L'aristocratie financière et l'accroissement des luttes ouvrières

Par Andre Damon et Joseph Kishore
7 mars 2013

L'an dernier, neuf dirigeants de quatre des plus grands fonds d'investissement ont reçu un total combiné de 1 milliard de dollars en salaire et dividendes pour ce qui fut probablement la plus grosse paie de l'histoire de ces compagnies.

Ce fait extraordinaire a été rapporté dans un article de l'édition du week-end du Wall Street journal. L'article notait que les versements de dividendes se montaient à eux seuls à plus de 100 millions de dollars chacun pour Stephen Schwartzman, PDG de Blackstone Group LP ; Henry Kravis et George Roberts, co-fondateurs de KKR ; et Leon Black d'Apollo Global Management LLC. Tous ces hommes étaient déjà milliardaires, Schwarzman avec 5,2 milliards de dollars, suivi de Kravis à 4 milliards, Roberts à 3,7 milliards et Black à 3,5 milliards. 

La moyenne des versements reçus par chacun de ces neuf dirigeants était environ 2000 fois le revenu médian des ménages aux États-Unis. 

Ce reportage constitue un exemple de plus de la concentration obscène de la richesse en Amérique qui a élevé l'inégalité à un niveau qu'on n'avait plus vu depuis plus d'un siècle. Les salaires des travailleurs aux États-Unis sont à leur plus bas niveau depuis les années 1950. 

Pendant ce temps, des coupes massives sont appliquées à tous les niveaux de gouvernement, justifiées par l'affirmation qu'il « n'y a pas d'argent » pour la santé, l'éducation ou autres besoins sociaux. 

Le même jour où le Journal faisait connaître les revenus de ces dirigeants de fonds d'investissements de Wall Street, le gouvernement fédéral commençait à appliquer des coupes budgétaires par une procédure de « séquestre », et le gouverneur du Michigan, Rick Snyder annonçait qu'il nommerait un gestionnaire financier d'urgence avec des pouvoirs dictatoriaux pour imposer des coupes à Detroit [le Budget sequester, est une procédure américaine créée en 1985 et modifiée à plusieurs reprises, elle impose au Trésor public de refuser automatiquement de procéder aux paiements ordonnés par l'Etat au-delà d'un plafond de dépenses totales prédéfini, ndt]. 

Le gouvernement Obama a indiqué que les coupes brutales imposées par ce « séquestre » ne seront pas annulées plus tard. Les coupes dans tous les domaines des dépenses sociales sont le résultat de manœuvres calculées de la part des démocrates et des républicains pour imposer des mesures extrêmement impopulaires que les deux partis soutiennent. Parmi les nombreuses conséquences, ceux qui reçoivent des indemnités chômage de longue durée verront leur revenu hebdomadaire tomber de 11 pour cent, à 260 dollars. Les revenus annoncés pour chacun des dirigeants de Wall Street cités représentent un revenu hebdomadaire 7000 fois supérieur à cela. 

Ces données indiquent le facteur très largement dominant de la vie en Amérique : l'inégalité sociale. Des sondages multiples ont montré que la grande masse des gens sous-estime gravement l'ampleur de la richesse concentrée entre les mains de l'élite financière. On en parle à peine dans les médias, et pour la plupart des gens, les sommes contrôlées par cette couche de la population sont tout simplement inimaginables. 

Une fracture immense et infranchissable existe entre les conditions de vie des masses populaires – qui souffrent de la pire crise économique et sociale depuis les années 1930 – et la classe dirigeante dont la richesse est presque entièrement détachée des activités productives de l'économie réelle. 

