Le président Zuma de l'ANC autorise l'utilisation de l'armée sud-africaine contre les mineurs

Par Julie Hyland
29 septembre 2012

Tandis que les mineurs de platine de la société Lonmin à Marikana reprenaient le travail jeudi 20 septembre, le président Jacob Zuma a autorisé le déploiement sur le territoire national de la Force de défense nationale d'Afrique du Sud (SANDF) pour faire face à une mobilisation ininterrompue dans le secteur minier.

Après une grève sauvage de six semaines, les travailleurs de la mine de Lonmin près de Johannesburg ont accepté une augmentation de salaire de 11 à 22 pour cent.

Ils ont mené une lutte déterminée pour une augmentation de leur rémunération à 12.500 rands (soit 1500 dollars) par mois - elle est actuellement d'un abyssal 5000 rands (600 $) - malgré une brutale répression qui a été appuyée par le gouvernement du Congrès national africain (ANC) et l'Union nationale des mineurs (NUM).

Le 16 août, 34 foreurs de roche en grève ont été massacrés par la police alors que l'ANC cherchait à briser la révolte de la base contre le NUM, qui est largement vilipendé en tant que syndicat à la botte des entreprises. Quelque 270 grévistes ont été arrêtés, tandis que le gouvernement mettait en place une interdiction des rassemblements « illégaux », déclarait l'état d'alerte et menait des raids dans les bidonvilles misérables des mineurs de Marikana.

Le défi lancé par les mineurs a contraint Lonmin à inclure dans les négociations salariales le syndicat dissident, l’Association of Mineworkers and Construction Union (AMCU), ainsi que des représentants d'un nombre important de travailleurs non syndiqués.

Bien que l'accord soit très éloigné de leurs revendications initiales, les mineurs l’ont célébré comme une victoire importante. En plus de l'augmentation de salaire, ils vont recevoir un paiement unique de 2000 rands pour couvrir leur manque à gagner pendant la grève.

Le PDG par intérim de Lonmin, Simon Scott, a défendu l’accord, en affirmant qu'il avait été obtenu dans des « circonstances extraordinaires » au cours desquels « le tissu social de la SA » avait été mis en péril.

Des milliers de personnes se sont rassemblées au stade Wonderkop à Marikana pour être informées de l’accord. Chantant des chansons de victoire, ils ont dénoncé le NUM avec une bannière indiquant, « certificat de décès ; Prénom : NUM ; cause de la mort : corruption. »

L'accord salarial a été dénoncé par certains commentateurs et médias comme risquant de favoriser une « contagion » de troubles sociaux.

Peter Attard Montalto, analyste à Nomura International, a indiqué, « La manière dont Lonmin a cédé et a accepté, à la fois de déchirer le règlement salarial existant pour cette année et d’accepter une augmentation aussi substantielle pour les travailleurs, risque sûrement de créer un précédent et un risque de contagion. »

Dans le Financial Times, Andrew England a averti que « la grève à Lonmin a été résolue, non pas par les syndicats de mineurs, mais par des représentants informels des grévistes dont des mineurs, des dirigeants communautaires et le Conseil sud-africain des Eglises. Les travailleurs dans les autres mines, dont certains ont également mené des actions perturbatrices lors de la crise de Lonmin, pourraient considérer le résultat obtenu à Lonmin comme un précédent. S'ils concluent que les grèves illégales sont efficaces, cela ne peut pas être bon pour la stabilité de l'industrie. »

Des représentants de l'ANC et du NUM ont été les plus virulents dans leur condamnation de l’accord.

Le secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe, a déclaré que l’accord a mis le pays sur une voie dangereuse, alors que le secrétaire général du NUM, Frans Baleni, s'est plaint de ce que « le processus normal de négociation avait été compromis ».

Le NUM recevait maintenant des revendications des travailleurs dans le secteur minier pour des accords de rémunération similaires, a déclaré Baleni.

« Cela tend à faire croire qu’une action non encadrée, un facteur d'anarchie, peut être facilement payante, que les gens peuvent faire certaines mauvaises choses en toute impunité et cela signifie que cela peut se propager à d'autres mines. »

C'est cette crainte de la « contagion » qui a conduit les autres producteurs de platine, comme Anglo American (Amplats) à fermer leurs opérations dans les mines voisines, dans la région de Rustenburg.

Enhardis par les mineurs de Lonmin, les travailleurs à Amplats et ailleurs avaient démarré des grèves sauvages pour défendre leurs revendications salariales.

