Le Venezuela « normalise » ses relations avec Washington.

Par Bill Van Auken
15 juin 2013

Le président vénézuelien Nicolas Maduro prendra l’avion pour Rome la semaine prochaine ayant obtenu une audience du Pape François 1, anciennement Jorge Mario Bergoglio qui en tant que membre de droite du clergé a été complice en Argentine des crimes commis au cours de la sale guerre menée dans ce pays.

Ce tournant vers la hiérarchie de l’Eglise suit de près son entente avec un des capitalistes les plus riches du Venezuela et la rencontre privée, la semaine dernière, de son ministre des Affaires étrangères avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry ayant pour but la recherche d’une « normalisation » des relations entre la république bolivarienne et l’impérialisme US.

Quelque deux mois après sa victoire électorale extrêmement ténue sur le candidat de la droite vénézuélienne Henrique Capriles et face à une crise économique qui va s’approfondissant et qui se caractérise par une quasi hyperinflation de 35 pour cent, une croissance stagnante et des pénuries chroniques, il est évident que Maduro effectue un tournant résolu vers la droite pour tenter de renforcer son gouvernement.

Il est tout aussi significatif que les capitalistes de Washington et du Venezuela – ces derniers en la personne du milliardaire propriétaire du conglomérat Polar Foods, Lorenzo Mendoza invité à une rencontre cordiale avec Maduro au Palais Miraflores – ont effectivement apporté leur soutien a cet effort.

L’administration Obama, il faut le rappeler, a été le seul gouvernement au monde à ne pas reconnaître la présidence de Maduro à la suite de sa victoire du 14 avril avec une avance de 1,5 pour cent sur Capriles. Les Etats-Unis furent également les seuls à exiger un nouveau décompte des voix, malgré qu’il n’y ait pas eu preuve de fraude électorale, sans parler des antécédents lamentables du système électoral américain, depuis l’installation en 2000 d’un président qui n’avait pas été élu jusqu’à la fraude au moyen d’ordinateurs en Ohio en 2004.

Quant à Mendoza, mise à part sa fortune personnelle de 4,5 milliards de dollars, il était un partisan avéré du coup d’Etat avorté soutenu par les Etats-Unis en 2002 et qui a brièvement déposé feu Hugo Chavez en tant que président du Venezuela. Forcé d’adopter un profil bas à la suite de ce coup d’Etat manqué, il a monté une défense vigoureuse de sa société face aux accusations de « guerre économique » et de sabotage » lancées contre lui par Maduro.

Ces soutiens naturels de la droite vénézuélienne – Washington et Mendoza – ont effectivement coupé l’herbe sous les pieds de la campagne de la droite et ayant pour objectif de fustiger Maduro comme un président « illégitime » et de forcer la tenue de nouvelles élections.

Tout aussi révélateur est la décision prise par le conglomérat pétrolier américain Chevron de fournir 2 milliards de dollars pour une entreprise commune avec la société pétrolière vénézuélienne PDVSA dont le propriétaire est l’Etat.

Pour le moment, tant l’impérialisme US que les secteurs décisifs de l’establishment capitaliste dirigeant au Venezuela considèrent la stabilisation du gouvernement Maduro comme une alternative préférable à une explosion sociale et politique. Ils se rappellent le Caracazo , le soulèvement urbain de masse contre la politique du FMI en 1989 et la révolte populaire qui a éclaté en réponse à la tentative de coup d’Etat de 2002.

S’ils ont été irrités par la politique étrangère poursuivie par le gouvernement Chavez et par certains aspects de sa politique intérieure, ils ne partagent pas les illusions si vigoureusement promues par la pseudo-gauche petite bourgeoise, en Amérique latine et internationalement, et qui présentent le chavisme et son incarnation post-chavezienne comme représentant un défi direct de l’impérialisme ou encore une voie viable vers le socialisme.

Ils sont tout à fait conscients du fait que le Venezuela, malgré quatorze ans de « révolution bolivarienne » reste un pays capitaliste et une source de super profits pour les banques et les sociétés transnationales tout comme pour les capitalistes vénézuéliens. Pas moins de 70 pour cent de la production reste privée et le secteur financier est parmi les plus profitables du monde. Ce dernier a enregistré une croissance de 31 pour cent au premier trimestre de cette année, alors même que la production est entrée en récession et que le revenu réel des ouvriers vénézuéliens a été fortement réduit par l’inflation, les dévaluations monétaires, et la levée du contrôle des prix.

Le pays se vante de posséder les plus importantes réserves pétrolières du monde, son économie et entièrement dépendante des exportations de pétrole dont la plus grande partie continue d’aller vers les Etats-Unis.

Ceux qui dans la soi-disant « gauche » font la promotion d’illusions dans la capacité de Maduro et du chavisme de monter une véritable lutte contre l’impérialisme ou de représenter une voie vers le socialisme, tout comme ceux qui présentent la tâche politique au Venezuela comme étant de pousser Maduro vers la gauche, œuvrent politiquement à désarmer la classe ouvrière face à des dangers réels.

Malgré toute leur rhétorique à propos de « fascistes » de « coups d’Etat », et de « guerre économique », les chavistes, un mouvement nationaliste bourgeois, n’ont pas eu de mal à conclure des arrangements avec ceux qu’ils dénonçaient encore quelques jours auparavant.

S’il y a un véritable danger de coup d’état il vient de l’intérieur du mouvement chaviste lui même et d’un de ses piliers, l’armée, dont Chavez lui même était issu. Il existe des rumeurs inquiétantes selon lesquelles Diosdado Cabello, le président de l’assemblée nationale et un représentant de la boliburguesia qui s’est enrichi grâce à ses relations politiques et à la corruption et qui, comme Chavez, est un ancien officier de l’armée, mobilise du soutien parmi les officiers en vue d’un règlement de compte avec Maduro.

Et cependant une partie de la « gauche » cherche activement à obscurcir un tel danger. Ainsi, Marea Socialista (MS, Marée socialiste) dont la politique est promue tant par les pablistes que par l’International Socialist Organisation, écrivait récemment sur la nécessité d’« incorporer activement les membres militaires du peuple bolivarien » dans une offensive politique menée dans le but de contrer « le désillusionnement et la frustration » au sein de la population. MS qui fonctionne comme une tendance au sein du parti gouvernemental PSUV (Parti socialiste unifié du Venezuela), assure ses lecteurs qu’« il n’y a pas de possibilité immédiate de coup d’Etat contre-révolutionnaire » à cause du caractère « bolivarien » du corps des officiers.

Des illusions semblables ont été promues par les staliniens, les nationalistes petit bourgeois et les tendances révisionnistes pablistes à maintes reprises en Amérique latine – depuis la déclaration que l’armée chilienne représentait « le peuple en uniforme » à la veille du coup d’Etat sanglant de Pinochet en 1973 jusqu’aux assurances que le président nationaliste de gauche de Bolivie, le Général J.J. Torres armerait les travailleurs face à une prise du pouvoir droitière de l’armée en 1971. Des milliers de travailleurs ont payé de leur vie le prix de telles illusions.

La tâche brûlante au Venezuela et dans toute l’Amérique latine est la construction d’un nouveau parti révolutionnaire luttant pour l’indépendance politique de la classe ouvrière comme le seul moyen de réaliser le socialisme. Ces partis doivent être fermement fondés sur les expériences du mouvement ouvrier international durant toute la période passée, assimilée par la lutte du mouvement trotskyste mondial représenté par le Comité international de la Quatrième internationale.

(Article original paru le 12 juin 2013)