Le risque du fascisme en Grèce

Par Christoph Dreier
24 octobre 2012

Tandis qu’elle mène des attaques brutales contre les droits des travailleurs partout en Europe, la classe dirigeante recourt de plus en plus souvent à des mesures violentes et autoritaires dans le but de réprimer l’opposition populaire. En Grèce, qui a été ciblée par l’aristocratie financière pour servir d’exemple à une contrerévolution sociale en Europe, la terreur et l’intimidation politiques ont atteint une nouvelle étape alarmante dans la forme d’un soutien manifeste de l’Etat aux bandes fascistes de Chrysi Avgi (Aube dorée).

A Athènes, les immigrants, les homosexuels et les groupes de gauche doivent faire face à des menaces et des attaques répétées de la part de cette organisation. Il y a deux semaines, une telle attaque a été filmée lors de la représentation d’une pièce de l’écrivain américain Terrence McNally.

La séquence vidéo montre le député Ilias Panagiotaros en train d’insulter l’auditoire et les acteurs en lançant des injures racistes et homophobes. On voit ses sbires lancer des pierres et d’autres objets qui ont provoqué des fractures et d’autres blessures graves. Des policiers assistent à la scène sans intervenir.

Après avoir été avisé de l’attaque, le ministère de la Sécurité intérieur n’a rien entrepris.

Aube dorée est une organisation ouvertement fasciste, recrutée principalement parmi des éléments criminels et utilisant des symboles nazis. Elle exige la déportation de tous ceux qui sont issus de l'immigration et l’abolition du parlement. Depuis que ce parti a obtenu 6,9 pour cent de voix aux élections de mai, son score dans les sondages est passé à 14 pour cent.

L’organisation a bénéficié de l’effondrement du parti d’extrême droite LAOS à la fin de l’année dernière en raison de sa participation au gouvernement qui avait appliqué les mesures d’austérité de l’UE. Avec le soutien de la police, dont entre 50 et 60 pour cent voteraient pour Aube dorée, ses attaques se font en grande partie sans être combattues. Plusieurs cas ont été signalés de policiers ayant arrêté et torturé en prison des adversaires politiques d’Aube dorée.

Cette défense et cet encouragement des fascistes de la part de l'Etat sont tacitement soutenus par les autres gouvernements et institutions de l’Union européenne qui ont aussi toléré les rafles de dizaines de milliers d’immigrés perpétrées par les forces de sécurité grecques.

Les événements en Grèce ne sont que l’expression la plus nette du virage pris vers des formes de régime autoritaires partout en Europe.

Les scènes survenant actuellement en Grèce rappellent l’émergence du mouvement fasciste au siècle dernier et elles doivent être perçues comme un sérieux avertissement à l’adresse de la classe ouvrière internationale. Tant que la classe ouvrière ne se libèrera pas de la paralysie politique imposée par les syndicats et les partis petits bourgeois de « gauche » – qui ont fait tout leur possible pour empêcher une lutte révolutionnaire des travailleurs – les fascistes intensifieront leurs attaques en exploitant le désespoir social grandissant provoqué par les mesures d’austérité de l’UE.

Après la Première Guerre mondiale, en Italie, et c'est le cas en Grèce actuellement, la bureaucratie de l’Etat s’était « tournée vers le fascisme auquel elle avait fourni des armes et autres moyens indispensables à ses agissements à l’encontre des travailleurs, tout en lui assurant l'impunité la plus totale, » écrit l’écrivain social-démocrate italien, Ignazio Silone.

Tout comme aujourd’hui en Grèce, l’Italie était déchirée par de profondes contradictions sociales et ébranlée par des grèves et protestations massives. Dans cette situation, Mussolini avait proposé à la classe dirigeante les services de ses nervis fascistes pour terroriser et réprimer la classe ouvrière. Son mouvement avait gagné du soutien et pris finalement le pouvoir uniquement en raison de la paralysie politique du mouvement de la classe ouvrière.

La direction du Parti socialiste italien s’était avérée incapable de traduire sa rhétorique anticapitaliste en une lutte pour le pouvoir et la direction syndicale réformiste avait refusé de mobiliser une classe ouvrière prête et disposée à combattre les bandes fascistes.

« Les réformistes avaient si longtemps mouillé leur poudre craignant qu’elle ne s’enflamme que, lorsqu’ils approchèrent enfin d’une main tremblante une allumette enflammée, la poudre ne prit pas feu, » avait écrit Léon Trotsky, dix ans plus tard en décrivant la défaite de la grève générale lancée contre Mussolini en juillet-août 1922.

La situation actuelle en Europe est même encore plus grave qu’il y a 90 ans. De vastes sections de la classe ouvrière ont montré à maintes reprises qu’elles voulaient lutter en participant encore et encore à des grèves, des protestations et des manifestations. Ce qui fait défaut c’est une direction politique et une organisation capable de mener la classe ouvrière dans une lutte pour le pouvoir afin de défendre ses droits sociaux fondamentaux.

Malgré des attaques historiques à l’encontre de la classe ouvrière, les syndicats, qui en Grèce sont en grande partie intégrés dans l’appareil d’Etat, n’ont pas organisé la moindre grève efficace. Chaque mesure d’austérité et de réduction des salaires est discutée et planifiée de concert avec les dirigeants syndicaux qui limitent la riposte à des actions de protestations destinées à démoraliser et à affaiblir les travailleurs.

Le plus grand parti d’opposition – la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) – s’oppose en paroles aux coupes sociales. Mais, il ne mobilise pas la classe ouvrière contre les mesures d’austérité et lie l’opposition de la classe ouvrière à une perspective en faillite qui veut réformer l’UE. A maintes reprises, le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras, a souligné que son plus important objectif politique était de garantir que la Grèce reste dans l’UE et que les institutions de cet instrument de l’oligarchie financière soient renforcées.

Alors que l’UE adopte de plus en plus clairement des formes de régime autoritaires, SYRIZA et les autres partis petits bourgeois virent de plus en plus vers la droite. On peut le voir dans le soutien accordé par le Nouveau Parti anticapitaliste en France et le parti La Gauche (Die Linke) aux guerres impérialistes en Libye et en Syrie.

Dans le même temps, ces organisations pseudo-gauches tout comme d’autres cherchent à enchaîner les travailleurs aux syndicats et à des partis tels SYRIZA et le Parti communiste grec (KKE) en insistant pour que les travaillent mènent leur lutte par le biais de ces organisations en faillite.

Mais c'est tout le contraire de ce qu'il faut faire. Tant que les travailleurs demeureront sous l’influence de ces organisations qui les paralysent politiquement, privant de vastes couches de la population qui sont économiquement dévastées, de l’espoir de trouver une solution progressiste à la crise, la voie est laissée libre aux fascistes pour qu'ils répandent leur poison.

La lutte contre le danger du fascisme requiert avant tout un combat contre l’influence politique de ces organisations qui cherchent à assujettir la classe ouvrière à la bourgeoisie. Le problème majeur est l’établissement de l’indépendance politique de la classe ouvrière par rapport à toutes les sections de la classe dirigeante – libérales et conservatrices, droitières et soi-disant de « gauche. »

Ceci signifie la construction d’un mouvement socialiste de masse de la classe ouvrière grecque et européenne qui s'oppose à l’UE et à tous les gouvernements capitalistes. La classe ouvrière doit prendre le pouvoir en mains propres et réorganiser la société selon des lignes rationnelles, démocratiques et égalitaires. Ceci requiert en premier lieu la construction d’une nouvelle direction sous la forme d’un parti ouvrier révolutionnaire.

(Article original paru le 23 octobre 2012)