Il y a 100 ans : Rosa Luxembourg reconnue coupable de sédition par les autorités allemandes

20 février 2014
Rosa Luxembourg se rendant au tribunal avec les avocats Paul Levi et Kurt Rosenfeld

Le 20 février 1914, la célèbre marxiste germano-polonaise Rosa Luxembourg fut reconnue coupable de sédition et condamnée à un an d'emprisonnement par le Tribunal pénal de Francfort pour s'être opposée à la montée du militarisme et avoir dénoncé le traitement des soldats par la caste des officiers et les autorités publiques.

La base des accusations soulevées contre Luxembourg était un discours prononcé en septembre 1913, dans lequel elle appelait la classe ouvrière à s'opposer aux préparatifs de guerre, et à présenter sa propre perspective internationale. Elle dénonçait les préparatifs d'un conflit fratricide : « S'ils s'attendent à ce que nous massacrions nos frères français ou d'autres pays, alors disons-leur, ''Non, en aucun cas ! »

Au procès, Luxembourg prononça un discours passionné contre le militarisme impérialiste, elle déclara, « Une fois que la majorité des travailleurs seront parvenus à cette conclusion, et c'est précisément la tâche de la social-démocratie de déclencher cette prise de conscience […], que les guerres ne sont rien d'autre qu'un phénomène barbare, antisocial, réactionnaire, allant entièrement à l'encontre des intérêts du peuple, alors les guerres seront impossibles. »

Luxembourg était visée par les procureurs parce qu'elle, était au sein de la social-démocratie allemande, la partisane la plus sérieuse d'une réponse socialiste, révolutionnaire et internationaliste au militarisme, pendant que se développait une tendance nationale-opportuniste dans cette organisation qui s'adaptait de plus en plus aux intérêts du capitalisme et du colonialisme allemands.

Le procès se déroula dans le contexte d'un renforcement naval et militaire de l'Allemagne, précipité par des tensions croissantes avec la France et la Grande-Bretagne, et où la perspective d'une guerre était discutée publiquement. Bien qu'elle fût déclarée coupable, Luxembourg gagna un large soutien dans la classe ouvrière, s'exprimant dans des dizaines de rassemblements publics.

Elle fut à nouveau accusée en juin de la même année, pour avoir « insulté l'armée. » Lors du procès qui s'ensuivit, des dizaines de travailleurs témoignèrent en sa faveur sur le rôle majeur joué par Luxembourg en tant que dirigeante socialiste de la classe ouvrière. Ce procès exprimait également les tensions croissantes au sein de la social-démocratie entre les ailes révolutionnaire et nationale-opportuniste, les premiers avançant une défense politique combative de Luxembourg et les derniers appelant au « respect » des procédures des tribunaux capitalistes.