile, » est-ce que les partis grecs sont « incapables de communiquer même sur les fondamentaux ? »

Il a ajouté, « dans tous les pays de la périphérie européenne où il y a eu des crises similaires, le gouvernement et l'opposition soit ont gouvernés ensemble soit ont co-signé les memorandums (Portugal, Irlande). »

Le mois dernier, un note de recherche de la banque d'investissement américaine JPMorgan indiquait que SYRIZA avait une avance de 7 pour cent dans les sondages dans la circonscription clef de « Athènes B » et remporterait très probablement la prochaine élection générale. Elle concluait qu'aucun parti grec ne serait capable de former un gouvernement seul et qu'il fallait envisager une coalition entre SYRIZA et Nouvelle démocratie.

Tout en excluant une coalition avec SYRIZA, le Premier ministre ND Antonis Samaras a fait attention à dire au parti de Tsipras qu'il espérait « les convaincre de devenir un gouvernement crédible et responsable. »

SYRIZA a été sur la bonne voie pour devenir un « gouvernement crédible et responsable » depuis le début de la crise financière en 2008. En janvier 2013, dans le cadre d'une tournée des grandes capitales, Tsipras a déclaré à la Brookings Institution à Washington, « J’espère vous avoir convaincu que je ne suis pas aussi dangereux que certains le croient. »

L'évolution de SYRIZA vers la droite a été soulignée récemment pas son choix d'un candidat pro-austérité, Odysseas Voudouris, pour les élections locales à venir. Voudouris est un ex-député du PASOK social-démocrate, un parti haï qui a imposé le premier memorandum sous le gouvernement de George Papandreou. En décembre 2011, l'équipe de Voudouris s'est rendue à Kalamata dans sa circonscription de Messinia et a été confrontée à des manifestants qui chantaient « que les collabos quittent la ville. »

(Article original paru le 10 février 2014)