Les travailleurs de l’usine automobile française se prononcent contre les suppressions d’emplois

Par Antoine Lerougetel
27 septembre 2012

Les travailleurs employés par le constructeur automobile PSA Peugeot-Citroën à l’usine d’Aulnay-sous-Bois sont en train de lutter contre les assauts lancés contre eux par le gouvernement PS (Parti socialiste) nouvellement élu du président François Hollande.

La semaine passée, Hollande a rencontré le délégué de la CGT (Confédération générale du Travail) de l’usine d’Aulnay, Jean-Pierre Mercier, et a confirmé qu’il ne tenterait pas de contraindre PSA à annuler son plan de restructuration. Le plan, qui prévoit la suppression de 8.000 emplois dont la fermeture de l’usine d’Aulnay, dévasterait la région déjà durement touchée de la Seine-Saint-Denis, dans la banlieue Nord de Paris, où est situé Aulnay.

Il a été question de ce que près de la moitié des travailleurs d’Aulnay pourraient être transférés vers d’autres sites de PSA, et que le restant serait forcé à accepter des départs « volontaires ». C’est ce que la bureaucratie syndicale, qui soutient le gouvernement Hollande, est en train de promouvoir.

Un tel accord ajouterait une nouvelle catastrophe sociale à la spirale qui tire l’économie vers le bas. Pour ce qui est des indemnités de licenciement, elles ne sont nullement une solution pour les travailleurs en quête d’un emploi dans le département de la Seine-Saint-Denis où le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale de 10 pour cent pour les adultes et de 20 pour cent pour les jeunes. Les employeurs locaux, comme Air France et L’Oréal, ont déjà annoncé des suppressions d’emplois à grande échelle.

Le WSWS a parlé vendredi dernier à plusieurs travailleurs devant l’usine.

Youssef a remarqué, « Tout est flou. PSA a toujours menti en parlant de reclassements, ce sont des mensonges. Nous avons nos familles, nos appartements ici, les travailleurs ne peuvent pas aller ailleurs. On espère avoir des indemnités – chacun essaie de gérer ses problèmes. Les syndicats ne nous défendent pas. »

Michel a dit, « Il n’y a pas de retour possible. PSA a pris sa décision. Ils ne vont pas retourner en arrière. Avant les vacances [août], PSA a distribué des brochures avec des propositions de reclassement et d’indemnités de licenciements. Il n’y a eu aucune discussion. Les syndicats n’ont pas discuté avec nous les propositions de PSA contenues dans la brochure.

« Hollande, c’est la même chose que Sarkozy, il défend les capitalistes, il est pour la fermeture. Les discussions tripartites [entre le gouvernement, les syndicats et la direction de PSA], c’est pour discuter des indemnités de licenciement. Il n’y a pas de travail. On parle de réindustrialiser le site, mais il n’y a pas de boîte demandeuse. »

« Si le gouvernement avait voulu sauver le site il l’aurait déjà fait. Hollande n’est pas du côté des travailleurs.

« Les dirigeants syndicaux sont au-dessus de nous. Ils sont détachés des travailleurs. Ils sont prêts à signer n’importe quoi. Ils mangent avec les grands patrons. C’est partout la même chose. Je suis d’accord, il faudra des organisations de lutte indépendantes des syndicats. »

Des nervis soutenant le responsable de la CGT Mercier ont menacé les partisans du World Socialiste Web Site qui distribuaient des tracts devant l’usine. Le tract Rapport Sartorius: le gouvernement français approuve les licenciements de masse du constructeur automobile PSA dénonce la politique de Hollande et la collaboration de la CGT avec son gouvernement.

Alors que les partisans du WSWS étaient occupés à distribuer le tract devant l’usine entre 14 et 15 heures au moment du changement d’équipe, quatre nervis se sont approchés d’eux pour leur reprocher d’« insulter notre délégué syndical, Jean-Pierre Mercier. » Ils ont exigé que les partisans du WSWS quittent immédiatement les lieux.

