Le gouvernement italien s’en prend aux lois de protection contre les licenciements

Par Marianne Arens et Peter Schwarz
14 janvier 2012

Juste avant Noël, le parlement italien a adopté un plan d’austérité totalisant 80 milliards de coupes touchant notamment les retraités, les travailleurs et les pauvres. Les lois de protection contre les licenciements sont à présent dans le collimateur du premier ministre « technocrate » Mario Monti : d’ici le 23 janvier, il projette de soumettre des réformes supprimant en grande partie les protections juridiques contre le licenciement, ainsi que d’autres droits sociaux.

Le plan d’austérité de Monti a été soutenu au parlement par le Parti Démocrate (Partito Democratico, PD, successeur du Parti communiste), par le parti Peuple de la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi et par le Troisième Pôle (Terzo Polo), formé par les Chrétiens démocrates et les « post-fascistes ».

Ont voté contre, le parti de l’Italie des Valeurs (Italia dei Valori), parti de l’ancien juge d’instruction Antonio di Pietro, et la Ligue du Nord, le précédent partenaire de la coalition de Berlusconi. Italie des Valeurs a critiqué les mesures d’austérité de Monti disant qu'elles ne comportent pas suffisamment de mesures contre la corruption alors que la Ligue du Nord de droite a tenté de tirer un certain capital politique de son opposition au plan d’austérité.

Le caractère de classe du plan d’austérité est tellement évident que pour la première fois depuis bien des années les trois principales fédérations syndicales de l’Italie se sont senties obligées de lancer un mot d’ordre de grève de trois heures pour la journée du 12 décembre. L’action a, toutefois, été purement symbolique et était censée être une soupape de sécurité inoffensive pour contenir le mécontentement populaire grandissant.

Les syndicats collaborent étroitement avec Monti et sont régulièrement invités pour consultation avant que celui-ci n’annonce ses décisions. Ils sont personnellement liés aux Démocrates et aux autres partis qui ont voté en faveur du plan d’austérité. Il est significatif de noter que d’éminents Démocrates sont également intervenus dans les rassemblements syndicaux du 12 décembre où ils ont pesté contre un plan de rigueur « injuste, déséquilibré, récessif », pour ensuite le soutenir quelques jours plus tard au parlement.

Un rôle semblable est joué par Nichi Vendola, président de la région des Pouilles, qui, après que le parti de la Refondation communiste (Rifondazione Comunista, RC) a quitté le parlement italien, est devenu le porte-parole de la pseudo-gauche. Il avait dûment dénoncé le « budget faux et socialement injuste » pour ensuite placer tous les espoirs dans le gouvernement Monti.

« Si le gouvernement a besoin d’une deuxième tentative pour prendre ces mesures de justice sociale, de durabilité de l’environnement et de croissance économique qui jusque-ici font défaut, nous l’apprécierons, » avait-il dit à la fin de l’année lors d’une conférence de presse.

Emma Marcegaglia, présidente de l’association patronale Confindustria, n’a pas caché son enthousiasme pour le plan d’austérité. Monti est considéré comme l’un des leurs par de nombreux entrepreneurs, « il est tout à fait sur notre ligne pour ce qui est des questions de politique économique, » a-t-elle jubilé. Maintenant, que le marché du travail doit être libéralisé, « il ne devrait pas y avoir de sujets tabous lors des discussions. »

L’idée maîtresse du plan de rigueur est une nouvelle réduction des retraites d’Etat. D’ici 2018, les hommes tout comme les femmes devront travailler jusqu’à l’âge de 66 ans. Jusque-là, certains travailleurs pouvaient prendre leur retraite après 35 ans de service – ce qui représentait un important acquis social. Dès le mois de décembre, près de 100.000 travailleurs de moins que prévu ont pu partir à la retraite.

Dans le même temps, la situation sur le marché du travail est catastrophique. Selon Confindustria, un million d’emplois ont été détruits depuis le début de la crise en 2008. Une étude de l’Institut national des Statistiques, Istat, a constaté qu’un Italien sur quatre était menacé de pauvreté. De plus, le pays est en train de glisser vers la récession qui est également exacerbée par le plan d’austérité. En 2012, le produit intérieur brut se contractera de 1,5 pour cent.

