La discrimination des Roms s’intensifie en Europe

Par Diana Toma
24 septembre 2012

En dépit des promesses électorales faites par les dirigeants de l’establishment politique tant en France qu’en Roumanie, la situation de quelque 15.000 immigrants Roms vivant dans plusieurs centaines de campements illégaux en France reste très précaire.

Selon l’agence de presse roumaine Agerpress, les données du ministère français de l’Intérieur ont révélé qu’environ 500 campements ont été démantelés et plus de 9.500 Roms roumains et bulgares ont été déportés en 2010. Après la déportation vers leur pays d’origine, nombreux sont ceux qui sont revenus dans le but de fuir la pauvreté et la discrimination qu’ils subissaient en Roumanie et en Bulgarie.

Durant la campagne électorale de 2012, l’actuel président français, François Hollande, avait promis que les campements des Roms ne seraient évacués que si une « solution de relogement » était proposée. Mais, après seulement quelques mois de présidence, l’approche de Hollande s’est avérée être la même que celle de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. Dans le passé, le Parti socialiste de Hollande avait critiqué Sarkozy en raison de la campagne menée par ce dernier contre les campements des Roms mais, maintenant, Hollande marche sur les pas de Sarkozy. Durant l’été, les autorités françaises ont détruit plusieurs campements, laissant plus de 2.000 personnes sans logement. Cent-soixante-dix-neuf Roms – dont 63 enfants – ont été déportés vers la Roumanie la semaine passée.

Selon le service de presse roumain mediafax, il s’agit du troisième charter de Roms arrivé en Roumanie cette année. Les deux premiers étaient arrivés en janvier et en juillet. Chaque Rom adulte rentrant en Roumanie reçoit 300 euros, et 100 euros par enfant. Mais, une fois sorti de l’aéroport roumain de Timişoara, la plupart des Roms ont dit que cet argent ne les mènerait pas loin.

En Roumanie même, les Roms sont confrontés à une discrimination grandissante. Le 1er juin, le maire de Baia Mare (au Nord du pays), C&;t&;lin Cherecheș, membre de l’Union social libérale (USL, une alliance entre le Parti social-démocrate, le Parti libéral national et le Parti conservateur) a fait évacuer environ 2.000 Roms de la périphérie de la ville à l’ancien laboratoire de l’usine de produits chimiques Cuprom.

Afin de démontrer sa détermination à tenir sa promesse électorale de nettoyer la ville d’environ 2.000 Roms, le maire a décidé de faire évacuer les premières familles de nuit. Après avoir menacé de recourir aux bulldozers pour détruire leur campement, il a agi immédiatement. La police a forcé les 2.000 Roms à monter dans des camions sans bâche pour les acheminer – sous une pluie battante – vers un bloc de l’ancien laboratoire de produits chimiques de l’usine Phoenix, aussi surnommée « l’usine de la mort ». Après 1990, le nom de l’usine a été changé en Cuprom et, en 2006, elle fut fermée après avoir été classée deuxième plus grande source de pollution de Roumanie.

Le bloc n’avait pas été aménagé pour devenir un logement. Les murs avaient rapidement été peints et les pièces comportaient encore des établis en métal et des casiers contenant des emballages remplis de substances chimiques dangereuses dont certaines dataient d’il y a 15 à 25 ans. La poussière issue des fours utilisés dans le laboratoire remplissait encore l’air. L’atmosphère sinistre, ressemblant à celle un camp d’extermination, était parachevée par toutes sortes de panneaux d’avertissement tels « danger de mort » ou « ne pas mélanger de substances chimiques » laissés sur les fenêtres et les portes de l’usine.

L’évacuation a duré toute la journée. Après avoir vu leur nouveau lieu d’habitation, les Roms ont cherché à quitter le bloc mais la police les en a empêchés. Incapables de partir, ils ont posé des matelas à même le sol pour dormir. Le quotidien Evenimentul zilei a rapporté que vers minuit, les premiers symptômes d’empoisonnement se sont manifestés : nausée, vertige, maux de tête.

