Les médias et les politiciens américains se mobilisent contre les Jeux olympiques de Sotchi

Par Andrea Peters
13 février 2014

L'ouverture des Jeux olympiques de Sotchi a pris place vendredi en pleine campagne de propagande des médias américains. Reprenant le mot d'ordre de l'administration Obama et de ses alliés d'Europe, la presse américaine tente de saboter l'événement et d'en faire une humiliation pour le régime du président Vladimir Poutine.

Durant deux semaines, plus de 2800 athlètes vont s'affronter dans 98 épreuves dans la ville aux abords de la mer Noire. Moscou voyait les Jeux olympiques de Sotchi comme l'occasion de symboliser la renaissance économique et géopolitique de la Russie. Tandis que les tensions s'exacerbent entre la Maison-Blanche et le Kremlin sur la domination de l'Eurasie, Washington et Bruxelles tentent de transformer les Jeux en un fiasco diplomatique et publicitaire pour Moscou.

Aucun des principaux dirigeants ou représentants des pays occidentaux n'assiste aux Jeux olympiques et l'administration Obama a volontairement envoyé une délégation de subalternes pour représenter les États-Unis. Cette délégation est constituée entre autres d'un conseiller à la Maison-Blanche, de l'ancien chef de la sécurité intérieure Janet Napolitano et de l'ambassadeur américain en Russie Michael McFaul, qui est un virulent défenseur de l'opposition anti-Poutine et qui vient tout juste d'annoncer qu'il démissionnait. Le départ de McFaul est largement vu comme l'expression de la fin de la politique officielle américaine visant à «rétablir» les relations avec la Russie après les divisions de la période de la présidence de George W. Bush.

La Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne ont adopté l'attitude des États-Unis. Des politiciens en vue de ces pays ont prié les représentants de leur gouvernement de boycotter les Jeux. Le vice-premier ministre britannique Nick Clegg a annoncé peu après l'ouverture des Jeux olympiques qu'il avait interdit aux ministres libéraux-démocrates d'y assister, supposément en raison des lois anti-gay russes. En décembre, le président allemand Joachim Gauck a déclaré qu'il boycottait l'événement. Le premier ministre italien Enrico Letti, le seul dirigeant du G8, mis à part celui du Japon, à se présenter à Sotchi, a été vivement critiqué pour cette décision.

Les lois anti-gay qui ont été récemment promulguées en Russie et qui interdisent la «propagande homosexuelle» sont l'une des principales armes qui sont utilisées contre le gouvernement Poutine. Tandis que les États-Unis entretiennent les liens les plus étroits avec des régimes comme l'Arabie saoudite, où l'homosexualité est punissable par la flagellation et la mort, Washington et ses alliés attisent la frénésie dans la communauté de défense des droits de l'homme autour de ces questions, contre la Russie.

Les athlètes olympiques de l'Allemagne ont paradé vendredi dernier, lors de la cérémonie d'ouverture, dans des uniformes aux couleurs de l'arc-en-ciel, un symbole des droits des gays. La même journée, Google changeait sa page d'accueil pour y présenter un logo multicolore semblable. Dans un article pour New Republic, Julia Ioffe a rapporté que la seule discothèque gay de Sotchi était prise d'assaut par des journalistes étrangers voulant interviewer le personnel et les clients.

Nombre d'auteurs et d'artistes de renom ont aussi participé à cette frénésie en publiant la semaine dernière une lettre ouverte dans le quotidien britannique Guardian qui dénonçait le gouvernement russe pour sa répression de la liberté de parole et d'expression. Salman Rushdie, Günter Grass, EL Doctorow, Margaret Atwood et Tony Kuchner, pour ne nommer que ceux-là, ont exigé du Kremlin qu'il «reconnaisse que la Russie a l'obligation, sous la convention internationale sur les droits civiques et politiques, de respecter la liberté d'opinion, d'expression et de religion». La lettre, dont la publication avait clairement été prévue pour coïncider avec le début des Jeux, fait partie d'une campagne émergente «pour les droits de l'homme» contre la Russie.

Bien que la Russie soit loin d'être un modèle en termes de droits démocratiques, les signataires de cette lettre viennent de pays qui mènent un vaste assaut contre les libertés civiques. Le président des États-Unis Barack Obama déclare ouvertement qu'il a le droit d'autoriser l'assassinat de citoyens américains sans procédure équitable, ce qu'il a déjà fait d'ailleurs. De plus, son gouvernement dirige la plus importante opération d'espionnage de l'histoire mondiale.

S'ajoutent à la campagne coordonnée d'affronts politiques et de «défense des droits de l'homme» dirigée contre les Jeux olympiques de Sotchi les innombrables reportages sur les moindres failles de sécurité et d'infrastructures. La propagande des médias américains, suivant le mot d'ordre donné par Washington, carbure à plein régime.

Au départ, cette campagne était concentrée sur le risque d'une attaque terroriste (qui passait sous silence le fait que la plus grande menace qui pèse sur les Jeux provient des forces islamiques alliées aux rebelles, appuyés par les États-Unis, en Syrie). Mais elle s'est maintenant transformée en une série de reportages sur les coûts astronomiques et les dégâts environnementaux engendrés par les Jeux, d'histoires sensationnalistes sur l'eau brune des robinets d'hôtel, des toilettes et des poignées brisées, des chiens errant dans la ville et d'immenses tas de débris de construction.

