La voie pour aller de l’avant dans la lutte contre la fermeture de l’usine Opel de Bochum

Par Ulrich Rippert
28 février 2013

De nombreux travailleurs d’Opel sont en colère contre le comité d’entreprise de leur usine et le syndicat de la métallurgie IG Metall (IGM) parce ces derniers refusent d’organiser une lutte quelconque contre la fermeture prévue de l’usine GM-Opel à Bochum. Les travailleurs sentent que la décision de fermer l’usine n’a pas seulement été prise pour des raisons économiques. Elle vise à imposer une capitulation à des travailleurs qui ont une longue tradition de luttes combatives.

Le Parti de l’Egalité sociale (Partei für Soziale Gleichheit, PSG) et le World Socialist Web Site appellent à l’unification de tous les travailleurs qui cherchent à lutter contre la fermeture de l’usine. Pour ce faire, il est nécessaire de déchirer la camisole de force que constituent le Comité d’entreprise et l’IG Metall et de mettre en place un Comité d’action des travailleurs de la base pour préparer une grève sur le tas et empêcher la fermeture de l’usine.

Une grève sur le tas est indispensable pour la défense des installations de production et des emplois contre les projets de destruction de la direction de l’entreprise et de ses laquais syndicaux. L’usine Opel, au même titre que toutes les autres usines, constitue le fondement des moyens d’existence de milliers de travailleurs et de leurs familles et ne peut pas être abandonnée sans lutte.

Une décision courageuse contre la fermeture arbitraire de l’usine Opel à Bochum bénéficierait sans doute possible du soutien de travailleurs des autres usines. Elle enverrait un signal aux travailleurs de toutes les autres usines de la compagnie et des entreprises sous-traitantes. De plus, elle serait aussi un appel à la lutte pour les travailleurs de ThyssenKrupp, Eon, Commerzbank, Deutsche Telekom, Lufthansa, Air Berlin, etc. qui sont eux aussi confrontés aux licenciements, réductions de salaires et à la destruction de leurs conditions de travail.

Une telle mesure serait aussi entendue par les travailleurs de General Motors à Detroit, dont les salaires ont été réduits de moitié, les encourageant à s’associer à une action concertée des travailleurs en Europe, aux Etats-Unis et dans le monde contre la campagne menée par les géants mondiaux de l’automobile pour détruire les emplois, les niveaux de vie et les conditions de travail. Partout dans le monde, les ouvriers sont à la recherche d’un groupe de travailleurs qui prenne l’initiative et s’oppose à la lâche servilité des syndicats.

Une grève sur le tas doit être bien préparée. Le comité d’action des travailleurs de la base qui la prépare doit agir dans une indépendance totale des syndicats. Les responsables syndicaux doivent être exclus de toute participation.

Sur leur propre forum Internet, les travailleurs d’Opel parlent avec mépris de leur comité d’entreprise corrompu, décrivant le syndicat IG Metall comme un « IG-ferraille » ou « IG-camelote » (« IG-Blech ») ou encore une « IG-impuissante » (« IG-Machtlos »). Certains suggèrent d’organiser un exode massif des adhérents. D’autres, réclament des manifestations pour protester devant le siège du syndicat afin de poursuivre ses responsables en justice. D’autres encore, exigent un arrêt du versement des cotisations et la constitution d’un fonds indépendant de lutte.

Cette opposition généralisée doit être transformée en une rébellion consciente contre le syndicat. Ce faisant, les travailleurs doivent rejeter le soi-disant groupe « Offensif » qui existe au sein du comité d’entreprise. C’est un façade du groupe maoïste MLPD (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne) qui entretient d’étroits liens avec l’appareil syndical. « Offensif » souligne que la lutte contre la fermeture de l’usine doit être subordonnée à l’autorité organisationnelle et politique du syndicat. En fait, c’est tout le contraire qui est nécessaire. Si la lutte est subordonnée à l’IG Metall elle est vouée à l’échec.

