Le NPA et la pseudo-gauche veulent la défaite des travailleurs dans la prochaine réforme des retraites

Par Anthony Torres
24 juin 2013

Le 16 juin ont eu lieu à Paris les Assises pour un changement de cap en France et en Europe, à l'initiative du Parti communiste français (PCF) stalinien et soutenu par le Parti de gauche (PG) de l'ancien ministre socialiste Jean-Luc Mélenchon, les partis principaux du Front de gauche (FdG).

Le projet débattu était de voir comment changer la politique de la majorité parlementaire actuelle, le Parti socialiste (PS), et convaincre le Président PS François Hollande d'inviter le FdG au conseil des ministres pour modifier l'austérité. Le but était ainsi de canaliser l’opposition des masses contre le gouvernement vers l'illusion que ce dernier est susceptible d'être poussé vers une politique pro-ouvrière.

C'était bien la dernière des choses pour eux d'envisager la perspective que la classe ouvrière et les jeunes en révolte renverseraient ce gouvernement complètement à la botte des banquiers servis par l'Union Européenne (UE).

Quand le gouvernement était en pleine crise, suite aux révélations que le ministre du budget Jérôme Cahuzac, responsable de la réduction du budget et des acquis sociaux, fraudait le fisc, Mélenchon avait parlé d’un « coup de balai » pour réformer gouvernement. Il avait aussitôt proposé à Hollande de le prendre comme premier ministre pour le sortir de la crise.

Le NPA, qui essaie de se placer comme garde-fou à gauche pour sauver la République bourgeoise, a été gêné par ce ralliement ouvert à Hollande d'une force politique qu'il invoque toujours comme faisant partie de « la gauche non gouvernementale », capable de se mobiliser contre l'austérité. Il craignait que la volonté de Mélenchon de servir sous Hollande ne démasque le caractère anti-ouvrier de toute la pseudo-gauche, y compris le NPA.

Mélenchon a organisé le 5 mai la manifestation, non pas pour passer « un coup de balai » mais pour faire dévier tout mouvement spontané contre le gouvernement, au plus bas dans les sondages avec près de 25 pour cent, vers l'idée qu'il était susceptible d'être poussé vers la gauche. Ceci donnait à la protestation un caractère fondamentalement pro-gouvernemental.

Malgré ses critiques envers Mélenchon, le NPA a participé à la manifestation du 5 mai. C'est-à-dire que pendant que le FdG proposait ses services pour maintenir Hollande, le NPA essayait de canaliser l'opposition populaire derrière le FdG.

La lettre du NPA adressée aux Assises critique le FdG parce qu’il cherche « à rassembler des forces qui participent à la majorité gouvernementale et des forces qui sont dans l'opposition… sans trancher lui-même sa position. » Elle continue: « Il n’est pas possible de combattre les politiques d’austérité, la course à la compétitivité, le démantèlement du code du travail sans s’affirmer comme une opposition au gouvernement ». Critiquant l’appel du FdG à un « changement de cap », le NPA propose un « changement de politique » fondé sur un « rapport de force sur le terrain ».

Ces critiques sont frauduleuses. En fait, le NPA n'a pas d'autre politique que de mettre de la pression pour « le changement de politique » (où est la différence avec « changement de cap »?). Il propose que ces mêmes forces qu'il critique « ont surtout besoin de converger et de s’unifier face à une politique cohérente au service des intérêts de la finance. » Au lieu de caractériser le gouvernement PS pour ce qu'il est, un agent direct et conscient des banques et du capitalisme, la lettre le présente comme inconscient: « Loin de tirer les leçons de ses échecs et qui, poursuit aveuglément la même politique. »

Finalement le NPA lance son appel habituel: « Nous voulons, ensemble, engager un large débat démocratique entre organisations politiques, syndicales, associations, entre toutes les organisations du mouvement social pour créer une dynamique capable d’inverser le cours des choses. »

La présidente de la Commission des retraites, Yannick Moreau, a rendu vendredi 14 juin son rapport commandé par le gouvernement PS, préconisant un approfondissement de la réforme de 2010 du gouvernement conservateur de l'ancien président Nicolas Sarkozy pour préparer les bases de la Conférence sociale des 20 et 21 juin où les syndicats, les patrons et le gouvernement en débattront.

Le rapport part du constat qu’en 2020 il faudra combler le déficit de l’ensemble des régimes de retraites estimé à 20 milliards d'euros en 2020, proposant de faire au total 7 milliards d'économies à court terme. Les pistes de réformes sur lesquelles le gouvernement, le patronat et les syndicats devront trancher sont : une augmentation de la durée de cotisation de 41.5 ans à 43 ans pour la génération née en 1962, puis à 44 ans pour les personnes nées en 1966, une hausse des impôts des retraités, des cotisations sociales à la hausse, la réforme du mode de calcul des retraites des fonctionnaires non pas sur les six derniers mois de salaire mais les dix dernières années.

Un article du Monde relaie les propos d’un proche de Hollande quant à une éventuelle explosion sociale. « C'est une position minoritaire dans la majorité, mais je suis sûr qu'un mouvement social d'ampleur est évitable. »

Le Monde explique cet optimisme plus loin : « Jusqu'alors, aucune de ses réformes qui avaient de quoi heurter la partie la plus à gauche de son électorat n'a mobilisé autant que les Cassandre ne l'avaient prédit ».

Le Monde continue: « la confiance du gouvernement vient de la méthode, comme l'explique le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui est celle de la ‘concertation’ ». C'est-à-dire que le gouvernement PS, comme celui de Sarkozy, compte sur les syndicats soutenus par le NPA et le FdG pour trahir la classe ouvrière une fois de plus.

La bourgeoisie craint que les syndicats ne se fassent déborder par la classe ouvrière avec un mouvement qui se développerait en une lutte contre le gouvernement, comme cela avait failli se produire lors de la réforme des retraites de 2010 sous Sarkozy.

Le gouvernement Sarkozy avait envoyé les CRS, qui avaient débloqué les raffineries et les dépôts pétroliers au moment où le gouvernement était sur les cordes—comptant sur la bureaucratie syndicale, qui avait lâché les grévistes attaqués par la police. La pseudo-gauche, inféodée à la bureaucratie syndicale, n'avait pas dénoncé cette trahison des syndicats.

Le NPA et le Front de Gauche n’ont pas de perspectives politiques fondamentalement opposées malgré les critiques du NPA envers Mélenchon. Ces deux organisations cherchent à s’entendre pour faire en sorte que la classe ouvrière subisse une défaite face au gouvernement, tout en masquant le plus possible leur rôle traître envers la classe ouvrière.