Les coupes du « séquestre »: un nouveau stade dans les attaques contre la classe ouvrière américaine

Par Andre Damon et Barry Grey
5 mars 2013

Avec le lancement, cette année, des réductions des dépenses sociales d’un montant de 85 milliards de dollars et de 1,2 mille milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, l’élite dirigeante américaine a considérablement intensifié sa volonté d’imposer l’ensemble du poids de sa crise sur le dos de la classe ouvrière. Les coupes généralisées dans les soins de santé, le logement, l’éducation, les transports publics, les allocations chômage, l’aide en matière de nutrition et autres services sociaux en vertu du soi-disant budget de mise sous « séquestre » [mécanisme de réductions automatiques des crédits] qui est entré en vigueur vendredi, ont été présentées comme étant des coupes provisoires en attendant un accord bipartite sur la réduction du déficit budgétaire.

En réalité, on ne reviendra jamais complètement sur ces coupes. En plus des coupes à hauteur de 1,2 mille milliards de dollars promulguées l’année dernière par le gouvernement Obama et le Congrès, elles forment une nouvelle ligne de base pour des coupes encore plus claires à venir.

Dans le même temps, l’impact grandissant de ces coupes, dont des licenciements de masse et la mise en chômage partiel des fonctionnaires fédéraux et la réaction en chaîne des réductions et des licenciements au niveau de l’Etat et localement, servira à générer une atmosphère de crise et à amadouer la population en vue de l’imposition d’attaques historiques contre les programmes fondamentaux de soins de santé et de prestations aux retraités, des soit-disant droits, dont des dizaines de milliers de personnes dépendent.

Les répercussions économiques de ces coupes dans les dépenses publiques seront tout aussi dévastatrices et devraient entraîner près d’un million de suppressions d’emplois après le pire trimestre en termes de croissance économique depuis le krach de 2008.

Ce qui manque dans le faux débat et les bêtises lues dans la presse concernant le déficit, c’est une réflexion sur la crise sociale qui touche des sections de plus en plus vastes de la population, ou une quelconque expression des besoins et des intérêts des travailleurs.

Derrière la campagne partisane de dénigrement, l’accélération de l’offensive contre la classe ouvrière est le résultat d’un complot entre les Démocrates et les Républicains et dont le gouvernement Obama est le fer de lance. Lors d’une conférence de presse donnée vendredi, Obama a déclaré sa préoccupation quant à l’impact des coupes sociales sur les gens ordinaires. Il s’est présenté comme le défenseur d’une approche « équitable » et « équilibrée » en matière de réduction du déficit, et comme l’avocat des « classes moyennes. »

Cette attitude consiste à réclamer des augmentations d'impôts symboliques pour les riches en plus des réductions des dépenses et à essayer de rejeter sur les Républicains, qui refusent toute hausse d’impôt, la totalité de la responsabilité pour les coupes du séquestre.

Dans le même temps, Obama a signalé à son véritable électorat, l’aristocratie patronale financière, que ces coupes seront permanentes. « En l’absence d’une décision de la part du président de la Chambre et d’autres de donner préséance aux familles des classes moyennes sur quelque autre impératif politique qu'il pourrait avoir dans l'immédiat, » a dit Obama, « ces coupes seront mises en place. »

Il a répété que ses objectifs essentiels étaient les programmes sociaux de base qui restent des réformes des années 1930 et 1960 – Medicare et la Sécurité sociale. Tout éventuel accord budgétaire bipartisan, a-t-il fait savoir clairement, comprendrait des coupes substantielles de ces programmes sociaux.

Obama a souligné que les propositions précédentes faites par la Maison Blanche – y compris la réduction drastique de centaines de milliards de dollars de Medicare, le relèvement de l’âge d’ouverture du droit à ce programme et la diminution des prestations de sécurité sociale – demeuraient sur la table.

« Je suis prêt à m’attaquer au problème lorsqu’il y en a un concernant les allocations et à prendre des mesures que mon propre parti n’aime pas vraiment, » a-t-il dit.

Les coupes effectuées dans ces programmes et auxquelles près de 90 pour cent de la population s'oppose, selon des sondages d’opinions, étaient considérées auparavant comme le « troisième rail » de la politique américaine. Sous Obama, les Démocrates et les Républicains ont comploté pour créer une série de crises fabriquées – l’échéance de 2011 du relèvement du plafond de la dette publique, le « mur fiscal »(« fiscal cliff ») du 1er janvier, et maintenant le séquestre – pour faire accepter à la population, par le chantage, la réduction drastique de ces programmes en guise de « solution » à long terme pour ce qu’ils décrivent comme un déficit catastrophique imminent.

