Un vote néo-fasciste important prédit aux élections municipales françaises

Par Anthony Torres
8 février 2014

Les élections municipales de mars prochain seront les premières élections nationales depuis l’arrivée au pouvoir du Président François Hollande et du Parti socialiste (PS). Les médias annoncent une défaite du PS face à la droite profitant au Front national (FN) néo-fasciste, portant ainsi un jugement dévastateur sur les politiques impopulaires d’austérité et de guerre menées par Hollande avec le soutien de la pseudo-gauche.

Selon un sondage BVA pour Les Echos réalisé mi-janvier, 32 pour cent des électeurs souhaitent la victoire d'une liste de droite ou du centre-droit dans leur commune aux municipales, 31 pour cent d'une liste de gauche et 14 pour cent un succès du FN.

En novembre le même institut BVA, pour d'autres commanditaires, avait mesuré des souhaits de victoire qui se portaient autant sur la droite que sur la gauche (29 pour cent des deux côtés), tandis que le FN était à 17 pour cent.

Ces élections se déroulent dans un contexte économique et social tendu. Le gouvernement met en place un pacte de responsabilité faisant des milliards d’euros de cadeaux aux patrons. Ce pacte compense la perte de l’Etat par une augmentation des impôts directs et indirects pour les travailleurs alors qu'en même temps les licenciements se multiplient avec le soutien des syndicats et des organisations « de gauche ».

Le taux d’abstention est annoncé à 55 pour cent, montrant un rejet par les travailleurs des politiques d’austérité et de l’establishment politique français allant du FN jusqu’au NPA. Le caractère corrompu des organisations de « gauche », discréditées auprès des travailleurs qui les voient correctement comme liées au PS, permet au FN de monopoliser l'expression de l'opposition à l’élite politique.

Le FN est annoncé à 14 pour cent des intentions de votes, soit moins 3 pour cent par rapport au sondage du mois de novembre, les scores du FN sont souvent sous-estimés par les instituts de sondage. Néanmoins, le chiffre de 14 pour cent est supérieur au résultat obtenu par le FN pour l’élection municipale de 2008 où le parti était dans une position délicate avec des problèmes financiers.

Les grandes villes de plus de 200 000 habitants comme Paris, Lyon, Nantes, Strasbourg et Lille verraient le PS arriver en tête au premier tour. Anne Hidalgo, candidate PS à la mairie de Paris, arriverait en tête dès le premier tour avec 39,5 pour cent des votes devant Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne ministre sous Sarkozy qui est créditée de 36,5%. Le FN ferait 8%, le Parti de Gauche 6% et la liste EELV 5,5%.

A Nantes, la ville du premier ministre Jean-Marc Ayrault, la candidate PS arriverait en tête au premier tour mais ferait un moins bon score qu’Ayrault en 2008. Ce dernier avait été élu dès le premier tour.

L’UMP ne profite pas de l’impopularité du président dans ces villes puisqu’il rencontre lui aussi l’hostilité des masses après avoir été, avec Chirac et Sarkozy, au pouvoir entre 1995 et 2012. Une autre raison d’une défaite de l’UMP dans ces villes vient des luttes que se livrent différentes fractions, ce qui a une incidence au niveau local et qui permet au PS de profiter de cette crise au sein de l’UMP.

Malgré cela, l’UMP gagnerait au premier tour à Bordeaux et à Marseille, villes qu'elle dirige déjà.

La défaite du PS devrait être plus nette dans les petites et moyennes villes et se produire au profit de l’UMP et du FN. Les élections partielles qui se sont déroulées en 2013 indiquaient dans l'ensemble une défaite probable du PS aux élections municipales.

Aux élections partielles de Villeneuve sur Lot dans le sud-ouest de la France, et dans l’Oise (au nord de Paris), le PS n’a pas accédé au second tour; ces élections profitèrent à l’UMP et au FN. A Brignoles, ville du sud-est, le FN gagna les élections au second tour, face à l’UMP.

Le Parti communiste français (PCF) stalinien est un parti d’élus. Pour pouvoir conserver ses élus, il a passé des accords avec le PS dans plusieurs villes, notamment à Paris, ce qui a provoqué des tensions au sein du Front de Gauche, l’alliance entre le PCF et le Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon. Pour protester contre l’alliance entre le PCF et le PS, Mélenchon s’est retiré symboliquement du Parti de la gauche européenne après la réélection de Pierre Laurent comme chef du PCF.

Le PG présentera quand même des listes communes avec le PCF dans plusieurs villes, ce qui souligne que la position de Mélenchon est une mascarade. Mélenchon, lui-même ancien ministre PS qui s’est posé en tant que premier ministre potentiel pour Hollande au mois de mai, n’a pas une position indépendante vis-à-vis du PS. Mélenchon tente aussi de se rapprocher d’Europe Ecologie Les Verts qui sont au gouvernement et qui soutiennent la politique d’austérité de celui-ci.

Le PG présentera des listes avec le NPA, ce qui pousse un peu plus le NPA à s’intégrer dans le Front de Gauche et donc renforcer ses liens avec le PS. Le NPA a soutenu Hollande au second tour des élections présidentielles de 2012, il appelle à des mobilisations unitaires avec l’ensemble des organisations de « gauche » contre le PS.

Ceci revient à s’allier avec des partis comme le PG et le PCF pour tenter de canaliser le mécontentement grandissant des travailleurs derrière des organisations alliées au gouvernement.