Le PDG du fabricant américain de pneus insulte les travailleurs français de Goodyear

Par Pierre Mabut et Antoine Lerougetel
1 mars 2013

La lettre virulente et réactionnaire de Maurice Taylor, PDG de Titan, entreprise américaine de taille moyenne fabricant des pneus, insultant les travailleurs de l’usine Goodyear Tires d'Amiens-Nord en proie à un conflit social, a conduit à une prise de bec publique avec le ministre français du Redressement productif, Arnaud Montebourg.

Dans une lettre largement diffusée, Taylor a rejeté avec mépris les suppliques impuissantes de Montebourg pour « sauver » l’usine d’Amiens-Nord après que Titan eut décliné le rachat de l’activité de pneus agricoles. Un tel rachat visait prétendument à sauver les empois de 500 travailleurs – tout en permettant la fermeture de l’activité pneus pour véhicules avec ses 800 emplois. Montebourg est à présent en quête d’un nouvel acquéreur pour la production des pneus agricoles, faute de quoi la société projette de fermer l’usine, ce qui entraînera la perte de 1.173 emplois.

La lettre de Taylor a crûment donné libre cours aux sentiments fascistes que les classes dirigeantes nourrissent à l’égard des travailleurs qui gagnent plus qu'un salaire de misère. Il a brandi la menace que : « Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d’un euro l’heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. Vous pouvez garder vos soi-disant ouvriers. Titan n’est pas intéressé par l’usine d’Amiens nord. »

Taylor a continué à insulter les travailleurs de l’usine d’Amiens-Nord en affirmant qu’ils gagnent « des salaires élevés… [ils] discutent pendant trois heures et ne travaillent que trois heures, » ce qui est absurde.

Ayant apparemment misé la stratégie de son entreprise sur la sous-traitance en Asie, Taylor a ensuite critiqué de manière incohérente le gouvernement français du Parti Socialiste (PS) et le gouvernement américain pour ne pas avoir imposé davantage de taxes sur les importations asiatiques. Il écrit : « Les Chinois livrent des pneus à la France – en fait à toute l’Europe – et vous ne faites rien. Le gouvernement chinois subventionne tous les producteurs de pneus… Le gouvernement américain ne vaut pas mieux que le français. Titan a dû payer des millions à des avocats de Washington pour attaquer les producteurs chinois de pneus en raison des subventions qu’ils reçoivent. »

La lettre de Taylor est, à franchement parler, celle d’un salaud. Elle démontre l’impasse du capitalisme qui, agonisant, n’offre aux travailleurs que le chômage et des salaires de misère. On espère que les travailleurs chinois et indiens de Titan feront grève et obtiendront l’augmentation de 2000 pour cent qu’ils méritent.

Cet incident tout à fait réactionnaire démasque avant tout la faillite des tentatives du gouvernement PS et de la bureaucratie syndicale pro-capitaliste de trouver des repreneurs industriels pour les nombreuses usines automobiles qui sont actuellement menacées de fermeture en France.

Ils sont ouvertement hostiles à l’unique solution en faveur de l’industrie automobile actuellement en pleine crise : la nationalisation et l’exploitation de l’industrie à l’échelle mondiale comme service d’utilité publique. Le combat pour cette revendication ne peut être mené que par la classe ouvrière engagée dans une lutte contre la classe capitaliste et ses représentants au sein des partis bourgeois de « gauche » tels le PS, la bureaucratie syndicale et la « gauche » petite bourgeoise.

Mais Montebourg, quant à lui, a entamé une polémique publique avec Taylor, passant tour à tour de fanfaronnades chauvines pour le critiquer à la servilité. En revenant sur les menaces de Taylor d’inonder le marché des pneumatiques, il a répliqué que les fonctionnaires des douanes françaises surveilleraient « avec un zèle redoublé vos pneus d’importation. Ils veilleront tout particulièrement au respect des normes applicables en matières sociale, environnementale et technique. » Il a ajouté compter de nombreux alliés au sein de l’Union européenne qui soutiennent « la réciprocité des échanges et s’organisent contre le dumping. »

La réponse de Montebourg est destinée à encourager les sentiments chauvins parmi les travailleurs, à diviser les travailleurs selon des clivages nationaux et à les détourner d’une opposition unie face à la contre-révolution sociale qui est en train d’être imposée en Europe et internationalement. Les médias s’en sont mêlés en se livrant à une chasse aux sorcières contre les travailleurs de Goodyear pour avoir refusé d’accepter des conditions de travail inhumaines.

Apparemment pour critiquer le point de vue de Taylor, membre du Parti républicain, Montebourg a obséquieusement fait l’éloge de la politique industrielle du président américain Barack Obama, un démocrate : « Je dois vous dire à quel point le gouvernement français admire la politique mise en place par le président Obama. En tant que ministre chargé de l’industrie, je suis particulièrement sensible à ses actions en faveur de la relocalisation des emplois industriels aux Etats-Unis et de l’innovation radicale. Il se trouve même que notre politique présente une certaine parenté avec celle inspirée par votre président. »

Les implications de cette déclaration n’échapperont pas aux travailleurs en Europe. Sous Obama, il y a eu des milliards de coupes dans la sécurité sociale et Medicare. Il a ordonné la diminution drastique de 50 pour cent des salaires des travailleurs de l’automobile nouvellement recrutés et un programme massif de fermetures d’usines et de licenciements dans l’industrie automobile. Les bénéfices de ces entreprises ont enregistré trois années de suite des niveaux record.

Il s’agit essentiellement du même programme anti-ouvrier avancé par le PS et les autres partis au pouvoir contre les travailleurs de l’automobile partout en Europe. C’est ce à quoi Montebourg fait référence dans sa réponse à Taylor lorsqu’il se vante de rendre la France attractive pour les investisseurs et que Titan aurait « pu apprendre et gagner énormément d’une implantation française. » Cet incident démasque aussi les illusions colportées par le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), le Front de Gauche et la bureaucratie syndicale, illusions selon lesquelles le PS peut être contraint par la pression à interdire légalement les licenciements aux entreprises rentable, comme Goodyear.

Ainsi, pour ce qui est de l’affaire Titan-Goodyear, le Front de Gauche a déclaré : « Plus que jamais, l’urgence commande une loi interdisant les licenciements et donnant des pouvoirs nouveaux aux salariés. En plus de maintenir l’emploi, elle aura un autre effet, celui de se protéger d’un capitalisme de vautours qu’incarne, jusqu’à la caricature, la multinationale américaine Titan. »

En fait, comme le montre clairement la réponse de Montebourg à Taylor, le PS se voit promouvoir le même programme de fermeture d’usines et de suppression d’emplois qu’Obama. Les travailleurs ne peuvent défendre leurs emplois qu’en menant une lutte politique contre le PS et ses alliés et partisans.

(Article original paru le 27 février 2013)