Le cynisme d’Obama ne connaît pas de limites. Son semblant de préoccupation à l’égard des travailleurs n’a aucun rapport avec ce qu’il fait à la Maison Blanche (superviser la distribution de l’argent aux riches et les attaques contre les travailleurs), ni ce qu’il a l'intention de faire.

Les coupes du séquestre sont tout à fait conformes au programme qu’Obama a apporté avec lui lors de son arrivée à la Maison Blanche en 2009. Le projet de budget qu’il avait soumis cette année-là prévoyait de ramener d’ici 2013 les dépenses discrétionnaires intérieures à 7,4 pour cent du produit intérieur brut américain et à 6,3 pour cent d’ici 2019. Par comparaison, ce chiffre était de 7,9 pour cent durant la dernière année du mandat de Bush.

C’est d’ailleurs, la Maison Blanche qui avait proposé la mise sous séquestre des coupes sociales comme partie intégrante du compromis de réduction budgétaire conclu avec les Républicains en 2011.

Obama s’est vanté à plusieurs reprises de ramener les dépenses discrétionnaires intérieures à leur niveau le plus bas dans l'économie depuis le gouvernement Eisenhower. Depuis sa prise de fonction, il a supervisé l’élimination de 719.000 emplois au niveau fédéral, des Etats et du gouvernement local. Si la situation tendancielle d’embauche du gouvernement d’avant 2008 s’était poursuivie durant le premier mandat d’Obama, il y aurait deux millions de fonctionnaires gouvernementaux de plus qu’il n’y en a actuellement.

Ce n’est pas par hasard qu’à la veille des coupes du séquestre Obama a fait quelques pas pour soutenir le mariage homosexuel et les droits des femmes. « J’ai été heureux de constater que la Chambre des représentants avait voté hier la Loi sur la violence contre les femmes, » a-t-il dit vendredi lors de sa conférence de presse et fait remarquer que son gouvernement avait remis la veille à la cour suprême un dossier d’audience pour invalider une loi californienne interdisant le mariage homosexuel.

Ce sont là des décisions calculées pour consolider son soutien parmi les groupes pseudo-gauches de libéraux et de la classe moyenne tel l’International Socialist Organisation (ISO) dont l’obsession en matière de politique ethnique et d’égalité des sexes fournit le cadre idéologique pour leur passage dans le camp de l’impérialisme américain. Les miettes jetées par Obama aux droits des homosexuels et des femmes étaient conçues pour fournir à ces forces une couverture politique pour leur soutien à son programme d’austérité.

Le World Socialist Web Site et le Socialist Equality Party (Parti de l’Egalité socialiste, SEP) appellent les travailleurs et les jeunes à rejeter l’ensemble du cadre de ce soi-disant débat sur le déficit. Les travailleurs ne sont pas responsables de l’échec du système capitaliste et ce n'est pas à eux d'en payer le prix.

L’argument central de l’élite dirigeante et de ses organes politiques, à savoir qu’il « n’y a pas d’argent » pour l'emploi, l’éducation, les soins de santé, le logement, les retraites, est un mensonge. L’élite financière américaine n’a jamais été aussi riche. Alors même que le gouvernement lançait son attaque contre les programmes sociaux, l’indice Dow Jones Industrial Average (DJIA) était sur le point d’atteindre un nouveau record. Les bénéfices des sociétés et les rémunérations des PDG continuent de grimper en flèche, subventionnés par des milliers de milliards de prêts quasi gratuits et de renflouements venant du Trésor et de la Réserve fédérale.

Elles existent ces ressources financières qui pourraient fournir des emplois bien rémunérés, une éducation et un logement décents, des soins de santé et des retraites pour tous. Mais sous le système capitaliste et le monopole des deux partis qui le défendent, ces ressources sont concentrées entre les mains d’une infime élite parasitaire.

Les travailleurs doivent rejeter toutes demandes de « sacrifices » pour renflouer cette aristocratie des temps modernes. Ils doivent exiger que l'on revienne complètement sur toutes les coupes déjà promulguées et que des centaines de milliards de dollars soient mis à disposition pour garantir les droits sociaux fondamentaux à l’emploi, à l’éducation, au logement et aux soins de santé.

Ces revendications ne peuvent être satisfaites que par la mobilisation unifiée de la classe ouvrière contre le gouvernement Obama, les deux partis patronaux et la fortune et le pouvoir établis de l’oligarchie financière. Le Socialist Equality Party lutte pour le développement d’un mouvement socialiste de masse de la classe ouvrière dans le but d’établir un gouvernement ouvrier et de nationaliser les grands groupes et les banques en les plaçant sous le contrôle démocratique de la population laborieuse. C’est la seule base pour la réorganisation de la vie économique conformément aux besoins sociaux et non aux profits privés.

(Article original paru le 2 mars 2013)