L’IG Metall croit être tout-puissant et tente d’intimider tous ceux qui mettent en cause ses dictats. Selon le magazine allemand Wirtschaftswoche, le syndicat s’est transformé en une grande entreprise qui collecte annuellement 460 millions d’euros auprès de ses membres et qui a des actifs évalués à deux milliards d’euros. Il investit de plus en plus ces actifs sur les places financières. Le syndicat dispose d’un nombre total de 1.700 représentants siégeant à des conseils de surveillance qui sont généreusement récompensés et ne se distinguent en rien dans la pratique de la direction des entreprises.

L’IG Metall utilise son appareil et ses milliers de fonctionnaires au sein des usines pour réprimer toute opposition. La politique droitière du syndicat est le résultat direct de sa défense inconditionnelle du système capitaliste du profit. Au lieu d’abolir le capitalisme, le syndicat cherche à le façonner de manière à ce qu’il réponde, surtout, à son avantage pécuniaire.

Ses responsables et permanents passent avec aise des centrales du syndicat aux positions de haut rang dans les conseils d’administration des entreprises et au sein du gouvernement. Le 1er avril, le patron de la fédération de Rhénanie-du-Nord/Westphalie d’IG Metall, Oliver Burkhard, doit prendre le poste de directeur des ressources humaines chez ThyssenKrupp. En échange d’un salaire à sept chiffres, il y sera directement responsable de la destruction de milliers d’emplois. En vertu d’une loi allemande, les membres des comités d’entreprise ne peuvent pas être licenciés et ils garderont leurs revenus et leur style de vie de la classe moyenne même si l’usine ferme. Il n’est pas inhabituel pour eux de tirer profit de la fermeture de l’usine ou d’être nommés à des postes lucratifs dans des « sociétés de transfert » mises en place pour les travailleurs licenciés.

La mondialisation de la production a complètement sapé la politique traditionnelle du syndicat qui est basée sur le compromis social et la collaboration de classe. Des entreprises internationales, telle General Motors, sont en mesure de transférer la production dans n’importe quel coin du monde où les salaires sont les plus bas et les conditions de travail les pires. L’unique réponse que les syndicats, qui se définissent nationalement, ont eue quant à la mondialisation a été de collaborer avec les capitalistes de leur « propre » pays pour abaisser les coûts de production et accroître la compétitivité.

Sur cette base, les syndicats ont étouffé toute lutte contre les groupes mondiaux en insistant pour dire que les réductions de salaires, les licenciements, les réductions des avantages sociaux et les fermetures d’usine sont inévitables. Au lieu d’unir les travailleurs au-delà des frontières fédérales et nationales, les syndicats montent les travailleurs les uns contre les autres dans un « nivellement vers le bas ». C’est de cette façon que GM a été en mesure de fermer l’usine Opel à Anvers en Belgique.

Les syndicats jouent le même rôle partout dans le monde. Aux Etats-Unis, le syndicat de l’automobile (United Auto Workers Union, UAW) a collaboré avec Obama pour restructurer l’industrie automobile au moyen de dizaines de milliers de licenciements et en diminuant de moitié les salaires des employés nouvellement recrutés. En échange, l’UAW a reçu des parts de marché des grandes entreprises automobiles, un encouragement financier direct pour la bureaucratie syndicale à accroître l’exploitation des travailleurs qu’elle est censée représenter. 

La défense des emplois requiert une perspective internationale et socialiste qui est diamétralement opposée à l’orientation nationaliste et pro-capitaliste des syndicats. Le droit au travail et au salaire est un droit fondamental et inaliénable qui doit être défendu inconditionnellement. Il est incompatible avec un ordre social qui subordonne les besoins de la population aux exigences du profit des grandes entreprises et des banques.

Il y a cinq ans, le gouvernement allemand a injecté des centaines de milliards d’euros dans les coffres des banques pour les sauver des conséquences de leur spéculation criminelle. Actuellement, cet argent est récupéré aux dépens des travailleurs. On veut atteindre, la Grèce servant de point de départ, l’élimination de tous les acquis sociaux arrachés par 65 ans de combat du mouvement ouvrier en Europe.