«Tweets de journalistes en direct de Sotchi qui nous racontent leurs expériences d'hôtel hilarantes et répugnantes», rapportait le Washington Post le 4 février. «Sotchi: la pire destination olympique de l'histoire?» était le titre d'un récent article dans le magazine américaine Time.

Dans un article paru le 7 février, «Le côté sombre derrière l'éclat de Sotchi», le New York Times tente de miner toute impression positive qu'un spectateur aurait pu avoir de la cérémonie d'ouverture élaborée de vendredi. «La cérémonie était si envoûtante et a si bien fonctionné qu'il était facile d'oublier ce que masquaient l'éclat et le grand spectacle», a écrit Juliet Macur, ajoutant: «Cette semaine, Sotchi était comme l'hôte d'une fête à laquelle les invités se sont présentés beaucoup trop tôt: tout juste sortie de la douche, les bigoudis dans les cheveux, sans maquillage et de la vaisselle sale dans l'évier.»

Les médias ont aussi mis l'accent sur la présence de chiens errants dans Sotchi. Comme s'ils n'attendaient que ce signal, les défenseurs des droits des animaux ont joint leur voix à la campagne de condamnation de la Russie. Humane Society International a même préparé un document expliquant comment adopter un chien errant à Sotchi.

Comme pour démontrer l'hypocrisie des médias, Sally Jenkins du Washington Post a attaqué les Jeux olympiques de Sotchi pour avoir dilapidé les fonds publics, pour la pauvreté dans la région et les torts causés à l'environnement. Jenkins, qui semble avoir oublié qu'elle vit dans un pays où les 20 pour cent les plus riches de la population possède 90 pour cent de la richesse totale des ménages, se plaint de la qualité des tapis dans les hôtels et critique «Poutine et le petit groupe de 110 complices milliardaires qui ont détourné la richesse de la Russie». Elle critique la grandeur des Jeux olympiques qui a pour but de «faire trembler le citoyen ordinaire impuissant devant la force du “nouvel” État russe».

Ces commentaires et ceux de la presse américaine dans son ensemble rappellent le vieil adage: «on voit la paille dans l'oeil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien».

Le Washington Post soutient la création d'un État policier américain et des opérations de surveillance de masse de la NSA, qu'il tente de présenter comme les composantes nécessaires d'une lutte contre le terrorisme. Lorsqu'il est question des intérêts de l'impérialisme américain, ce quotidien ne ressent aucun malaise pour les gens ordinaires qui tremblent d'impuissance.

Et pour ce qui est des vastes inégalités de richesse en Russie et dans le cadre des Jeux de Sotchi, les jeux olympiques récents tenus aux États-Unis et en Grande-Bretagne n'étaient pas différents.

Aux jeux olympiques d'été de 1996 aux États-Unis, la ville hôte Atlanta était classée au neuvième rang au pays en termes de pauvreté, et deuxième pour les crimes violents par habitant. Les quartiers aux abords des installations olympiques ont été profondément appauvris, le revenu médian des ménages atteignant alors seulement 8621 dollars.

Les Jeux olympiques d'hiver de Salt Lake City en 2002, durant lesquels un scandale d'allégations de pots-de-vins a fait rage, avaient aussi été sévèrement critiqués par les environnementalistes pour les dégâts causés aux territoires naturels de la région. Alexis Kelner, cofondateur du groupe environnemental de l'Utah «Sauvons nos canyons», avait dit au Los Angeles Times à l'époque: «La seule chose qui est verte dans ces Jeux est la couleur de l'argent qui y circule.»

Tous les Jeux olympiques de l'époque moderne ont été plongés dans des scandales de pots-de-vin et de corruption. Les 30 milliards de dollars de dépenses apparemment inexpliquées du gouvernement russe dans les Jeux, bien que considérables, sont bien peu si on les compare aux 85 milliards $ que le gouvernement des États-Unis injecte chaque mois dans le système financier dans le cadre de son programme d'«assouplissement quantitatif». Ce sauvetage perpétuel de l'industrie financière nourrit un immense boom des marchés financiers et augmente le transfert de richesse vers les super riches.

La couverture médiatique des Jeux olympiques de Sotchi reflète la subordination totale des médias aux intérêts de la classe dirigeante américaine. Pour les intérêts impérialistes américains, la Russie est le deuxième rival en importance, derrière la Chine. Washington tente agressivement de miner l'influence de Moscou en Europe de l'Est en appuyant un mouvement de protestation d'extrême-droite anti-russe en Ukraine qui menace de scinder le pays et de le plonger dans la guerre civile. La Maison-Blanche et le Kremlin sont actuellement en profond désaccord sur les politiques au Moyen-Orient, sur la question de la Syrie et de l'Iran.

L'attitude de Washington et de ses alliés européens aux Jeux olympiques de Sotchi est motivée par ces tensions et d'autres divisions géopolitiques avec la Russie. Avec l'aide de médias serviles, la Maison-Blanche tente de réduire la stature d'un de ses plus grands rivaux, de créer les conditions pour un changement de régime en Russie et de préparer la population américaine à un prochain conflit militaire.

(Article original paru le 10 février 2014)