Les travailleurs se rebellent contre les syndicats droitiers

Par Jerry White
4 mars 2013

Quatre ans et demi après l’effondrement financier de 2008, de nombreux signes révèlent une combativité croissante au sein de la classe ouvrière internationale.

En réaction à la crise, la classe dirigeante est en train d'imposer des mesures d’austérité sans précédent en sus des licenciements et des réductions de salaires. Le consensus général existant au sein des parlements, des sièges gouvernementaux et des conseils d’administration des grandes entreprises est que la classe ouvrière, soit la vaste majorité de la population mondiale, doit payer pour une crise qu’elle n’a pas créée et dont elle n’est pas responsable.

Les luttes sociales de masse qui ont éclaté en 2011 franchissent une nouvelle étape. Les grèves se poursuivent en Egypte contre le Fonds monétaire international et le régime soutenu par les Etats-Unis ; les travailleurs des ferries et les agents des transports ont débrayé en Grèce et les travailleurs espagnols ont organisé des protestations de masse contre les exigences d’austérité de l’Union européenne ; les travailleurs de l’automobile en France ont occupé des usines menacées de fermeture ; des dizaines de millions de travailleurs en Inde ont paralysé la semaine dernière une grande partie du pays par une grève générale de 48 heures.

Les mêmes problèmes surgissent dans chacune de ces luttes. Alors que la volonté de lutter et la persévérance ne font pas défaut, chaque section de travailleurs a été obligée de se confronter à la question de la direction et de l’organisation. Dans la mesure où ces luttes demeurent sous le contrôle des syndicats et des soi-disant partis de « gauche », elles seront de nouveau manipulées par l’establishment politique et trahies.

La logique objective de la lutte des classes, pousse cependant la classe ouvrière dans une autre direction. Les travailleurs cherchent à se libérer de la mainmise des bureaucraties droitières et de la répression artificielle du conflit social qui dure depuis des décennies.

A la fin de l’année dernière, les mineurs des mines de platine d'Afrique du Sud s’étaient révoltés contre le syndicat national des mineurs (NUM) qui agit en tant que pourvoyeur de main-d’œuvre bon marché pour les sociétés minières mondiales. La réponse du NUM a été de collaborer avec le gouvernement du Congrès national africain (ANC) dans le recours à la force pour réprimer la rébellion.

En Allemagne, les travailleurs de l’automobile de l’usine GM-Opel de Bochum ont commencé à appeler à ne pas payer les cotisations syndicales et à quitter en masse le syndicat IG Metall qui n’a rien fait pour lutter contre la fermeture de l’usine.

Pour la classe dirigeante, la perspective de luttes de la classe ouvrière en dehors du cadre des syndicats officiels est profondément inquiétante. C'est aux Etats-Unis que les implications de cette évolution sont les plus explosives.

Les Etats-Unis sont le pays le plus inégalitaire des pays industrialisés. Et pourtant, depuis trois décennies, alors même que la fortune de l’aristocratie financière grimpe en flèche et que les conditions de vie de la masse des travailleurs se dégradent, chaque lutte de la classe ouvrière est isolée et vaincue. En cela, les syndicats officiels jouent le rôle central.

Dans ce contexte, la constitution d’un comité d’action par la base des travailleurs des bus scolaires de New York City apparaît comme un développement hautement significatif.

Les travailleurs ont formé ce comité après la trahison, par le syndicat Amalgamated Transit Union et le reste des syndicats de la ville, de la grève des 9.000 chauffeurs de bus scolaires, surveillants et mécaniciens. Bien qu’il y ait eu un large soutien pour une lutte contre le maire multimillionnaire de la ville, Michael Bloomberg, l’ATU, la centrale syndicale AFL-CIO, les syndicats du métro et des bus, le syndicat des enseignants et le reste des syndicats de la ville ont isolé la grève. Elle a été terminée sans qu’il y ait eu une réunion ou un vote des membres et sans qu’aucune des revendications n’ait été satisfaite.

L’ATU avait dès le départ fait clairement savoir qu’il était prêt à accepter le plan de Bloomberg de faire des travailleurs des bus scolaires des travailleurs intérimaires à bas salaire tant que l’ATU conserverait son droit et serait autorisé à prélever les cotisations sur les salaires des travailleurs, quel que soit le montant de leur salaire. Les dirigeants de l’ATU ont cherché à se servir des travailleurs comme de pions en espérant convaincre Bloomberg et le patronat qu’ils réussiraient à réaliser la réduction des coûts plus efficacement avec plutôt que sans le syndicat.

La grève des travailleurs des bus scolaires de New York s’est déroulée comme d’innombrables autres luttes. Les travailleurs sont confrontés à une classe dirigeante impitoyable et sont piégés dans des organisations qui acceptent l’intégralité du cadre dominé par les entreprises et qui travaillent activement à la défaite des travailleurs qu’elles prétendent représenter. L’appauvrissement des travailleurs ne modifie en rien le revenu des cadres de la classe moyenne supérieure qui dirigent les syndicats.

La condition préalable à une lutte sérieuse et efficace est une rupture organisationnelle avec les syndicats officiels. Les travailleurs eux-mêmes commencent à le reconnaître.

Au début de la réunion de New York qui était consacrée à la création du comité d’action des travailleurs de la base, un chauffeur de bus scolaire expérimenté a annoncé que ceci n’était « pas une réunion syndicale » mais une réunion « des membres pour les membres. » Cette déclaration reflète la prise de consciente grandissante de ce que les intérêts du syndicat et les intérêts des membres sont fondamentalement opposés.

La transformation des syndicats en organisations anti-ouvrières n’est pas simplement le fait de responsables corrompus mais plutôt de l’échec de l'ensemble de leur programme qui est fondé sur la subordination de la classe ouvrière au système capitaliste et aux besoins mondiaux du capitalisme américain et qui est appliqué de manière centralisée par la subordination politique des travailleurs au Parti démocrate.

Alors que la lutte des travailleurs commence à échapper au cadre syndical, l'intensification de la combativité s'accompagne d’une réceptivité grandissante à la perspective du socialisme. Durant la grève des chauffeurs de bus scolaires, de nombreux travailleurs ont commencé à se rendre compte que l’unique publication qui leur disait la vérité et exprimait leurs intérêts était le World Socialist Web Site. Nos mises en garde contre la trahison du syndicat et notre révélation du rôle joué par les Démocrates ont été entièrement confirmées par ce que les travailleurs eux-mêmes ont vécu.

De nombreuses questions politiques doivent encore être clarifiées. Mais les efforts grandissants entrepris par les travailleurs américains pour rompre avec les syndicats pro-patronaux, de même que leur ouverture d’esprit à l’égard du socialisme représentent un changement historique dont les implications sont des plus importantes pour la lutte des classes internationale. Des millions de travailleurs commencent à comprendre qu’ils sont confrontés non seulement à un grand groupe ou responsable gouvernemental particulier, mais à tout un système socio-économique.

La combativité, la colère et la détermination des travailleurs doivent être associées et enrichies par un programme politique rigoureusement élaboré, articulant les intérêts véritables des travailleurs contre la politique des élites dirigeantes des Etats-Unis et du monde entier. Comme le montre l’expérience de la grève des chauffeurs de bus scolaires de New York City, seul le Socialist Equality Party (Parti de l’Egalité socialiste, SEP) mène cette lutte pour armer la classe ouvrière d’un tel programme. Nous appelons les travailleurs qui reconnaissent le besoin d’une telle lutte à rejoindre le SEP (join the SEP) et à contribuer à le construire comme nouvelle direction révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article original paru le 27 février 2013)