Les élections italiennes : un moment politique décisif

Par Peter Schwartz
1 mars 2013

Les législatives italiennes du week-end dernier sont un événement décisif des évolutions politiques en Europe.

L'agent exécutant de l'élite financière européenne, Mario Monti, a subi une défaite humiliante et n'a pas été en mesure de former un gouvernement fonctionnel avec son allié Pier Luigi Bersani du Parti démocrate. C'est un coup majeur porté à la politique d'austérité de l'Union européenne et du gouvernement allemand. Les commentateurs anticipent une résurgence de la crise de l'euro. 

Le problème de la classe dirigeante n'est pas tant Beppe Grillo et Silvio Berlusconi, qui sont maintenant en position de bloquer toute décision du gouvernement au sénat. Bien qu'ils soient quelque peu imprévisibles, ces deux hommes sont des politiciens bourgeois qui défendent le capitalisme et qui sont prêts à soutenir des mesures d'austérité brutales. Le problème c'est l'opposition du peuple italien, qui a rejeté très nettement une politique qui ne leur apporte rien que la pauvreté et le chômage, pendant que l'élite financière s'enrichit de façon éhontée.

L'Italie n'est pas le seul pays où une telle résistance est en train d'émerger. Dans toute l'Europe, les travailleurs font preuve d'une combativité de plus en plus forte, cherchant à se défendre face à une contre-révolution sociale qui vise effacer tous les acquis sociaux obtenus aux cours des 70 dernières années. En Bulgarie, des manifestations contre les prix exorbitants de l'électricité ont fait tomber le gouvernement. En Grèce et en Espagne, les grèves et les manifestations contre les mesures d'austérité de l'Union européenne prennent des formes de plus en plus radicales. 

Au cours des quinze dernières années, l'élite financière européenne s'est essentiellement appuyée sur les services des partis socio-démocrates et des syndicats ainsi que de leurs défenseurs de la pseudo-gauche pour tailler dans le niveau de vie des travailleurs et satisfaire la soif de profits des marchés financiers. 

Tony Blair en Grande-Bretagne, Gerhard Schröder en Allemagne et Lionel Jospin en France ont mené une politique d'austérité au début de cette période. Après la crise financière de 2008, José Zapatero en Espagne, José Socrates au Portugal et George Papandréou ont poursuivi et développé cette politique. Ils ont mené des attaques sans précédent en Europe depuis les années 1930 contre les travailleurs, les retraités, et les chômeurs. 

Les syndicats ont collaboré à ces attaques sociales, réprimant la résistance populaire et dissipant l'opposition au moyen de manifestations inefficaces. Les groupes de la pseudo-gauche ont critiqué en parole les mesures d'austérité, mais en pratique ils ont soutenu les socio-démocrates, et – dans le cas de Refondation communiste en Italie et du parti Die Linke dans plusieurs Etats fédérés allemands – ils ont participé au gouvernement. 

Les dirigeants socio-démocrates responsables des attaques sociales ont perdu leur siège du fait de l'impopularité de leur politique. Ils ont laissé le pouvoir aux gouvernements conservateurs qui ont poursuivi la contre-révolution sociale. Quand ces derniers ont été confrontés à une opposition montante, les socio-démocrates sont revenus au pouvoir pour continuer la même politique droitière. 

C'est ce qui était prévu pour les élections italiennes du week-end dernier, mais cela n'a pas abouti. 

Monti a dirigé le pays pendant treize mois sans aucune légitimité démocratique. Installé au pouvoir sans le bénéfice d'une élection, il a lancé des attaques sociales sans précédent. Il a convoqué des élections anticipées lorsque les sondages ont prédit une majorité nette pour sa propre liste et le camp socio-démocrate dirigé par Bersani. Il espérait obtenir une majorité parlementaire stable pour sa politique d'austérité. 

Plus les élections approchaient, cependant, plus sa majorité fondait. Les conséquences désastreuses de la politique de Monti sont devenues plus claires de jour en jour. L'économie italienne est en profonde récession. Il est devenu pratiquement impossible pour les jeunes de trouver un emploi. Les retraités sombrent dans une pauvreté abjecte. Les familles à faibles revenus croulent sous le poids d'impôts élevés.

La faillite de la "gauche" officielle a permis à un démagogue de droite comme Berlusconi et à un pseudo-populiste peu scrupuleux comme Grillo de bénéficier de l'opposition à la politique d'austérité anti-ouvrière qui était soutenue par la sociale-démocratie et associée à elle. Mais Berlusconi et Grillo n'ont aucune réponse à apporter à la crise sociale. Il y a très peu d'illusions sur le fait que Berlusconi soit autre chose qu'un homme de droite, et le temps dispersera rapidement les illusions qui existent à propos de Grillo. 

La lutte des classes prendra, de plus en plus, des formes plus combatives et manifestes. Les politiciens européens ont réagi en déclarant publiquement qu'ils n'accepteront pas la volonté populaire telle qu'elle s'est exprimée dans l'e vote contre la politique d'austérité de l'UE. La déclaration la plus claire à ce sujet est venue du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. 

Commentant les élections italiennes, il a déclaré : « L'erreur maintenant serait de s'incliner devant le populisme. Nous devons à présent poser la question suivante: devrions-nous définir notre politique économique sur la base de considérations électorales à court terme ou par ce qui est nécessaire pour diriger l'Europe sur la voie d'une croissance durable ? Pour moi, la réponse est claire. Nous devrions… ne pas céder à des considérations politiciennes immédiates. »

En d'autres termes, le peuple peut voter comme bon lui semble, mais cela n'aura aucun effet sur la politique de l'Etat. Nous poursuivrons la contre-révolution sociale. Des déclarations semblables ont aussi été faites par d'autres politiciens et commentateurs des médias. 

Les cercles dirigeants européens réagiront au désastre électoral de Monti en s'en remettant de plus en plus à des méthodes autoritaires de gouvernement et à la répression, par la force, de ceux qui s'opposent à leur politique réactionnaire. 

Les travailleurs et les jeunes doivent se préparer en tirant les leçons de la faillite des socio-démocrates, des syndicats et de leurs défenseurs de la pseudo-gauche, et s'organiser eux-mêmes indépendamment. Les groupes de la pseudo-gauche comme Refondation communiste en Italie, le Nouveau Parti anticapitaliste en France, le Socialist Workers Party en Grande-Bretagne, SYRIZA en Grèce et l'International Socialist Organisation aux États-Unis représentent une strate riche de la classe moyenne dont les revenus et le statut social sont étroitement liés à l'Etat capitaliste. Plus la résistance de la classe ouvrière sera combative, plus ils vireront à droite.

La tâche la plus urgente maintenant est de construire une nouvelle direction révolutionnaire de la classe ouvrière pour préparer les luttes à venir. 

Les droits sociaux et démocratiques ne peuvent être défendus qu'en réorganisant la société sur une base socialiste. Les grandes corporations et les banques doivent être expropriées et placées sous contrôle démocratique. La production doit être organisée suivant les besoins de la société et non la soif de profits. Au cœur de cette perspective, il y a la mise en place de gouvernements ouvriers et des États socialistes unis d'Europe.

(Article original paru le 28 février 2013)