Les syndicats norvégiens évitent une grève nationale

Par Robert Stevens
15 avril 2013

Aux premières heures de lundi 8 avril, la Confédération générale du travail de Norvège (LO) et la Confédération norvégienne des syndicats professionnels (YS) ont signé un accord salarial traître avec la Confédération des entreprises norvégiennes (NHO), organisation cadre représentant le patronat.

L’accord a été conclu après que les parties ont prolongé de trois heures une échéance fixée à minuit. Il en est sorti une annulation d’une grève devant démarrer à peine quelques heures plus tard et qui avait le potentiel de paralyser l’économie, y compris les cruciales industries pétrolières et gazières, le transport public sur terre et par ferry, l’aéroport d’Oslo Gardermoen, la réparation navale et autres industries clé.

Les négociations ont été menées à terme grâce à l’intervention d’une médiatrice gouvernementale, Kari Gjesteby, après que les pourparlers avaient échoué le mois dernier.

L’accord concernera 156.000 adhérents syndicaux et fixera les critères pour les négociations salariales dans l’ensemble du pays. Le nombre total de travailleurs en Norvège s’élève à 2,7 millions, avec les travailleurs du secteur privé se chiffrant à quelque 1,9 million.

Conformément aux termes de l’accord, les travailleurs gagnant plus de 90 pour cent du salaire moyen d’un travailleur de l’industrie recevront une augmentation du salaire horaire d’à peine 0,75 NOK (0,12 dollar US). Ceux gagnant moins recevront 1,40 couronne norvégienne l’heure en plus de 0,75 NOK, soit une hausse totale de 2,15 NOK.

Comme c’était déjà le cas avec les grèves précédentes, les confédérations syndicales ont projeté de poursuivre la tactique d’appeler leurs membres à faire grève de façon échelonnée, l’objectif principal étant de maintenir un contrôle rigoureux sur la grève et d’empêcher qu’elle n’échappe à tout contrôle. La grève allait tout d'abord impliquer 17.000 travailleurs. Néanmoins, elle aurait inclus des arrêts de travail fermant deux terminaux clé qui approvisionnent en ressources (carburant, denrées alimentaire et boues de forage) un grand nombre des plus grandes plateformes offshore de l’entreprise publique Statoil. Une vingtaine de champs pétroliers et gaziers offshore, au rendement combiné de plus de 1,5 million de barils de pétrole par jour, allaient être affectés.

Roar Flaathen, dirigeant de LO a dit, « C’est un accord responsable et juste qui tient compte des emplois et des affaires et garantit que le pouvoir d’achat des moins bien payés bénéficie d’un stimulant supplémentaire. »

Contrairement aux affirmations frauduleuses d’un « stimulant supplémentaire » pour les moins bien payés, l’accord est tout à fait partial et en faveur des employeurs. Le but de l’accord est de réduire l'ensemble des coûts salariaux en Norvège dans l’intérêt du patronat.

Durant la période de 2002 à 2012, les travailleurs ont eu droit à une augmentation moyenne de salaire de 4,3 pour cent. En fin de compte, cet accord de 3,4 pour cent est bien inférieur à la projection du gouvernement, de la banque centrale et de l’agence nationale des statistiques d'une hausse de 4 pour cent pour cette année et pour les quatre années à venir.

Le site Internet Views and News from Norway a rapporté que, « Jorunn Berland, présidente de la confédération du travail YS l’a aussi qualifié 'd’accord responsable' qui reconnaît les problèmes de concurrence des employeurs norvégiens qui sont déjà confrontés aux plus hauts coûts de main-d’œuvre du monde. » Une évaluation plus véridique de l’accord, faite par Flaathen de LO, a été rapportée par le site. Il a dit que l’accord « correspondait ‘bien’ aux prévisions fixées par la banque centrale de Norvège, le ministère des Finances et le Bureau central des statistiques (SSB) pour maintenir l’économie norvégienne sur la bonne voie. »

Saluant le rôle joué par le syndicat pour imposer les exigences du patronat de réduire les coûts salariaux, la directrice de NHO, Kristin Skogen Lund, a fait remarquer, « Nous sommes satisfaits du résultat et nous sommes heureux d’avoir bénéficié de compréhension pour ce qui est du besoin de modération. Ceci contribue à un changement indispensable de cadence qui est très important pour la compétitivité des entreprises norvégiennes. »

Tout en avertissant que baisser les salaires était une priorité, dans une situation où les travailleurs norvégiens gagnent près de 60 pour cent de plus que la moyenne européenne, Elle a dit que l’accord était « raisonnable étant donné la situation économique. »

Elle a dit que cet accord fournissait « un bon fondement pour une progression générale moindre des salaires que celle que nous avons vue ces dernières années, » a-t-elle ajouté.

En Norvège, les travailleurs ont régulièrement débrayé l’année passée dans le but de s’opposer aux tentatives répétées de baisser leur salaire et leurs conditions de travail. L’été dernier, les travailleurs offshore avaient fermé de vastes pans du secteur pétrolier en revendiquant des salaires plus élevés. La grève avait concerné huit plateformes pétrolières sur le plateau continental norvégien, affectant 13 pour cent des exportations de pétrole et 4 pour cent des exportations de gaz du pays. La grève avait coûté chaque jour 150 millions de couronnes (25 millions de dollars US) aux entreprises.

Cette grève avait eu lieu en dépit de la volonté des syndicats de limiter son impact. Seuls 700 travailleur du secteur pétrolier de la société publique Statoil avaient fait grève, soit un peu plus d’un dixième du personnel sur un total de 6.500. Les responsables syndicaux avaient dit avoir délibérément évité d'appeler à la grève les travailleurs des sites qui auraient gravement nui aux exportations de gaz naturel.

La grève, qui avait duré 16 jours, s’était finalement achevée après l’intervention du gouvernement, invoquant des pouvoirs d’urgence pour imposer un arbitrage forcé. Ceci s'était produit moins d’un mois après que 50.000 employés du secteur public avaient débrayé dans le but d’obtenir des augmentations de salaire et de contrer les attaques contre les retraites.

A peine trois semaines plus tôt, la ministre du Travail, Hanne Bjurstrom, avait recouru à son pouvoir pour imposer un arbitrage obligatoire à plus de 3.000 agents de la sécurité qui avaient fait grève pendant une semaine dans toutes les installations du pays, dont les aéroports et les banques. La décision avait été prise au moment où la grève risquait de mettre en danger, sur différents sites, l'expédition de pétrole et de gaz.

(Article original paru le 12 avril 2013)