Le gouvernement grec courtise le groupe fasciste Aube dorée avec des lois anti-immigrés

Par Christoph Dreier
14 mars 2013

Alors que la crise sociale s’aggrave en Grèce, l’élite dirigeante cherche à créer les conditions pour que l’organisation fasciste Chrysi Avgi (Aube dorée) puisse jouer un rôle plus important au sein du gouvernement et réprimer brutalement la population.

En février, 84 des 125 députés du parti conservateur au pouvoir, Nouvelle Démocratie (Nea Dimokratia, ND), ont déposé une motion devant le parlement, exigeant que les Grecs naturalisés soient exclus des académies militaires ou ne puissent rejoindre l’armée et les services de police. Le raisonnement derrière cette motion était que les personnes d’origine non grecque constituent un risque vis à vis de la sécurité au sein de ces institutions.

L'objectif principal des initiateurs était d’envoyer un message au groupe fasciste Aube dorée disant que le parti au pouvoir accepte la politique raciste de leur parti et qu’il est en train de préparer le terrain pour une nouvelle coalition gouvernementale. Les deux partenaires de la coalition de ND, le PASOK social-démocrate et la Gauche démocratique (DIMAR), ont refusé d’appuyer cette initiative.

Aube dorée a salué ce fait en annonçant vouloir soutenir la motion au parlement. Le parti a depuis longtemps exigé l’exclusion des immigrés de la police et de l’armée. Finalement, la motion a été reportée la semaine passée pour des raisons techniques, puis finalement retirée.

Le député de ND, Adonis Georgiadis, a justifié son soutien pour la modification de la loi en affirmant qu’elle reflétait la volonté de la majorité des Grecs. Il a minimisé le rôle d’Aube dorée en disant que « dans la crise certains deviennent un peu extrémistes. »

Aube dorée – qui a pour emblème une croix gammée modifiée, pratique un salut de type nazi et commet des attaques de type pogromes contre les immigrés, les homosexuels et les adversaires politiques – se voit systématiquement promu dans les milieux d’affaires et l’establishment politique.

Thassos Teloglou, journaliste au quotidien conservateur grec Kathimerini, a étudié des données concernant le financement d’Aube dorée : « Aube dorée est financièrement soutenu par des partis appartenant au soi-disant arc constitutionnel. Ils l’ont aidé lors de précédentes campagnes électorales en imprimant leur matériel électoral dans le but d’entraver la montée du parti LAOS [l’extrême droite]. Mais en 2012 ces fonds ont été insuffisants. Je dispose d’informations qui montrent qu’avant les élections de mai de l’année dernière, ils ont reçu des sommes en liquide de magnats de la navigation, de promoteurs, d’avocats et peut-être même d’une banque. »

En décembre, Samaras avait défié des décisions parlementaires et avait fait entrer la représentante d’Aube dorée, Eleni Zaroulia, à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe qui est responsable entre autres, de l’élection du commissaire aux droits de l’homme. C’est par de telles pratiques que les fascistes sont rendus présentables.

Durant le même mois, Samaras a révoqué la loi Ragousis de 2010 qui permettait aux personnes nées en Grèce et fréquentant une école grecque depuis au moins six ans de demander la citoyenneté grecque. Depuis son introduction, seules 6.072 personnes ont fait appel à la loi sur environ 200.000 qui y ont droit. Actuellement, le gouvernement veut encore multiplier les obstacles juridiques.

Depuis le mois d’août de l’année dernière, le gouvernement a rigoureusement appliqué l’une des exigences centrales d’Aube dorée. Durant l’opération Xenios Zeus, un vaste contingent de policiers a interpellé des personnes d’apparence étrangère. L’on estime que début février, quelque 60.000 personnes ont été arrêtées durant des rafles effectuées par la police. Quelque 4.200 d’entre elles ont été détenues et sont en attente de déportation pour n'avoir pas de papiers.

