Non au nationalismes chinois et japonais

Par John Chan
25 septembre 2012

Alors que l’effondrement de l’économie mondiale pend de l’ampleur et affecte l’Asie du Nord Est, les gouvernements chinois et japonais instiguent délibérément des sentiments chauvins au sujet des îlots contestés Senkaku/Diaoyu en Mer de Chine méridionale. Le but est de détourner l’attention des tensions économiques et sociales grandissantes dans les deux pays. Dans cette atmosphère surchauffée, le danger est que tout incident, voulu ou non, est susceptible d’engendrer un conflit plus vaste.

Le premier ministre japonais Yoshihiko Noda a provoqué le conflit actuel en proclamant la semaine passée que son gouvernement avait racheté les îles à leurs propriétaires privés japonais. Le gouverneur de Tokyo, Shintaro Ishihara, avait transformé la question en une cause célèbre dans les milieux nationalistes droitiers en lançant un appel aux dons pour l’acquisition de ces îles.

Noda avait annoncé son projet de « nationalisation » le 17 juillet – le jour de l’anniversaire de l’incident du pont de Marco Polo en 1937 qui avait marqué le début de l’invasion à grande échelle de la Chine par le Japon. Le moment exact avait été calculé pour faire appel aux défenseurs réactionnaires du militarisme japonais malgré l’affront évident que ceci porterait à la population chinoise. Celle-ci avait enduré d’horribles atrocités durant l’invasion.

Le recours de Noda au nationalisme japonais est une tentative désespérée de détourner l’attention de l’opposition grandissante de la classe ouvrière. Son soutien populaire a dégringolé à moins de 20 pour cent après que son gouvernement ait adopté une loi pour doubler la taxe sur la consommation mettant de nouveaux fardeaux sur le dos des travailleurs. Les protestations impliquant des centaines de milliers de gens, les plus importantes depuis des décennies au Japon, avaient éclaté contre sa décision de redémarrer les réacteurs nucléaires du Japon après le désastre de Fukushima.

En réaction aux manifestations antijaponaises massives survenues au cours de la semaine passée en Chine, les médias japonais ont déclaré que cette « populace » menaçait la nation japonaise. Le gouvernement a mobilisé la moitié des gardes côtes et a placé la marine japonaise en état d’alerte pour repousser ou pour empêcher que des bateaux de pêche chinois n’entrent dans les eaux japonaises aux alentours des îles Senkaku/Diaoyu.

Le gouvernement Noda est en train d’agir avec l’encouragement tacite du gouvernement Obama qui a intensifié partout en Asie ses pressions diplomatiques et militaires sur la Chine. Cette semaine, durant sa tournée dans la région, le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a lancé des appels hypocrites au calme à la fois au Japon et à la Chine. Washington affirme ne pas prendre parti dans le conflit autour des îles mais a dit qu’il serait contraint de soutenir le Japon en cas de conflit armé au sujet des îles.

Les protestations antijaponaises en Chine, qui ont reçu le feu vert du Parti communiste chinois (PCC), ne sont pas moins réactionnaires. Elles sont dominées par des sections aisées des classes moyennes qui voient leur avenir lié à l’expansion de la Chine en tant que puissance capitaliste et qui sont profondément hostiles à la classe ouvrière, tant en Chine qu’au Japon. Ceci est reflété dans leur mot d’ordre de « boycott des produits japonais, » qui en fait sert à stimuler les entreprises chinoises aux dépens des sociétés japonaises.

Les protestations en Chine ont un caractère ouvertement raciste et de nombreuses bannières et slogans dénoncent les « chiens de japonais » et le « petit Japon » sans mentionner les attaques aléatoires à l’encontre de ressortissants japonais en Chine. Les appels les plus provocants ont été ceux à l’adresse du gouvernement chinois de « déclarer la guerre au Japon » et des pancartes montrant un champignon nucléaire au-dessus du Japon. Ces sentiments militaristes ont été directement encouragés par les commentateurs des médias chinois et les officiers de l’armée qui se sont vantés à la télévision de ce que dans le cas d’une guerre, la Chine pourrait jouer son « atout » – une frappe nucléaire sur le Japon. Cette proposition barbare n’est rien de moins qu’une recette pour provoquer un conflit nucléaire mondial, car une telle attaque contre le Japon impliquerait immédiatement les Etats-Unis.

Le recours au nationalisme chinois a une tradition. Dans les années 1980, au moment où le PCC lançait son programme de restauration capitaliste en abandonnant de plus en plus souvent son verbiage socialiste, il s’est tourné vers le patriotisme chinois dans le but d’établir une base sociale parmi les classes moyennes émergentes. Tous ces processus se sont accélérés après la répression des protestations sur la place Tienanmen en 1989 et l’effondrement de l’Union soviétique en 1991.

Tout comme les slogans scandés lors des protestations antijaponaises, la propagande du PCC est basée sur une perspective essentiellement raciste. Les médias d’Etat attisent la haine à l’égard de tous les Japonais en affirmant en permanence que la société japonaise en général est responsable des crimes de guerre horribles commis lors de la deuxième Guerre mondiale et lors des guerres coloniales précédentes.

En fait, les travailleurs japonais et les ruraux pauvres n’ont pas moins souffert sous le régime militariste japonais que les masses chinoises. Le mouvement ouvrier organisé et l’opposition politique ont été impitoyablement réprimés et des millions de jeunes hommes ont été contraints de servir de chair à canon aux ambitions de l’impérialisme japonais. Le degré d’hostilité à l’égard du militarisme japonais est tel parmi les jeunes gens que même de nos jours le gouvernement rencontre de sérieuses difficultés à supprimer la soi-disant clause pacifiste de la constitution du pays.

Tout comme leurs homologues à Tokyo, les dirigeants chinois sont en train de promouvoir le chauvinisme pour tenter de détourner l’attention du mécontentement social qui ne cesse d’augmenter à l’égard de leur propre régime. L’économie, qui est fortement tributaire des exportations vers le Japon et d’investissements de la part du Japon et des Etats-Unis ainsi que de l’Europe, est mise à mal par des tendances à la récession dans tous les principaux centres capitalistes. Les exportations déjà stagnantes et qui représentent un quart du produit intérieur brut de la Chine et 200 millions d’emplois, seraient même affectées plus gravement encore si les entreprises japonaises se retiraient du pays.

Face à une agitation sociale de grande ampleur, la bureaucratie du PCC n’hésiterait pas à s’unir au capital international, y compris l’élite patronale japonaise, pour écraser sa « propre » classe ouvrière – comme elle l’avait fait lors des protestations de 1989. Les alliés des travailleurs chinois sont leurs frères et soeurs de classe au Japon et internationalement, et pas le régime du PCC qui défend ses propres privilèges et ceux de la classe capitaliste chinoise.

Les travailleurs japonais et chinois sont confrontés à des oppresseurs communs et dans certains cas aux mêmes entreprises mondiales. Ils doivent rejeter le nationalisme et le militarisme promu par leurs classes dirigeantes pour se tourner vers une perspective socialiste et internationaliste. Seul un mouvement socialiste basé sur l’unification de la classe ouvrière pour l’abolition du système de profit peut éliminer les dangers de guerre en Asie et dans le monde. Ceci signifie construire des sections du Comité International de la Quatrième Internationale, le mouvement trotskyste mondial, tant en Chine qu’au Japon.

(Article original paru le 21 septembre 2012)