L’un d’entre eux a tiré un couteau de son sac et a commencé à l’agiter devant les partisans du WSWS en menaçant d’en faire usage s’ils ne quittaient pas les lieux.

Un autre a crié, « Pourquoi ne luttez-vous pas contre Hollande au lieu d’insulter notre délégué ? » Lorsqu’il leur fut dit que Mercier collaborait avec Hollande, ils devinrent encore plus furieux en disant : « Est-ce-que vous travaillez ici ? Vous n’avez aucun droit ici, c’est la propriété de l’entreprise. »

Après leur avoir dit qu’aucun travailleur n’aurait le droit d’être ici si l’usine était fermée, et que seule la mobilisation de l’ensemble de la classe ouvrière pourrait mettre un terme aux plans de Hollande et de PSA, ils ont hurlé : « On prendra soin de ça, nous n’avons pas besoin d’autres travailleurs, nous pouvons faire ça nous-mêmes. On n’a pas besoin de vous, fichez le camp ! »

Le nervi a ressorti son couteau et les partisans du WSWS ont décidé de partir.

Pendant tout ce temps, des membres de la « gauche » petite-bourgeoise du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) continuaient de distribuer leurs dépliants, sans être importunés par les nervis de la CGT. La déclaration du NPA approuvait les pourparlers de la CGT avec Hollande et la direction de PSA en les présentant comme la base d’une lutte viable contre les suppressions d’emplois. Elle disait : « Mais jeudi 20 septembre, avec les salariés dans la rue, Hollande, qui recevait les syndicats d’Aulnay, a dû accepter une réunion tripartite syndicats-Etat-patron, pour la mi-octobre. L’occasion de faire ravaler à Varin [Philippe, le PDG de PSA] son pseudo 'plan de revitalisation du site d’Aulnay' »

La responsabilité politique pour les menaces proférées contre les partisans du WSWS incombe à la CGT et au groupe petit-bourgeois de « gauche » Lutte Ouvrière (LO) dont Mercier est un membre dirigeant. Au printemps dernier, il avait été le directeur de campagne de la candidate présidentielle de LO, Nathalie Arthaud.

Ces organisations qui réagissent par la brutalité et les menaces contre les partisans du WSWS qui se battent pour mobiliser la classe ouvrière dans une lutte contre les attaques du gouvernement Hollande envers les travailleurs de l’automobile, le font parce qu’elles soutiennent Hollande et parce qu’elles sont complices de sa politique anti-ouvrière. Incapables de nier que la CGT est en train de négocier une attaque massive contre les travailleurs, elles tentent de restreindre l’opposition contre les plans de la CGT en supprimant un débat démocratique parmi les travailleurs d’Aulnay.

Ces plans révèlent au grand jour le caractère anti-ouvrier du soutien réel accordé par la CGT et LO à Hollande durant les élections présidentielles. La CGT avait appuyé le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui avait appelé à soutenir inconditionnellement Hollande au dernier tour des élections. Quant à Arthaud, de LO, elle avait clairement montré qu’elle considérait qu’un vote en faveur de Hollande au second tour de l’élection était un choix raisonnable pour les électeurs qui avaient opté pour elle au premier tour.

Ces organisations avaient même cherché à utiliser la lutte des travailleurs d’Aulnay pour faire avancer leur but électoral et bénéficier d’une certaine publicité durant la campagne présidentielle en participant à des manifestations à Aulnay, en avril.

Les partisans du WSWS ne se laisseront pas dissuader par la brutalité et les menaces de la CGT et de LO d’expliquer aux travailleurs la nécessité d’une lutte politique contre les licenciements de Hollande et qui soit organisée indépendamment des syndicats et des partis petits bourgeois qui tentent d’imposer ces licenciements aux travailleurs.

(Article original paru le 26 septembre 2012)