Les élections allemandes: Merkel envisage la possibilité d’une grande coalition

Par Peter Schwarz
23 août 2013

Cinq semaines avant les élections législatives en Allemagne, les politiciens influents et les médias ont soulevé la possibilité d’une nouvelle version d’une grande coalition entre le Parti social-démocrate, l’Union chrétienne-démocrate et l’Union chrétienne-sociale. De 2005 à 2009, l’Allemagne avait été gouvernée par une grande coalition.

Au milieu de la semaine passée, plusieurs organes de presse avaient affiché à la Une : « Les Allemands veulent une nouvelle grande coalition. » En fait, le sondage sur lequel reposait cette affirmation avait indiqué que seulement 23 pour cent des personnes interrogées étaient favorables à une grande coalition CDU/SPD. Etant donné toutefois que les résultats du sondage pour une poursuite de l’actuelle coalition conservateurs/Parti libéral démocrate (17 pour cent), pour une alliance SPD/Verts (17 pour cent), CDU/Verts (16 pour cent) ou une alliance SPD/Verts avec le soutien de Die Linke (11 pour cent), étaient tous inférieurs, l’enquête en a déduit que la majorité préconisait une grande coalition.

La semaine dernière, la chancelière Angela Merkel (CDU) avait elle aussi laissé entrevoir la possibilité d’une grande coalition. « J’ai déjà mené une grande coalition, et donc ce ne serait pas crédible si j’en excluais la possibilité, » a-t-elle dit au journal Frankfurter Allgemeine Zeitung. Elle a ensuite ajouté qu’elle préférait personnellement une poursuite de son actuelle coalition avec le parti de libre marché FDP et ajouta : « Personne ne s’est actuellement donné pour objectif une grande coalition. »

Sa déclaration a cependant eu l’effet recherché. Le FDP s’est plaint à haute voix tandis qu’au sein du SPD des voix approbatrices se faisaient entendre.

Le secrétaire général du SPD de Hesse, Michael Roth, a mis en garde son parti d’exclure toute autre possibilité. « Nous ne pouvons pas dire à nos électeurs que, si l’alliance SPD/Verts n’est pas une option, nous rejoindrons définitivement l’opposition, » a déclaré Roth au Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Le député SPD au parlement fédéral Hans-Peter Bartels a dit au même journal qu’il ne fallait exclure aucune coalition avec les autres partis de l’éventail démocratique.

Le candidat SPD à la chancellerie Peer Steinbrück a réaffirmé sa position antérieure, c’est-à-dire de ne pas participer à une grande coalition alors que le président du SPD, Sigmar Gabriel, a adopté une attitude différente. Gabriel a dû s’incliner devant Steinbrück dans le choix du candidat tête de file du SPD aux élections, mais le président du SPD est considéré avoir ses propres vues sur les postes de vice-chancelier et de ministre des Affaires étrangères. Gabriel pourrait occuper ces postes dans une grande coalition si Steinbrück se retirait.

Gabriel a convoqué un congrès du parti deux jours à peine après les élections. Le congrès n’a de sens que si le SPD ne réussit pas à remporter une majorité en faveur de son objectif officiel de former une coalition avec les Verts et qu’il soit alors obligé de miser sur un autre partenaire de coalition.

Les spéculations au sujet d’une future grande coalition ne sont pas simplement le résultat des habituelles tactiques électorales. Une partie de plus en plus importante de l’élite dirigeante allemande considère qu’une telle coalition est la meilleure solution politique pour la période post-électorale.

Selon le magazine Stern, de nombreux représentants de la classe dirigeante pensent que la dernière grande coalition avait été une « aubaine. » Elle avait poursuivi l’antisocial agenda 2010 introduit par le gouvernement SPD/Verts dirigé par Gerhard Schröder, elle avait repoussé l’âge de départ à la retraite à 67 ans, elle avait octroyé des centaines de milliards d’euros aux banques durant la plus profonde crise financière mondiale de ces dernières 70 années et elle avait initié de brutales mesures d’austérité pour récupérer ces fonds aux dépens des travailleurs en Grèce, au Portugal, en Espagne et en Allemagne.