Amplats a rouvert ses activités plus tôt dans la semaine, mais a pu à peine arriver à une présence de 20 pour cent de travailleurs. Alors que l'accord de Lonmin était annoncé, les manifestants se sont réunis près de la mine. La police a utilisé des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes pour disperser la manifestation. Un porte-parole de la police a déclaré, « nous ne tolérerons aucun rassemblement illégal. »

Un mineur aurait été écrasé et tué par un véhicule blindé de la police. Les mineurs et leurs partisans ont mis des barrages sur les routes avec des pierres et brûlé des pneus pour empêcher la police de pénétrer dans la zone. Reuters a cité un représentant de la communauté qui a indiqué que « l'ambiance ici est à l’optimisme. … Les travailleurs célèbrent Lonmin comme une victoire. » »

Une grève sauvage se poursuivait chez Impala Platinum, le deuxième plus grand producteur de platine au monde et à Samancor chrome, au nord-ouest de Johannesburg.

Le mouvement s'est également répandu dans le secteur aurifère,15.000 mineurs de KDC West operation de Gold Fields étant en grève illégale depuis maintenant près de deux semaines. Ils exigent la parité avec les mineurs Lonmin et la démission des dirigeants du NUM à la mine.

Le porte-parole de Gold Fields, Sven Lunsche a insisté en disant que, « nous n'allons pas négocier le salaire, et nous ne pouvons pas le faire. »

Gold Fields a obtenu une ordonnance judiciaire interdisant la grève lundi dernier et a menacé de renvoyer les travailleurs s'ils n’étaient pas de retour au travail jeudi. Les mineurs ont maintenu qu'ils resteraient dehors jusqu'à ce que leurs exigences soient satisfaites.

« L'industrie de l'extraction de l'or, contrairement à l'industrie du platine, négocie dans un forum de négociation collective », a déclaré Lunsche, ajoutant que cet arrangement avait bien fonctionné pour l'industrie et les syndicats pendant près de deux décennies.

« Le meilleur résultat serait obtenu si NUM pouvait les convaincre de retourner au travail », a-t-il dit.

Mercredi 19 septembre, Zwelinzima Vavi, secrétaire général de la Confédération syndicale COSATU avait quitté précipitamment la 11e conférence annuelle de l'organisation avec des représentants du NUM pour tenter de persuader les mineurs des champs aurifères de retourner au travail.

Vavi les a averti qu'ils pourraient être renvoyés s'ils n’étaient pas au travail vendredi et a promis de faire valoir leurs revendications auprès de la direction. Mais il a été accueilli aux cris de « nous n’allons pas retourner au travail. »

Jeudi 20 septembre, les travailleurs de la mine Kopanang de AngloGold se sont eux aussi joints au mouvement de grève sauvage. AngloGold est le plus grand producteur d'or en Afrique. Les travailleurs de la mine, qui emploie 5000 personnes, exigent un salaire mensuel de 12.500 rands.

Le même jour Zuma a autorisé le déploiement du personnel de la SANDF n'importe où dans le pays pour faire face à l'agitation croissante.

Sa lettre à l'Assemblée nationale déclarait : « J'ai autorisé l'emploi du personnel des forces de la défense nationale sud-africaine à hauteur de cent trente sept (137) personnes, pour servir en coopération avec le service de police sud-africain dans la prévention et la lutte contre le crime et le maintien et la préservation de la loi et de l'ordre dans la région de Marikana, du Nord-Ouest et en tout autre lieu de la République d'Afrique du Sud suivant les besoins. Ils sont mobilisés pour une période allant du 14 septembre 2012 au 31 janvier 2013. »

En fait, quelque 1000 soldats ont déjà été envoyés à Marikana le week-end précédent pour soutenir les descentes de police, sans annonce officielle par le président. Afin de sanctionner cette mesure manifestement inconstitutionnelle, le ministère de la Défense avait émis un avis antidaté autorisant le déploiement.

Vendredi 21 septembre, il a été confirmé qu'un mandat d'arrêt avait été délivré contre l'ancien dirigeant de la Ligue de la jeunesse, Julius Malema, qui avait été exclu de l'ANC en avril.

Malema a cherché à utiliser les troubles dans le cadre d'une lutte entre factions menée contre Zuma et pour pousser à sa réadmission à l'ANC. Dans les dernières semaines il s’est adressé aux mineurs, soutenant leurs revendications salariales et appelant à la nationalisation des mines.

Lundi 17 septembre, la police lui a interdit de s'adresser à une foule de mineurs à Marikana.

Les avocats de Malema ont déclaré qu'ils ne connaissaient pas les accusations portées contre lui, mais qu'il ne serait pas être emprisonné et qu’il devrait comparaître devant le tribunal la semaine prochaine.

(Article original paru le 22 septembre 2012)