Les plus gravement touchés ont été les enfants. Des ambulances sont arrivées à l’ancien laboratoire chimique et, selon les responsables, ont transporté 18 enfants et 2 adultes au service d’urgence de l’hôpital local. D’autres sources de l’hôpital ont dit que le chiffre réel était 13 enfants et 1 adulte alors que des témoins ont parlé de 22 enfants et 2 adultes.

Evenimentul zilei a été l’unique journal à publier des photos des conditions horribles régnant dans le laboratoire où des substances dangereuses – dont de l’acide sulfurique et de l’acide acétique – ont été trouvées.

Au début du mois de mai, Amnesty International était arrivé à Baia Mare pour examiner avec les autorités locales le relogement des familles Roms. A l’époque, une soixantaine de familles vivant dans des abris de fortune étaient sur le point d’être expulsées.

Il ne s’agit pas de la première confrontation entre le maire de Baia Mare et la communauté Rom vivant dans la ville. Le 30 juin de l’année dernière, l’hôtel de ville de Baia Mare avait fait les gros titres lorsqu’il avait donné le feu vert à la construction d’un mur de près de deux mètres de hauteur pour séparer les maisons de la communauté Rom du reste de la ville. La construction avait été qualifiée par l’agence France Presse de « grand mur gitan » et il avait donné lieu à des protestations dans le monde entier. Suite aux plaintes d’Amnesty International, le conseil national de lutte contre la discrimination a accusé le maire de discrimination et lui a imposé une amende. Mais, à une question récemment posée pour savoir si le mur allait être démoli, le maire Cherecheş a déclaré qu’il n’en avait nullement l’intention.

Suite aux événements du 1er juin, plusieurs organisations, dont Active Watch, ont demandé à l’ULS de retirer son soutien politique au maire Cherecheş. Des lettres ouvertes ont été adressées au gouvernement roumain, à plusieurs organisations officielles et à la Commission européenne. Mais, en dépit de toutes les interventions, le gouvernement et les autorités locales continuent de traiter de telles provocations avec beaucoup de ménagement et les mesures pour la protection de la minorité Rom n’existent que sur le papier.

L’USL persiste à soutenir Cherecheş et aucune action en justice n’a été entreprise à son encontre. En fait, C&;t&;lin Cherecheș, a été réélu lors des élections locales de juin, obtenant le score le plus élevé du pays, 86 pour cent.

Dans une précédente et similaire affaire de discrimination, 76 familles Roms avaient été expulsées fin 2010 de leur logement à Cluj-Napoca (dans la région de Cluj). Quarante de ces familles ont été transférées dans des appartements délabrés dans la périphérie de la ville, près d’une décharge publique et d’un dépotoir de déchets chimiques. Selon l’Alliance civique des Roms, quelque 1.500 personnes, dont environ 500 enfants, vivent là depuis 2011. Le reste des familles expulsées est resté sans logement.

Alors que la discrimination contraint de nombreux Roms à aller à l’étranger, la discrimination est un phénomène international. Fin mars dernier, les autorités françaises avaient annoncé qu’un campement de Rom situé à Massy, près de Paris, avait été détruit par le feu. Cent-huit Roms vivaient dans ce camp. Une enquête a été ouverte pour établir les circonstances de l’incendie – le deuxième incendie enregistré ce mois dans le campement de Massy.

Un groupe de 30 Roms a aussi été chassé d’Autriche fin avril après avoir installé leur campement sous un pont de la ville de Terfens.

Les attaques contre les Roms font partie d’une campagne grandissante d’attaques racistes encouragée par les gouvernements européens de toutes tendances politiques confondues. L’objectif de ces campagnes est de désigner un bouc émissaire pour la misère sociale et le chômage croissants et pour détourner l’attention de la politique menée par les partis officiels qui servent les intérêts d’une infime élite riche. C’est aussi la signification des chasses aux sorcières organisées contre les immigrants en Grèce au début du mois d’août qui ont impliqué le gouvernement et la police travaillant de concert avec le parti extrémiste de droite Chrysi Avgi (Aube dorée).

(Article original paru le 18 septembre 2012)