Des coupes sociales et des mesures d’austérité tout aussi spectaculaires seront à l’ordre du jour après les élections de septembre. La crise de l’euro n’est nullement résolue. Une nouvelle décote de la dette grecque qui est considérée comme inévitable par de nombreux économistes, dont le Fonds monétaire international, grèverait le budget allemand de plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Certains pays européens importants restent également embourbés dans la crise. En Espagne, la production industrielle a chuté durant 22 mois consécutifs. Les prix de l’immobilier ont dégringolé de 70 pour cent depuis 2007 et ont creusé de profonds trous dans les bilans des banques. En Italie, la dette continue de croître pour se traduire en juillet par un déficit de 9 milliards d’euros, et la France n’a pas été en mesure de se débarrasser de sa propre crise.

Le risque de responsabilité pour le budget allemand issu des différents plans de sauvetage de l’euro atteint actuellement 86 milliards d’euros. C’est le chiffre officiel indiqué par le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, et il est largement perçu comme étant une sous-estimation grossière. Citant des sources gouvernementales, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung évalue le coût total à 122 milliards d’euros. La porte-parole du groupe parlementaire des Verts chargée du budget, Priska Hinz, a cité un total de 400 milliards d’euros. Ce qui dépasse de loin le budget annuel allemand qui est de l’ordre de 310 milliards d’euros.

Si une fraction seulement de cette somme devait effectivement devenir exigible, la conséquence inévitable en serait de nouvelles mesures d’austérité afin d’en assurer le financement. Les coupes brutales appliquées en Grèce ont toujours été considérées par l’élite dirigeante comme un modèle à suivre pour la mise en œuvre de réductions tout aussi drastiques dans les autres pays européens.

Pour l’élite dirigeante, une grande coalition a l’avantage de pouvoir mettre en œuvre une nouvelle série d’attaques sociales sans présenter l’inconvénient d’avoir à prendre en considération les élections régionales, les changements de majorités parlementaires et les tensions politiques qui s’ensuivent.

CDU/CSU et SPD disposent ensemble d’une majorité quasiment garantie au Bundesrat (chambre des représentants Länder) qui est actuellement dominé par le SPD et les Verts. Une grande coalition serait le précurseur d’une dictature. Elle n’aurait pas besoin de tenir compte des résultats électoraux tout en s’abstenant d’abolir officiellement les élections.

Une grande coalition peut aussi compter sur le soutien du FDP, des Verts et des syndicats qui sont d’accord avec le SPD et les conservateurs sur toutes les questions déterminantes : la politique européenne, le respect du plafond de la dette et les coupes sociales associées.

La même chose vaut pour La Gauche (Die Linke). Ce parti a offert ses services au SPD et aux Verts pour la formation d’une coalition gouvernementale. Il défendrait aussi une grande coalition en approuvant les attaques contre la classe ouvrière.

En fait, une telle grande coalition comprenant tous les partis parlementaires domine d’ores et déjà la campagne électorale. Le gouvernement Merkel a reporté toutes les décisions financières jusqu’après les élections, y compris celles au niveau européen, pour garantir qu’elles ne deviennent pas un sujet de débat lors de la campagne électorale.

Chaque parti parlementaire est impliqué dans ce complot du silence. Ils sont tous déterminés à faire porter le fardeau de la crise à la population laborieuse. C’est la raison du vide de la campagne, de « l’absence de vent politique » et du « grand calme plat » (Süddeutsche Zeitung), qui est devenu le sujet de beaucoup de commentaires.

Le Parti de l’Egalité sociale (Partei für Soziale Gleichheit, PSG) est le seul parti dans ces élections fédérales à mettre en garde les travailleurs et les jeunes contre la confrontation de classe à venir et entreprend de les préparer à ces lutte au moyen d’un programme socialiste international.

(Article original paru le 21 août 2013)