La guerre de classe bipartisane de Washington : pas d'emplois, pas d'avantages sociaux

Par Andre Damon
4 septembre 2012

Au début du mois d’août, l'un des deux programmes fédéraux d'urgence pour venir en aide aux chômeurs a pris fin, une nouvelle étape dans l'attaque de la classe dirigeante américaine contre les travailleurs. L'Idaho, le dernier État à participer au programme de prolongation des prestations (Extended Benefits, EB) du gouvernement fédéral, a effectué les derniers paiements en vertu de ce programme. Dans tout le pays, un demi-million de personnes ont vu leurs prestations complémentaires coupées depuis le début de l'année.

L'autre programme fédéral de prestations de chômage, connu sous la dénomination Indemnités de chômage d'urgence (Emergency Unemployment Compensation, EUC), sera totalement supprimé au 1er janvier, stoppant brutalement les versements à deux autres millions de personnes.

Il y a tout lieu de s’attendre à ce qu'après le 31 décembre, aux États-Unis, personne ne recevra plus de 26 semaines de prestations de chômage, à un moment où la durée moyenne du chômage est de près de 40 semaines. L'administration Obama a déjà indiqué qu'elle ne cherchera pas à prolonger le programme EUC.

Pour faire voter une diminution des impôts sur les salaires en février dernier, diminution dont le fonds de réserve de la Sécurité sociale a fait les frais, les démocrates ont accepté d'importantes réductions dans l'assurance-chômage, retranchant dans la plupart des États trente semaines à la période durant laquelle un chômeur peut recevoir des prestations complémentaires fédérales. Cela ouvrira la voie à des États tels que la Géorgie, la Floride et le Michigan pour mettre en œuvre des réductions encore plus draconiennes dans l'assurance-chômage gérée par les États.

L'accord a également prévu d’interrompre immédiatement les indemnités des bénéficiaires à partir du 1er janvier 2013 si le Congrès n’arrivait pas à s’entendre sur la prolongation des programmes fédéraux d’ici la fin de 2012. Avant cet accord négocié par la Maison-Blanche en février, tous les programmes fédéraux d'urgence ajoutant des allocations de chômage adoptées depuis la crise financière de 2008 assuraient que les bénéficiaires continueraient de recevoir des paiements pour la durée totale initialement prévue au moment où ils sont devenus sans emploi, même s’il n'y avait aucune nouvelle extension des programmes. L'extension signée en février stipule quant à elle que les deux millions de bénéficiaires du programme EUC verront leurs allocations interrompues immédiatement si le Congrès ne décide pas de sa prolongation.

Ce qui est peut-être le plus remarquable avec cette coupe des prestations est le silence complet dans les médias et dans le monde de la politique officielle. En plein milieu d'une campagne pour la présidence, qui se déroule dans le contexte de la crise sociale la plus profonde depuis la Grande Dépression, ni Obama, ni son adversaire républicain Romney et aucun des deux partis contrôlés par la grande entreprise, n’a ne serait-ce que mentionné la fin d'une aide financière allouée à des millions de chômeurs.

« Il n'y a pas d'argent » est l’affirmation absurde que l’on tente pour justifier toutes les coupes dans les dépenses sociales. Étendre les programmes fédéraux de prestations pour une année coûterait 30 milliards de dollars. C'est moins que ce que l'armée américaine ne dépense en deux semaines et inférieur à la valeur nette des avoirs que possèdent individuellement les multimilliardaires tels que Warren Buffett, Bill Gates ou Larry Elision.

La fin de la prolongation des allocations de chômage fait partie d'une politique bipartisane de guerre de classe menée par l'administration Obama. Pour la classe dirigeante, un taux de chômage élevé est une bonne chose. Il donne aux entreprises ainsi qu’aux gouvernements des États ou au palier local un moyen de pression pour contraindre les travailleurs à accepter des salaires inférieurs et des coupes dans les prestations sociales.

Le mois dernier, les salaires ont leur plus faible augmentation depuis la Seconde Guerre mondiale. En tenant compte de l'inflation, les salaires ont en fait chuté par rapport à l'année précédente. La réduction drastique des salaires et l’imposition d’un rythme de travail accéléré ont fait grimper les bénéfices des entreprises à des niveaux record.

La restructuration de l'industrie automobile menée par Obama en 2009, qui était basée sur une réduction de 50 pour cent des salaires pour les nouveaux ouvriers et la réduction des prestations sociales pour les travailleurs actifs et retraités, a été le feu vert donné au monde des affaires américain pour lancer une attaque sur les salaires et les conditions de travail de toute la classe ouvrière. Ce qui est en cours, c'est un mouvement qui vise à abolir tous les gains sociaux réalisés par les travailleurs au XXe siècle et un retour en arrière vers l'époque des salaires de misère et de l'esclavage industriel pur et simple.

L'administration Obama a poursuivi une stratégie nationale bien définie : transformer les États-Unis en une plateforme d’exportation en rendant les coûts du travail compétitif par rapport à ceux du Mexique, de la Chine et des autres centres de main-d’œuvre bon marché. Ce n'est pas une coïncidence si, quelques semaines seulement après qu’il ait conclu son accord sur les coupes dans les prestations de chômage en février dernier, Obama organisait un grand événement à l'usine Master Lock de Milwaukee (Wisconsin), afin de promouvoir « l’internalisation » des emplois aux États-Unis. « Notre travail en tant que nation est de faire tout notre possible pour rendre la décision d’internaliser plus attrayante pour davantage d’entreprises » a-t-il déclaré.

L'attaque sur les salaires est liée à une politique de démantèlement systématique des prestations sociales. L'assurance-chômage, la sécurité sociale, Medicare et Medicaid, tous les programmes sociaux qui ont été arrachés à la classe dirigeante à travers les luttes de classe menées par la classe ouvrière, doivent être réduits ou éliminés purement et simplement.

Une lutte pour défendre les intérêts de la classe ouvrière, y compris le droit à un emploi et un revenu garanti, dépend de sa capacité de mobilisation politique indépendante, en opposition avec le système du profit capitaliste. Le Socialist Equality Party et ses candidats, Jerry White comme président et Phyllis Scherrer comme vice-présidente, interviennent dans les élections de 2012 dans le but de construire une direction socialiste pour organiser cette lutte.

La SEP exige le plein emploi, un revenu suffisant pour subvenir aux besoins essentiels, des soins de santé de qualité et une retraite décente pour tous. Mais cela ne peut être réalisé que par un programme socialiste, dont la nationalisation des grandes sociétés sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière.

Andre Damon

Pour plus d’information sur la campagne du SEP et pour vous y impliquer, visitez socialequality.com.