Les victimes sont entassées dans 30 camps spéciaux établis à l’initiative du gouvernement et avec le soutien financier de l’UE. Ces camps manqueraient souvent de chauffage et d’eau chaude ainsi que de nourriture et d’articles d’hygiène de base, comme le savon.

Amnesty International a fait état de violence contre les immigrés et les adversaires politiques de la part de la police grecque dont jusqu’à 60 pour cent ont voté pour Aube dorée aux dernières élections de juin 2012. En octobre, il a été révélé que des manifestants antifascistes ont été battus et humiliés par la police dans leur cellule après leur arrestation.

Protégés par l’Etat, les fascistes deviennent de plus en plus agressifs et s’attaquent régulièrement aux immigrés et aux réunions politiques. Une vidéo tournée par un étudiant en cinéma, Konstantinos Georgousis, et diffusée sur la chaîne britannique Channel 4, a montré le candidat parlementaire d’Aube doré, Alexandros Plomaritis, proférer de la propagande raciste. Il a fait référence aux immigrés comme étant des « sous-hommes » et déclaré, faisant allusion aux camps de concentration nazis, qu’il faudrait rallumer les fours crématoires pour eux et que les dents des gauchistes devraient être utilisées pour servir de perles.

La promotion d’une telle racaille fasciste par des couches de la bourgeoisie grecque et la volonté de ND de les courtiser est un message clair à l’adresse de la classe ouvrière grecque et européenne. Athènes s’apprête à employer les méthodes les plus brutales pour réprimer l’opposition de la classe ouvrière aux mesures d’austérité de l’UE. Déjà en novembre 2011, l’UE avait donné le feu vert à l’entrée au sein du gouvernement du parti d’extrême-droite LAOS.

Par deux fois en février, le gouvernement a imposé la loi martiale contre les travailleurs en grève, en les obligeant à reprendre le travail avec le soutien de l’UE. Dans la mesure où les syndicats ne sont plus à même d’étouffer eux-mêmes les luttes des travailleurs, le gouvernement recourra de plus en plus à des formes de pouvoir autoritaires

Alors que PASOK et DIMAR sont étroitement liés aux syndicats et comptent sur eux pour perpétrer des attaques sociales, le parti ND concentre de plus en plus son action sur une coalition avec le parti de droite des Grecs indépendants et les fascistes d’Aube dorée. Ensembles, ces forces rassemblent suffisamment de sièges pour pouvoir former une majorité gouvernementale.

La montée des fascistes et la collaboration ouverte de ND avec ces forces est encouragée par la politique droitière de diverses forces pseudo-gauches en Grèce. DIMAR, qui en 2010 a fait scission d’avec SYRIZA, ne s'est pas contenté de soutenir les attaques sociales perpétrées par le gouvernement mais a aussi appuyé sa chasse aux sorcières menée contre les immigrés et sa répression des grèves.

Le principal parti d’opposition, la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA), a également soutenu la politique du gouvernement à un certain nombre d’occasions déterminantes, en indiquant clairement à chaque fois qu’il est prêt à soutenir les mesures d’austérité de l’UE. Son président, Alexis Tsipras, a pris, mercredi dernier, la parole à l’occasion d’une cérémonie marquant le 15ème anniversaire de la mort du fondateur de ND, Konstantinos Karamanlis. Il a couvert de louanges ce réactionnaire, malgré le fait que Karamanlis avait organisé en 1974 le passage de la Grèce de la junte des colonels au régime parlementaire en faisant de nombreuses concessions au régime sortant.

Tout comme le Parti communiste (KKE) plus petit, SYRIZA refuse d’organiser toute opposition sérieuse contre les fascistes. La raison est qu’ils représentent les mêmes intérêts sociaux : ils soutiennent les attaques sociales et ils craignent bien plus un mouvement de la classe ouvrière que la montée des fascistes.

(Article original paru le 11 mars 2013)