Les morts de Lampedusa : le vrai visage de l'Union européenne

Par Peter Schwartz
18 octobre 2013

Les terribles images de centaines de réfugiés noyés au large des côtes de l'île Méditerranéenne de Lampedusa montrent le vrai visage de l'Union européenne (UE). Vingt-et-un ans après la signature du Traité de Maastricht, le projet d'unification européenne sous le capitalisme est devenu un cauchemar en tous points de vue.

De l'extérieur, l'UE ressemble à une forteresse, et au pied de ses murailles, des milliers de réfugiés perdent la vie. A l'intérieur, elle ressemble à une prison, dans laquelle la pauvreté, l'exploitation et l'oppression, s'intensifient rapidement et où les bénéfices de « l'unité » sont exclusivement réservés aux riches et aux puissants.

Les morts de Lampedusa sont les victimes de l'UE à double titre.

Les guerres impérialistes en Afghanistan, en Irak et en Libye, soutenues par l'UE, la préparation de la guerre civile en Syrie, le pillage des matières premières et l'exploitation néo-coloniale des pays du Moyen-Orient et de l'Afrique ont créé des conditions dans lesquelles la fuite est le seul espoir de survie pour beaucoup. Seule une petite partie des millions de réfugiés des pays concernés vient en Europe.

Pour leur barrer la route, l'UE a établi l'agence de contrôle des frontières FRONTEX, qui a sa propre flotte d'avions, d'hélicoptères et de navires, qui utilise des drones et des technologies de surveillance avancées, et qui peut déployer des gardes-côtes depuis les divers Etats-membres à n'importe quel moment. FRONTEX a verrouillé les frontières terrestres de l'UE avec des barrières fermement établies, ne laissant aux réfugiés que l'option d'une route extrêmement dangereuse à travers la Méditerranée.

Le désastre au large de Lampedusa, où 364 corps ont été retrouvés pour le moment, et le chavirage d'un autre navire quelques jours plus tard avec la perte de 38 vies supplémentaires en sont le résultat direct.

D'après les estimations des organisations pour les réfugiés, depuis 1990, 25 000 personnes se sont noyées en tentant de traverser la Méditerranée.

La brutalité avec laquelle l'UE traite les réfugiés est l'expression la plus aiguë de ses attaques contre l'ensemble de la classe ouvrière. Ces quelques dernières années ont été marquées par des diktats d'une austérité incessante qui ont détruit la vie de millions de gens. Les droits démocratiques ont été systématiquement démantelés et vidés de leur substance.

Pendant ce temps, 27 millions de gens sont officiellement sans emploi dans les 28 pays membres de l'UE. 120 millions sont pauvres, 43 millions n'ont pas assez à manger, et 18 millions dépendent de l'assistance alimentaire de l'UE. Les jeunes sont parmi les plus durement frappés. En Espagne, en Grèce et en Croatie, près de 60 pour cents des travailleurs de moins de 25 ans sont sans emploi.

L'armée des chômeurs est utilisée pour imposer des salaires et des conditions de travail plus bas. Même dans un pays « riche » comme l'Allemagne, un quart des salariés sont confrontés à des conditions de travail précaires. Les travailleurs contractuels d'Europe de l'Est sont exploités à des salaires de 2 à 3 euros de l'heure. 880 000 personnes en Europe sont de quasi-esclaves qui, d'après un rapport de la Commission du Parlement européen sur la criminalité organisée (CRIM), sont exploités par des réseaux criminels dans la prostitution et d'autres activités.

À l'autre bout de la société, la richesse s'accumule copieusement. En dépit de la récession, les bourses ont atteint des niveaux records et le nombre de millionnaires, tout comme leur richesse et leurs revenus augmentent.

Ceux qui sont responsables de ce développement sont les politiciens, les partis politiques et les syndicats qui soutiennent l'Union européenne et qui déterminent sa politique – depuis les conservateurs et les sociaux-démocrates jusqu'au parti Die Linke en Allemagne et d'autres organisations de la pseudo-gauche. Certains d'entre eux versent maintenant des larmes de crocodile sur les victimes de Lampedusa, mais ils défendent tous l'UE, qui est responsable de ces catastrophes.

Ils laissent l'opposition à l'UE aux partis d'extrême-droite comme le Front national français, qui propage le nationalisme et la xénophobie, encourage les éléments les plus arriérés et intimide la classe ouvrière.

Les 28 pays de l'UE abritent maintenant près de 500 millions d'habitants. Le fait que l'Union européenne soit hermétiquement scellée et incapable d'accueillir quelques dizaines de milliers de réfugiés est une expression de sa faillite historique. Cela rappelle la période qui a précédé le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale.

À l'époque, Léon Trotsky faisait remarquer : « Le monde du capitalisme pourrissant est surpeuplé. Accueillir une centaine de réfugiés de plus est devenue un problème majeur pour une puissance mondiale comme les États-Unis. Dans l'ère de l'aviation, du télégraphe, du téléphone, de la radio et de la télévision, voyager de pays en pays est paralysé par les passeports et les visas. La période du dépérissement du commerce international et du déclin du commerce intérieur est en même temps la période de l'intensification du chauvinisme et en particulier de l'antisémitisme. »

Durant des décennies, les propagandistes de droite ont exploité les victimes du Mur de Berlin, en affirmant qu'ils étaient la preuve de l'échec prétendu du socialisme. En réalité, ce qui existait dans l'ancienne République démocratique d'Allemagne (RDA – l'Allemagne de l'Est) n'était pas le socialisme, mais une dictature stalinienne. Mais si on applique les mêmes critères à l'UE, la conclusion inévitable est qu'elle a échoué au centuple.

À Lampedusa, il y a eu un nombre de morts qui est plus du double du nombre de morts sur le Mur de Berlin durant ses 28 ans d'existence. D'après le Centre d'études et de documentation guerre et société contemporaine, au total 98 réfugiés allemands de l'Est sont morts en tentant de franchir le mur de Berlin. Il faut y ajouter 30 personnes d'Allemagne de l'Est et de l'Ouest qui ont été tuées ou touchées par un tir accidentellement alors qu'elles ne tentaient pas de s'enfuir, et huit garde-frontières tués pendant l'exercice de leurs fonctions.

Seule la classe ouvrière, qui partout entre en conflit avec la classe dirigeante, peut montrer la voie pour sortir de l'impasse du capitalisme européen. Elle doit mener une lutte irréconciliable contre l'Union européenne et ses institutions réactionnaires, s'unir à travers toute l'Europe, et lutter pour des gouvernements ouvriers qui réorganiseront la société sur une base socialiste. Son objectif doit être l'établissement des États socialistes unis d'Europe, et la défense des réfugiés et de leurs droits doit faire partie intégrante de cette lutte.

(Article original paru le 17 octobre 2013)