La décision de la cour constitutionnelle allemande sur le renflouement de l’euro est un signe avant-coureur d’attaques plus graves à l’encontre la classe ouvrière.

Par Peter Schwarz
15 septembre 2012

Avec la décision prise mercredi en faveur du Mécanisme européen de stabilité (MES), la cour constitutionnelle fédérale allemande a donné le feu vert à de nouvelles attaques contre la classe ouvrière. Le lancement du MES aboutira inéluctablement à une intensification des luttes de classe en Europe.

Le MES n’est qu’une institution et un mécanisme parmi d’autres à avoir été mis en place ces derniers mois. Tous servent aux mêmes fins : le renforcement du capital financier aux dépens des travailleurs.

Le MES garantira que les banques et les fonds spéculatifs qui ont spéculé ou prêté de l’argent à des pays hautement endettés à des taux d’intérêt exorbitants pourront à l’avenir être sauvés par une injection de fonds public. A cette fin, le MES est doté d’une réserve de capital de 700 milliards d’euros – une somme garantie par les Etats-membres de la zone euro.

L’achat illimité d’obligations gouvernementales sur le marché secondaire annoncé la semaine passée par la Banque centrale européenne (BCE) continuera d’acheminer des milliards d’euros dans les coffres des institutions financières, et qui, en définitive, seront payés par la classe ouvrière.

Finalement, le pacte budgétaire européen qui a également été validé mercredi par la cour constitutionnelle allemande fixe une limite à la dette en exigeant que tous les gouvernements de l’Union européenne se conforment à de strictes limites de déficits, indépendamment des résultats électoraux ou de l’opposition populaire.

Les normes démocratiques ont été fondamentalement sapées à deux égards :

Les Etats qui acceptant des prêts du MES ou des achats d’obligations de la BCE doivent se soumettre à la dictature de la soi-disant troïka, qui se compose de la BCE, de l’Union européenne et du Fonds monétaire international. L’exemple de la Grèce montre où cela mène, Là, la troïka a dicté des licenciements tous azimuts et des réductions des retraites, des salaires et du système de soins de santé du pays – des mesures allant au-delà de ce qu’avaient imposé les dictatures militaires telles celles de Pinochet au Chili et de la junte qui avait gouverné la Grèce à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

Les pays débiteurs ont été privés de la « souveraineté parlementaire » en matière de politique budgétaire par des institutions démocratiquement non responsables telles le MES et la BCE et qui sont en mesure d’allouer des sommes gigantesques récupérables au moyen du pacte budgétaire sous forme de coupes brutales dans les dépenses publiques.

Tout cela se fait au nom du sauvetage de l’euro qui est en train d’apparaître de plus en plus clairement comme un instrument du capital financier servant à piller l’Europe.

Il faut noter que les politiciens et les journalistes ne font plus guère référence à l’« unité » européenne. Au lieu de cela, ils parlent d’une « union bancaire » et d’une « union fiscale. » Ce faisant, ils ont dévoilé leurs intentions. Ils ne préconisent pas l’unité des peuples européens. L’ensemble du projet d’intégration européenne s’est révélé être rien d’autre que l’assujettissement brutal du continent aux dictats des banques et des marchés financiers.

On est en droit de se demander si l’euro survivra. La politique d’austérité dictée par Berlin et Bruxelles a mis en marche des forces centrifuges qui sapent l’union monétaire. Cette politique a divisé l’Europe suivant des lignes nationales et sociales. Les pays lourdement endettés sont obligés de verser des taux d’intérêts exorbitant tout en étant entraînés de plus en plus profondément dans la crise par la récession que les dictats d’austérité ont provoquée. Les bas salaires qui sont payés dans ces pays servent à leur tour de levier pour tirer vers le bas les niveaux de vie des travailleurs dans le restant de l’Europe.

La situation en Europe rappelle les années 1930 lorsque les conséquences du traité de Versailles, les intrigues des barons de l’acier et des banques, et la dure politique de rigueur du chancelier Brüning s’étaient combinés pour précipiter le continent dans l’abîme.

La classe dirigeante n’a peut-être rien appris de l’histoire, mais il n’en est pas de même de la majorité de la population. Celle-ci n’est pas disposée à accepter une répétition de cette catastrophe. Des protestations, des manifestations, des grèves et d’autres signes de résistance se multiplient. De violentes luttes de classe sont inévitables.

Ce qui entrave ces luttes c’est l’absence d’une perspective viable. Les syndicats font tout leur possible pour saborder de telles luttes ou pour les restreindre à des protestations inefficaces. Les partis sociaux-démocrates soutiennent l’Union européenne tout en propageant l’illusion qu’il est possible de réformer l’UE et de parvenir à la prospérité et à une justice sociale dans les limites de son cadre.

En France, François Hollande du Parti socialiste a remporté les élections présidentielles sur la base de telles promesses. Quelques semaines seulement après son entrée en fonction, il a suivi l’exemple de son prédécesseur conservateur, en annonçant un plan d’austérité drastique. Dans le même temps, il poursuit la politique militariste et raciste de Sarkozy.

Il en est de même aux Pays-Bas. Là, le social-démocrate Diederik Samsom a mené une campagne sur le modèle de celle de son homologue français. Il se prépare à faire son entrée dans un nouveau gouvernement de coalition avec les néo-libéraux droitiers menés par Mark Rutte dont le précédent cabinet ministériel a été incapable de concrétiser ses programmes de mesures sévères d’austérité.

Le rôle joué par les partis pseudo-gauches est encore plus insidieux en critiquant oralement le pouvoir du capital financier et de l’Union européenne, et en collaborant ensuite avec eux dans la pratique.

Lors de la campagne électorale de cette année en Grèce, la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) avait promis de renégocier le programme d’austérité de la troïka. Elle s’était alignée sur le président français nouvellement élu. Parallèlement elle a proposé ses services aux banques et aux gouvernements européens en tant que force préconisant une austérité « raisonnable » tout en promettant, qu’en cas d’arrivée au pouvoir, elle rembourserait les dettes grecques aux banques.

En Allemagne, le groupe parlementaire du parti La Gauche (Die Linke) s’est associé à une plainte contre le MES dans une manoeuvre visant à jeter de la poudre aux yeux de ses propres partisans. Actuellement, ce même parti loue la décision des juges en faveur du MES comme étant un triomphe de la démocratie !

L’Union européenne ne peut pas être réformée dans l’intérêt de la population laborieuse. C’est un outil des plus puissantes banques et entreprises afin de subordonner l’Europe à leurs intérêts. Il est impossible de défendre le moindre acquis social ou le moindre droit démocratique sans en briser le pouvoir.

Ceci requiert une rupture avec les vieux partis et les vieux syndicats et la mobilisation indépendante de la classe ouvrière partout en Europe sur la base d’un programme socialiste.

Les banques, les fonds spéculatifs et les grands groupes doivent être expropriés, les grandes fortunes doivent être confisquées et l’économie organisée en fonction des besoins de la société et non des intérêts de profit des entreprises. Les gouvernements bourgeois doivent être remplacés par des gouvernements ouvriers en tant que partie intégrante de la lutte pour les Etats socialistes unis d’Europe.

(Article original paru le 14 septembre 2012)