La crise de 2008 et les changements des rapports entre les classes aux États-Unis

Par Andre Damon
10 juin 2013

La Federal Reserve Bank de St-Louis a publié un rapport vendredi indiquant que le ménage américain moyen n’a récupéré, prenant en compte l’inflation, que 45 pour cent de la richesse qu'il a perdue pendant le crash financier de 2008. Ceci vient infirmer que les États-Unis connaîtraient une «reprise économique» et démontre le grand impact de l’effondrement de la valeur des maisons, des diminutions de salaire et du chômage de masse. 

À la suite d'un passage qui souligne que 62 pour cent de l'augmentation de la richesse totale depuis 2009 provient de l'augmentation de la valeur des actions, dont une part écrasante appartient aux riches, le rapport note discrètement, «Considérant la reprise de richesse inégale entre les ménages, la conclusion que les reculs financiers de la crise et de la récession ont largement été annulés n'est pas justifiée.»

Un des facteurs principaux dans la chute de la richesse des ménages depuis 2007 a été l'effondrement de la bulle du marché immobilier. Les familles à faible revenu, dont l'actif principal est la maison, ont été particulièrement affectées. Alors que le marché boursier est retourné à un niveau record à cause de politiques gouvernementales, le marché immobilier lui reste stagnant.

Mais le rapport de la Federal Reserve Bank ne révèle pas l’ampleur réelle de la vaste redistribution de la richesse qui a eu lieu pendant l’effondrement économique de 2007-2008 et la soi-disant «reprise» débutée en 2009. Cette moyenne — la récupération par les ménages de 45 pour cent de la richesse perdue lors du crash — masque de vastes inégalités.

D'après des figures du Bureau du recensement américain, entre 2005 et 2009, la valeur nette médiane du cinquième inférieur d'individus à faible revenus est tombée de 6870 dollars à 3500 dollars, une baisse de 50 pour cent. Dans cette même période, la richesse d'un ménage typique du cinquième supérieur est passée de 343.863 dollars à 283.081 dollars, soit une réduction de seulement 18 pour cent.

Pendant que la richesse des super-riches a augmenté avec le marché boursier, la vaste majorité de la population n'a pas récupéré sa richesse. En fait, d'après une analyse des données du Bureau du recensement américain effectuée par le Pew Research Center, la section de la population constituée par 93 pour cent des ménages les moins riches a vu sa richesse diminuer de 4 pour cent entre 2009 et 2011.

Par contre, le 7 pour cent supérieur des ménages a vu sa richesse augmenter de 28 pour cent en moyenne, passant de 2.4 millions à 3.2 millions de dollars.

Le rapport de Pew a conclu, «Depuis la fin de la récession en 2009 jusqu'en 2011... les 8 millions de ménages aux États-Unis avec une valeur nette de 836,033 $ ou plus ont vu leur valeur totale augmenter de 5600 milliards, pendant que 111 millions de ménages à la valeur nette égale ou inférieure à ce niveau ont vu leur richesse totale perdre 600 milliards.»

Cinq ans après le crash de 2008, plus de 20 millions de personnes sont encore sans emploi ou en manque de travail, pendant que les salaires continuent à diminuer. Entre 2007 et 2011, le revenu médian des ménages a chuté de 11,6 pour cent, de 57.143 $ à 50.502 $.

Ce qui s'est produit depuis le début de la crise en 2007 est une intensification massive dans l'oppression sociale de la classe ouvrière, reflétée dans le vaste transfert de richesse de la classe ouvrière, c'est-à-dire, la vaste majorité de la population, vers les riches.

Ceci est un produit des politiques de la classe dirigeante et ses représentants, de l’administration Bush d’abord et ensuite de celle d’Obama. Le gouvernement des États-Unis a répondu au crash de 2008 en offrant des centaines de milliards de dollars en sauvetage et des milliers de milliards en crédit gratuit pour les banques. Rien n'a été offert aux ménages des travailleurs, dont plus de dix millions se sont fait saisir leur maison depuis 2008.

De fortunes ont été faites au moyen de la spéculation sur le marché immobilier et de prêts prédateurs avant l'éclatement de la bulle immobilière. Quand les prix immobiliers se sont effondrés, la valeur de l'actif principal des travailleurs a été anéantie, pendant que ceux qui ont spéculé sur des prêts hypothécaires à haut risque ont été sauvés. L'aristocratie financière a fait de l'argent sur le chemin qui a mené vers la crise, l'a largement conservé pendant le crash, et en a accumulé encore plus pendant la «reprise».

Presque cinq ans après le crash économique, la Federal Reserve assure encore les profits du système financier en achetant 85 milliards par mois en actifs, la moitié de cette somme servant à soutenir les actifs toxiques liés aux hypothèques douteuses détenue par Wall Street. 

Et comme conséquence ces opérations parasites, les banques américaines les plus importantes ont une fois de plus affiché des profits records dans le premier trimestre de cette année : 40.3 milliards. Ces profits ne sont pas le résultat de la création d'emplois ou d'une intensification de la production économique, mais plutôt de l'appauvrissement de la population travailleuse et de la formation de nouvelles bulles financières qui sèment les germes de la prochaine crise qui promet d’être encore plus explosive. 

Ces développements confirment l'analyse du World Socialist Web Site qui en 2008 disait que la crise n'était pas une simple crise conjoncturelle qui allait passer, mais une crise dont les racines remontent aux profondes contradictions sous-jacentes du capitalisme américain et mondial. Toute la période passée a démontré qu'il ne peut pas y avoir de façon pour la classe ouvrière de défendre ses intérêts hors du renversement de la dictature de l'aristocratie financière pour la transformation socialiste de la vie économique.

Maintenant, la classe dirigeante coupe dans les services sociaux dont dépendent des millions de personnes pour ne pas tomber dans la pauvreté. Deux millions de personnes se sont fait retirer leurs allocations de chômage dans la dernière ronde de coupes de budget «séquestre», sans mentionner les coupes aux programmes d'assistance alimentaire, à Medicare, et dans l'éducation.

Pendant ce temps à Washington, dans un déluge de scandales d'évasion fiscale des riches et des grandes entreprises, on ne parle que de «réforme d'impôts», c'est-à-dire, de réduire les impôts des entreprises et de pousser les coûts des guerres continuelles et des sauvetages des banques sur le dos de la classe ouvrière.

La seule façon de combattre la pauvreté et le chômage de masse est de briser l'emprise que détient cette aristocratie financière parasite sur la vie politique et économique. Ceci peut seulement être accompli par la construction d'un mouvement de masse de la classe ouvrière, armée d'un programme socialiste de nationalisation des grandes entreprises, de la saisie des profits injustes, et de la réorganisation de la société pour satisfaire les besoins sociaux des masses au lieu du désir d'une minorité de s'enrichir au détriment de la société. 

(Article original anglais paru le 4 juin 2013)