Un procès-verbal de la Réserve fédérale montre la faillite de l’ordre économique

Par Nick Beams
1 septembre 2012

Depuis que le procès-verbal de la réunion du 31 juillet et du 1er août du Comité fédéral d’intervention sur les marchés monétaires (en anglais, FOMC) de la Réserve fédérale américaine (Fed) a été divulgué la semaine dernière, une bonne partie de l’attention des marchés financiers et des médias s’est penchée sur quand et comment la Fed implantera la prochaine ronde d’assouplissement quantitatif – le processus par lequel les banques centrales injectent des centaines de milliards de dollars dans les marchés monétaires.

Cependant, les médias sont si myopes qu’ils portent leur attention sur les fluctuations à court terme des marchés financiers et qu’ils passent sous silence la signification réelle des implications des délibérations de la Fed.

Les médias et les marchés financiers vont cibler encore plus étroitement leur centre d’attention sur les actions de la Fed cette semaine dans les jours qui précéderont le discours prévu ce vendredi par son président, Ben Bernanke, lors de la réunion annuelle des banques centrales à Jackson Hole au Wyoming. Il y aura aussi beaucoup d’intérêt pour le discours ce samedi de Mario Draghi, le chef de la Banque centrale européenne (BCE), qui a promis que la BCE ferait «tout ce qui est nécessaire» pour maintenir l’euro.

Même s’il n’est pas prévu que le président de la Fed annonce une nouvelle ronde d’assouplissement quantitatif dans son discours, on s’attend à ce que des gestes soient bientôt faits. Le procès-verbal du FOMC rapporte : «Plusieurs membres jugeaient que des mesures monétaires additionnelles seraient nécessaires très bientôt à moins que de nouvelles informations indiquent une accélération substantielle et viable du rythme de la reprise économique.»

Les attentes des marchés ont été encore plus ravivées vendredi dernier lorsque Bernanke a fait remarquer qu’il y avait «de la marge de manœuvre pour que la assouplisse les conditions financières et renforce la reprise».

La dernière réunion du FOMC revient à reconnaître que même si le système financier continue de fonctionner, à long terme et sur une base historique, il est en totale faillite. Telle est l’étendue du pourrissement interne que la tâche centrale du chef de la banque centrale n’est plus de créer les conditions pour une croissance économique réelle. Plutôt, c’est de trouver de nouvelles façons de canaliser de l’argent vers les banques et les institutions financières, de peur que, si leurs opérations ne sont pas financées, le système en entier s’écroule.

Depuis la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, la Fed a injecté une somme de l’ordre de $2,3 billions dans les marchés financiers américains en achetant des obligations du Trésor et hypothécaires. Cependant, cette politique, qui revient à fournir les banques et les institutions financières en argent bon marché pour leur permettre de poursuivre leurs opérations financières spéculatrices, n’a pas réussi à générer une réelle reprise économique.

En fait, comme le procès-verbal du FOMC le montre clairement, des secteurs clés de l’économie américaine sont soit stagnants ou en recul. Des informations présentées lors de la réunion montrent que, globalement, l’économie a ralenti et qu’il y a peu d’amélioration dans le marché de l’emploi. L’embauche gouvernementale a diminué légèrement lors du deuxième trimestre, tandis que la production manufacturière a «ralenti significativement». Le procès-verbal indique que la «modération imposée par les politiques fiscales» abaisserait les taux de croissance tandis que l’information reçue depuis la réunion de juin montre que « l’activité économique a ralenti dans les derniers mois» plus rapidement que prévu. Il est prévu que le chômage demeure à des niveaux «élevés» à la fin de 2014.

On peut lire dans le procès-verbal que «plusieurs membres notent que si le récent taux modeste de croissance économique devait persister, l’économie serait moins en mesure d’essuyer un choc négatif important sans retomber en récession ».

Il y a de nombreuses sources potentielles d'instabilité dans l'économie mondiale. Le calme relatif des marchés financiers européens durant ces dernières semaines pourrait bientôt prendre fin lorsque les représentants de la «troïka» – la Commission européenne, le Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne – remettront un rapport sur l'état des finances de la Grèce. Pendant que l'économie grecque ne cesse de se contracter – elle est en récession depuis cinq ans – la possibilité de la faillite d'État et le retrait du pays de la zone euro pourraient à nouveau peser lourd, bien que la chancelière allemande, Angela Merkel, ait assuré souhaiter que la Grèce y demeure.

À long terme, l’instabilité financière en Europe est intensifiée par l’aggravation de la récession à travers le continent. Six membres de la zone euro sont déjà officiellement en récession et la région tout entière pourrait connaître deux trimestres de croissance négative.

La récession, qui a débuté dans la soi-disant «périphérie», s'étend maintenant au centre, et l'économie allemande montre des signes clairs de ralentissement. Les nouvelles exportations ont connu leur plus forte baisse en trois ans, et l’activité manufacturière s’est contractée pour un sixième mois consécutif, tandis que l’on prédit que l'économie dans son ensemble pourrait enregistrer une croissance négative au troisième trimestre. Les analystes de Barclays Capital ont averti qu’un «affaiblissement de la demande mondiale va bientôt se faire sentir en Allemagne et affecter les exportations, tandis que l'investissement intérieur continuera à souffrir des incertitudes créées par la crise de la zone euro».

L’impact de la contraction de l’offre mondiale est reflété au Japon, toujours la troisième plus importante économie. Les dernières prédictions indiquent soit une stagnation ou une contraction du produit intérieur brut (PIB) au troisième trimestre, sous l'effet d'une baisse des exportations vers la Chine et l'Europe.

Le ralentissement économique de la Chine, de l'Inde et du Brésil, où les gouvernements sont à la recherche de mesures pour stimuler l'économie, montre les processus sous-jacents de l'économie mondiale. Loin de fournir un nouvel élan au capitalisme mondial, ces pays sont maintenant fortement touchés par les forces récessionnistes déclenchées par l'effondrement financier.

Il est donc significatif qu’il n’y ait eu aucune référence dans le procès-verbal du FOMC à la possibilité d’un retour à ce qui était autrefois considéré comme des conditions économiques «normales».

C’est parce que la récession mondiale, le chômage croissant et la menace permanente d’un chaos financier, auxquels viennent s’ajouter les attaques draconiennes sur la position sociale de la classe ouvrière dans tous les pays, constituent la «nouvelle norme» de l’économie capitaliste mondiale en faillite.

(Article original paru le 28 août 2012)