Le deuxième élément important du plan d’austérité – l’augmentation de la TVA (taxe sur la vente) de 21 à 23 pour cent, une augmentation des taxes sur l’énergie et l’immobilier – touchera tout particulièrement les personnes aux revenus plus faibles et moyens. Le coût de l'essence et du gaz a augmenté de cinq pour cent au 1er janvier, l’électricité et le péage autoroutier de trois pour cent. Les propriétaires hautement endettés (qui forment 80 pour cent de la population) doivent payer en moyenne 800 euros de taxes supplémentaires sur leur maison.

Les retraités sont tout particulièrement durement touchés par l’inflation étant donné que leurs retraites sont déjà gelées par le plan d’austérité. Les retraites s’élevant à 900 euros par mois ne seront plus revalorisées en raison de l’inflation ce qui représente une réduction substantielle du revenu réel.

Le déclin du pouvoir d’achat a affecté les ventes au détail qui ont chuté de 17 pour cent durant la période de Noël par rapport à l’année précédente. Par contre, la rue Montenapoleone à Milan qui héberge le commerce de luxe et qui regorge de boutiques chic a enregistré une augmentation de 25 pour cent de ses ventes.

Le plan d’austérité épargne en grande partie les riches. Il ne renferme pour ainsi dire aucune mesure contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale qui sont répandus au sein de la classe dirigeante italienne. L’église catholique continue d’être épargnée en ne payant pas la taxe immobilière – faisant perdre trois milliards d’euros par an au Trésor public.

De plus, le gouvernement a renoncé à mettre aux enchères des fréquences utilisées pour la télévision, garantissant ainsi la survie de l’empire du groupe de TV Mediaset de Berlusconi.

A peine le parlement avait-il adopté le plan de rigueur que Monti lançait la prochaine offensive. Après que le plan « sauver l’Italie » a été passé, le plan « l’Italie croît » a été annoncé par le premier ministre lors d’une conférence de presse qui s'est tenue à la fin de l’année. A cet effet, le marché du travail et le secteur public doivent largement être libéralisés et le tissu social du pays « modernisé ».

L’assaut cible l’article 18 du code du travail qui confère aux employés et aux ouvriers dans les entreprises de plus de quinze salariés une protection contre les licenciements. En 2002, trois millions de personnes avaient manifesté à Rome, l’une des plus vastes manifestations de l’histoire de l’Italie, contre la tentative du gouvernement Berlusconi de supprimer la protection juridique contre les licenciements.

Avec le soutien des Démocrates et des syndicats, Monti veut à présent accomplir ce que Berlusconi n’avait pas réussi à faire en son temps. Il a déjà invité dans les jours à venir les « partenaires sociaux » pour discuter des réformes du marché du travail. « Nous voulons appliquer des mesures sur lesquelles les syndicats et les employeurs peuvent se mettre d'accord, » a-t-il annoncé.

Monti sait qu’il peut compter sur le soutien des syndicats. Eux aussi considèrent que les mesures de libéralisation sont inévitables. Un accord est déjà en vue. Les syndicats ont signalé leur volonté d’accepter l’assouplissement de la protection des travailleurs contre les licenciements en échange d’une promesse de salaires plus élevés. Face à une hausse rapide de l’inflation – faisant que de faibles augmentations de salaire se traduiront encore très probablement par une perte du pouvoir d’achat des travailleurs – le patronat n’aura pas trop de difficulté à accepter.

Certains représentants influents du parti des Démocrates, tel l’ancien président Walter Veltroni, et le Troisième Pôle ont déjà réclamé l’abolition de la protection contre les licenciements.

Monti projette de finaliser ses projets au cours des trois prochaines semaines au plus tard, afin de les présenter le 23 janvier aux ministres des Finances de la zone euro.

(Article original paru le 5 janvier 2011)