Après le massacre de Marikana, quatre mineurs sud-africain blessés par balles alors que les grèves se propagent

Par Alex Lantier
7 septembre 2012

Quatre mineurs d’or furent hospitalisés après avoir été blessés par balle hier à la mine Modder East, Gold One International Ltd, alors que la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc pour briser un piquet de grève.

La fusillade de la police a fait suite à un affrontement à Modder East avec 200 mineurs licenciés qui exigeaient d’être réembauchés. La capitaine Pinky Tsinyane a confirmé que quatre mineurs ont été blessés lors de la fusillade de la police, dont un gravement.

Les mineurs protestataires comprennent des mineurs qui avaient été licenciés deux ans auparavant ainsi qu’un groupe de mineurs licenciés en juin après avoir organisé une grève sauvage contre le syndicat National Union of Mineworkers (NUM). La grève au mois de juin visait à garantir la reconnaissance du syndicat plus petit, le Professional Transport and Allied Workers Union (PTAWU).

La fusillade actuelle semble s’être produite alors que les mineurs protestataires tentaient d’empêcher que d’autres mineurs qui avaient été réembauchés après la grève de juin ne reprennent le travail.

Selon une déclaration de Gold One, « Le groupe a bloqué toutes les entrées et sorties de la mine et lancé des pierres contre les véhicules qui essayaient d’accéder à mine. La South African Police Service (SAPS) a abordé longuement le groupe, les informant que le rassemblement était illégal et en le priant de se disperser. Le groupe a refusé. Vers 11 h 30 environ, le SAPS a utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser le groupe. L’accès à la mine Modder East est rétabli depuis. »

Le PDG de Gold One, Neal Froneman, a attribué la responsabilité de la grève au PTAWU pour n’avoir pas découragé ses membres de lutter pour récupérer leurs emplois. « Le PTAWU fait fausse route… ils continuent de désinformer leurs membres. Ils croient qu’ils ont été licenciés à tort. Ce n’est pas le cas, » a dit Froneman au site internet Mineweb, une publication de l’industrie minière.

Le président du PTAWU, Behki Mthembu, a dit qu’il n’avait pas eu connaissance de la fusillade. Le syndicat a intenté des poursuites judiciaires pour exiger que Gold Mine réembauche ses membres.

La fusillade de Modder East a eu lieu moins de trois semaines après le massacre policier de 34 mineurs grévistes de la mine de platine du groupe Lonmin à Marikana. La fusillade, initiée par le gouvernement de l’African National Congress (ANC) de grévistes – dont beaucoup reçurent des balles dans le dos ou furent écrasés par des véhicules de police – a choqué l’opinion internationale et en Afrique du Sud en révélant au grand jour le caractère droitier et pro-patronal de l’ANC.

Au même titre que la bureaucratie syndicale, l’ANC, un parti pro-capitaliste qui est venu au pouvoir en 1994 après les luttes de masse de la classe ouvrière contre la minorité du régime de l’apartheid, a acquis une part significative des activités commerciales en Afrique du Sud. Ils réagissent sans ménagement pour protéger leurs intérêts de classe et ceux des investisseurs internationaux à l’encontre des travailleurs.

Le gouvernement ANC avait porté de fausses accusations contre 270 survivants du massacre de Marikana en vertu de la loi du « but commun » datant de l’apartheid. Cette loi autorise en effet la violence policière en raison de l’argumentation juridique qu’ils sont responsables de la réaction policière.

L’ANC a annoncé vouloir provisoirement retirer les accusations contre les mineurs grévistes de Marikana afin de modérer l’hostilité publique. Hier, une centaine des 270 mineurs grévistes détenus furent libérés et d’autres « lots » devraient être libérés dans les jours à venir.

Le gouvernement envisage toujours de traduire les mineurs en justice en février pour troubles à l’ordre public en semblant espérer que d’ici là l’opposition publique sera retombée et qu’il sera plus facile de garantir la condamnation des mineurs.

La criminalité de la nouvelle classe dirigeante en Afrique du Sud joue aussi un rôle clé dans la grève actuelle des mineurs d’or licenciés de Modder East.

La mine Modder East avait été dirigée auparavant par Aurora, une société rachetée il y a deux ans par un groupe comprenant le neveu du président Jacob Zuma, Khulubuse et Zondwa Mandela – un petit-fils de Nelson Mandela, le dirigeant historique de l’ANC. Les deux n’auraient rien payé pour la mine, mais l’auraient dépecé de son actif et ils sont actuellement poursuivis par les liquidateurs. Ils ont ignoré les ordres du tribunal de verser des dizaines de milliers de dollars aux mineurs qui avaient été jetés à la rue.

La classe dirigeante craint le développement d’une rébellion de masse contre la bureaucratie syndicale qui est liée au Congrès du syndicat sud-africain (Congress of South African Trade Unions, COSATU) et qui a réprimé l’opposition de la classe ouvrière en tant que partie intégrante de son intégration au régime de l’ANC.

Gary van Staden, un analyste politique à NKC économistes indépendants, a dit à Reuters : « Je pense qu’il y a une grande probabilité de contagion. Il y a de très bonnes chances de voir une propagation des grèves sauvages dans les mines. »

Une grève sauvage à laquelle participent 12.000 travailleurs à la mine d’or KDC du groupe Gold Fields se poursuivait hier au vu d’articles que les mineurs refusaient de reconnaître la direction du syndicat minier local.

Le vice-président de Gold Fields, Peter Turner, a dit au site Mineweb, qu’alors que la société envisageait d’imposer une interdiction contre les travailleurs, elle préférait travailler avec le NUM pour mettre fin à la grève : « Notre préférence à ce stade est d’assister la direction du NUM à résoudre son conflit interne pacifiquement. »

Alors que l’ANC a réagi à l’opposition grandissante de la classe ouvrière en recourant à une violence meurtrière contre les travailleurs, il cherche à rassurer les investisseurs mondiaux de l’industrie minière que les protestations ne réduiront pas leurs marges de bénéfices. Reuters a cité la semaine passée la ministre des Mines, Susan Shabangu qui avait remarqué que, « l’actuelle violence des travailleurs aurait un effet sur d’éventuels investissements en Afrique du Sud. »

Hier, le ministre d’Etat, Collins Chabane, a dit aux journalistes, « L’incident tragique à Marikana ne reflète pas le climat des affaires en Afrique du Sud. Le gouvernement reste maître de la situation et la loi et l’ordre continuent de régner. Le pays continue de soutenir l’investissement direct et les incitations appropriées et le cadre juridique est en place pour donner confiance et permettre une prévisibilité aux décisions d’investissement et à la sécurité des lieux. »

De tels commentaires soulignent que ce qui, pour les cercles officiels, est censé être « la loi et l’ordre » est le comportement anarchique et violent de l’Etat qui a pour but d’écraser les protestations de la classe ouvrière afin de garantir un rendement continu du capital financier des mines.

(Article original paru le 4 septembre 2012)