La fortune et les revenus des riches sont en train de grimper en flèche alors que les marchés boursiers atteignent de nouveaux records. Dans le même temps, la pauvreté est en train de croître rapidement. La crise de l’industrie automobile est le résultat direct du fait que beaucoup de gens ne peuvent plus se payer de voiture. La crise est utilisée pour mettre les travailleurs d’Opel à genoux et démarrer une vague de licenciements et de fermetures d’usines en Allemagne, en France et partout en Europe. A cette fin, la direction de GM-Opel peut compter entièrement sur le soutien des associations patronales et du gouvernement.

Les partis de l’opposition appuient aussi ce cours. Il y a dix ans, le Parti social-démocrate (SPD), dont les liens avec les syndicats sont étroits, avait promulgué les lois antisociales Hartz en alliance avec les Verts, créant ainsi un énorme secteur à bas salaire. Quant au parti La Gauche, il a promis de garantir au SPD une majorité lui permettant de gouverner et est intervenu directement à Bochum pour renforcer la position du comité d’entreprise d’Opel.

Le comité d’entreprise d’Opel vient d’inviter tous ces partis à une fête de la solidarité qui aura lieu le mois prochain pour qu’ils puissent gémir sur la misère sociale pour laquelle ils sont directement responsables. Quelle farce! Il n’est pas surprenant que cette « kermesse des hypocrites » doive débuter par un service religieux œcuménique tenu pour l’avenir d’Opel et où les délégués du comité d’entreprise et les fonctionnaires de l’IG Metall doivent prier ensemble avec les représentants de l’entreprise, de la Chambre de commerce et des politiciens issus de tous les partis.

La défense des emplois rend inévitable une rupture politique avec tous ces partis. Une grève sur le tas doit être le point de départ d’un vaste mouvement politique qui poursuive sa propre stratégie. Son objectif ne saurait être de faire pression sur le gouvernement régional de Düsseldorf, le gouvernement fédéral à Berlin ou les dirigeants du SPD, qui tous répondent aux exigences des groupes mondiaux et des banques. Au lieu de cela, l’objectif d’une telle lutte doit être la mobilisation de la force de l’ensemble de la classe ouvrière et la construction de nouvelles organisations indépendantes pour encourager la lutte économique et politique de tous les travailleurs.

La classe ouvrière requiert avant tout un nouveau parti socialiste pour lutter pour la mise en place d’un gouvernement ouvrier. Avec le pouvoir politique concentré entre ses propres mains, la classe ouvrière est en mesure d’exproprier les sociétés automobiles, les banques et les grands groupes, pour les placer sous contrôle démocratique et pour réorganiser l’économie de façon à satisfaire les besoins sociaux au lieu de maximiser les profits.

Une telle lutte ne peut être victorieuse que sur une base internationale. Il est nécessaire d’établir un étroit contact international avec les usines et les travailleurs dans le monde et de coordonner la défense des emplois, des salaires et des standards sociaux aux quatre coins du globe. Le comité de rédaction du World Socialist Web Site est prêt à soutenir activement une telle coopération internationale.

Les travailleurs d’Opel doivent se souvenir de leur propre force. L’usine de Bochum a été construite il y a cinquante ans dans le but de fournir du travail à des milliers de mineurs qui avaient perdu leurs emplois suite aux fermetures des mines de la région. De nombreux travailleurs d’Opel sont issus de familles dont les pères et les grands-pères avaient combattu dans l’Armée rouge de la Ruhr et plus tard contre la dictature nazie.

Dans les années 1970 et 1980, ils organisèrent des grèves massives et furent en mesure d’obtenir des augmentations de salaire et des améliorations des conditions de travail qui dépassèrent de loin les revendications des syndicats. En 2004, les travailleurs d’Opel avaient organisé à Bochum une grève de six jours contre les licenciements de masse. Ils avaient entamé cette grève contre la volonté expresse de l’IG Metall qui intervint pour y mettre fin.

A présent, il est indispensable de construire un parti qui tire les enseignements politiques des luttes passées et qui lutte courageusement pour un programme socialiste international. Nous appelons tous les travailleurs à étudier l’histoire et le bilan du Parti de l’Egalité sociale (PSG), à se mettre en relation avec la rédaction du World Socialist Web Site et à prendre la décision de rejoindre et de construire le PSG en tant que nouvelle direction révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article original paru le 26 février 2013)