Les travailleurs boudent les manifestations symboliques organisées par la CGT contre les coupes du Parti socialiste

Par Pierre Mabut
12 février 2014

Le syndicat stalinien CGT (Confédération générale du travail) a organisé des manifestations de petite envergure partout en France jeudi dernier.

Le but de celles-ci était de faire tomber la pression sans remettre en question les mesures d’austérité du gouvernement réactionnaire du Parti socialiste et son « pacte de responsabilité» avec les employeurs. Ce « pacte », annoncé en janvier par le président François Hollande, élimine les 30 milliards d'euros de cotisations patronales destinées à la caisse d'allocations familiales.

Les 150 manifestations qui ont eu lieu dans les grandes et petites villes, n'attirant chacune que quelques centaines ou milliers de personnes selon le cas, ont laissé la grande majorité des travailleurs indifférents. Ces derniers ont le sentiment, tout à fait justifié, que la CGT et les partis de la pseudo-gauche sont complices du PS. Même à Paris, le nombre de manifestants ne dépassait pas les 3 800 selon la police, ou 16 000 selon la CGT. A Marseille, deuxième plus grande ville de France, les manifestants étaient au nombre de 3 000 selon la police et 35 000 selon la CGT.

La manifestation de Rouen comptait une délégation de travailleurs de Mory Ducros, entreprise de transport routier qui a fait faillite. Près de 3 000 ouvriers ont été licenciés de cette entreprise, la deuxième plus grande de France dans ce secteur d'activité et qui employait 5 000 ouvriers sur 85 sites.

L’entreprise avait déposé le bilan en novembre dernier. L’actionnaire majoritaire, Arcole Industries a reçu le feu vert pour reprendre l’affaire en conservant seulement 2 210 postes et 50 sites.

La plupart des syndicats, menés par la CFDT (Confédération française démocratique du travail, proche du PS), ont signé la destruction de 3 000 postes en échange de €10 000 d’indemnités de licenciement extra-légale pour chaque travailleur. La CGT (proche du Parti communiste français) n’a pas signé l’accord, mais a mis fin à la grève contre les licenciements.

Mory Ducros est la plus grande faillite industrielle en France depuis 2001, où 4 000 travailleurs de chez Moulinex, fabriquant d’appareils ménagers, avaient perdu leur emploi. Le dirigeant actuel de la CGT, Thierry Lepaon a exploité à fond tous ses « talents de négociateur » pour faciliter cette fermeture.

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg prétend avoir obtenu « un engagement moral » de la part d’autres entreprises de transport pour l’embauche de 1 500 ouvriers licenciés chez Mory Ducros. Le fait que de semblables promesses creuses aient été utilisées pour étouffer l’opposition des travailleurs contre les fermetures d’usines chez Goodyear Tires Amiens et l’usine automobile de PSA Aulnay souligne que les affirmations de Montebourg sont dénuées de toute valeur.

Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) a écrit que la manifestation de la CGT « ne doit être qu’une première étape….pour faire reculer le gouvernement ». Le NPA a publié une lettre ouverte qui lance un appel à « un grand week-end de révolte de gauche » et invite « l’ensemble des organisations de la gauche politique et syndicale qui ne participent pas à la majorité gouvernementale…de se rencontrer et agir en commun. »

Il s'agit là d'une fraude politique, sachant que la bureaucratie syndicale et les partis de la pseudo-gauche comme le NPA, qui a appelé à voter Hollande en 2012, ne vont pas combattre le programme d'austérité du PS. Ils craignent et s’opposent aux conséquences d’une défaite assenée à un gouvernement PS très affaibli et profondément impopulaire. Ils sont devenus l’obstacle principal à la mobilisation de la classe ouvrière contre le régime réactionnaire détesté de Hollande.

La CGT a réagi positivement à une proposition du syndicat Force Ouvrière de participer le 18 mars prochain à une manifestation contre la politique du gouvernement. Mais, comme jeudi dernier, ce sera une opération de plus pour laisser les travailleurs se défouler pendant que le massacre des emplois se poursuit. Thierry Lepaon a fait remarquer, « J’ai envie que la gauche réussisse [c’est-à-dire le gouvernement PS], que la France réussisse ».

L’affirmation de Lepaon que “la France” réussira si le PS réussit, ne fait que souligner l’intégration totale de la bureaucratie CGTiste corrompue dans la politique d’austérité du capital financier. Pendant qu’elle lance des critiques démagogiques à l'encontre du PS, avec lequel la CGT continue à négocier des attaques contre la classe ouvrière, elle dénonce toute opposition politique au PS comme aidant le Front National (FN) néo-fasciste de Marine Le Pen

Dans un entretien accordé au Monde le 21 janvier dernier, Lepaon se plaint que le PS « s’est pacsé avec le président du Medef, Pierre Gattaz », et ajoute, « On a le sentiment que le premier ministre c’est Pierre Gattaz. »

Cependant, Lepaon déclare, sans broncher, qu’il soutient Hollande, insistant pour que les travailleurs acceptent le régime réactionnaire du PS comme étant de « gauche ». Il proclame, « Dire à des électeurs de gauche qu’ils ont cru voter pour Hollande de gauche et qu’ils ont Hollande de droite, cela conduit à des impasses. Ce serait irresponsable de ma part. Porter un regard critique n’est pas être dans une opposition stérile ». Selon Lepaon, toute opposition qui critique le PS, « mène au Front National »

Cette diffamation infâme reprend la ligne politique de la CGT stalinienne d’il y a soixante quinze ans, quand celle-ci justifiait son soutien aux procès de Moscou, aux grandes purges de Staline, et au gouvernement français du Front Populaire, en qualifiant les trotskystes de fascistes, d' « Hitléro-Trotskystes. »

En réalité, c’est la CGT et ses alliés petit-bourgeois de la pseudo-gauche qui sont aujourd’hui les principaux artisans de la montée du FN. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher le développement d'une opposition de gauche dans la classe ouvrière, contre la politique réactionnaire du PS et des banques. Dans ces conditions, le FN peut se présenter comme la seule opposition politique aux banques et attirer un nombre grandissant de voix.

La CGT et le reste de la bureaucratie syndicale continuent de négocier et d'aider à imposer des mesures d’austérité qu’elles soutiennent. Tout en soulevant des critiques tactiques creuses à l'encontre du « pacte de responsabilité » de Hollande, la CGT accepte le principe de la suppression des €30 milliards de cotisations patronales qui servent à financer les allocations familiales. La CGT se plaint uniquement de ce que les employeurs refusent de garantir, en retour, une augmentation des créations d'emplois, comme le sollicite le gouvernement dans l’accord.

En effet, la CGT qui revendique être une force de «proposition et pas d’opposition » , se vante du rôle qu'elle a joué pour faire passer les coupes budgétaires d'économie libérale du PS contre la classe ouvrière. Cherchant à marquer sa différence par rapport à la politique de « la chaise vide » pratiquée par Charles de Gaulle il y a 50 ans pour bloquer les négociations dans l'Union européenne en refusant d'y assister, Lepaon insiste pour dire que la politique de la CGT n'est pas celle « de la chaise vide. » La CGT est donc parti prenante des décisions gouvernementales.

(Article original publié le 11 Février 2014)