En termes de réaction politique, le contraste avec les années 1930 est instructif. En introduisant la Loi sur le revenu en 1935, qui augmentait les taux d'imposition sur les hauts revenus et les propriétés, le président Franklin D. Roosevelt déclarait, « De grandes accumulations de richesse ne peuvent être justifiées par la sécurité personnelle ou familiale. » 

Une telle conception, présentée par Roosevelt dans le cadre de ses efforts pour sauver le capitalisme de la menace d'une révolution sociale, appartient à une autre époque. Elle est totalement en dehors des limites de la politique bourgeoise contemporaine. Aujourd'hui, le mot d'ordre est à des attaques toujours plus importantes pour faire payer la crise du système capitaliste à la classe ouvrière.

La classe dirigeante américaine présente tous les signes distinctifs d'une aristocratie, avec tout ce que cela implique pour la stabilité sociale et politique. Lorsque l'existence de la classe dirigeante et du système économique sur lequel elle s'appuie devient hostile à tout développement progressiste, devenant au contraire la force motrice d'un immense recul historique, la société se trouve au bord de la révolution. C'était vrai avant 1789 en France et avant 1917 en Russie, et c'est vrai aux États-Unis aujourd'hui. 

Depuis 30 ans, la classe dirigeante américaine construit sa richesse par un processus de financiarisation, dans lequel les forces productives de l'économie ont été continuellement sapées. Ce processus a entraîné l'effondrement de Wall Street en 2008, qui s'est transformé en une occasion pour une orgie spéculative encore plus délirante. 

Une politique à but très clair a été menée, d'abord sous Bush, puis a été largement développée sous Obama, pour s'assurer que ce processus continuerait. L'élite financière est dépendante d'un afflux ininterrompu d'argent quasi-gratuit injecté sur les marchés par la Réserve fédérale américaine. Après un rafistolage rapide dans la foulée du crash de 2008, la Banque centrale américaine maintient un afflux régulier de dollars en rachetant pour 85 milliards de dollars par mois de valeurs boursières. 

C'est ce qui alimente l'importante montée des prix des actions sur lequel est calculée la richesse des dirigeants des fonds d'investissement, et c'est la raison pour laquelle l'indice Dow Jones des valeurs industrielles est à quelques points de pourcentage d'établir un nouveau record, alors même que la croissance économique stagne et commence à reculer. 

Le caractère malsain des relations sociales infecte toutes les institutions politiques. Tout l'organisme pue la corruption. Les deux partis politiques, démocrate et républicain, fonctionnent comme les instruments directs de l'enrichissement de la classe dirigeante. 

Rien ne peut être changé par l'intermédiaire de ce système politique. Il faut des luttes sociales. La classe ouvrière doit contre-attaquer, contrer les diktats de l'élite dirigeante par des actions collectives. Le conflit social est, en fait, inévitable. Il a déjà commencé à émerger sous des formes explosives dans les pays du monde entier, et on peut voir aux États-Unis mêmes les premiers signes de l'éruption à venir. 

Mais pour que ces luttes soient victorieuses, l'opposition doit s'appuyer sur un programme politique clairement défini, qui serait dirigé contre toute la structure du système social existant. Le capitalisme est en faillite historique. Il doit être remplacé par une organisation nouvelle et plus élevée de la société : le socialisme. 

Le Parti de l'égalité socialiste mène la lutte pour construire un mouvement de la classe ouvrière afin de renverser le système capitaliste et de réorganiser la société sur la base des besoins sociaux et non des profits privés. Nous proposons les mesures suivantes : 

Par de telles mesures, on peut trouver les ressources nécessaires pour répondre aux besoins fondamentaux de la société et garantir les droits sociaux de la classe ouvrière, y compris le droit à un emploi et à un revenu décent, et le droit au logement, à la santé, à l'éducation et à une retraite confortable.

La transformation de la société aux États-Unis doit faire partie d'un mouvement international. Partout dans le monde, les mêmes questions fondamentales se posent. Nous incitons tous ceux qui sont en accord avec ces demandes à contacter et rejoindre le Parti de l'égalité socialiste et à lutter pour populariser ce programme auprès des travailleurs et les jeunes.

(Article original paru le 4 mars 2013)