Conférence internationale du WSWS: adoption de résolutions condamnant la guerre en Irak et appelant à l'unité internationale de la classe ouvrière

2 avril 2003

Le World Socialist Web Site et le Parti de l'égalité socialiste ont tenus une conférence internationale les 29 et 30 mars derniers à Ann Arbor, au Michigan intitulée « Le socialisme, la lutte contre l'impérialisme et la guerre: une stratégie et un programme pour un nouveau mouvement international de la classe ouvrière ». Le 1er avril, le WSWS publiait un bref compte-rendu de la conférence [Voir «Le World Socialist Web Site tient une conférence internationale sur le socialisme et la lutte contre la guerre »] et le rapport du discours d'ouverture prononcé par David North, président du comité de rédaction international du WSWS et secrétaire national du Parti de l'égalité socialiste américain. [ Voir « Into the maelstrom: the crisis of American imperialism and the war against Iraq »]

Voici les deux premières des six résolutions adoptées à l'unanimité par les délégués à la conférence. Nous publierons les autres résolutions prochainement.

Résolution 1: Arrêtez la guerre en Irak ! États-Unis, Royaume-Uni hors du Moyen-Orient !

La présente conférence dénonce la guerre américano-britannique contre l'Irak comme un acte de gangstérisme international. Il s'agit d'une guerre impérialiste dans le sens classique du terme - une guerre de pillage destinée à établir un régime de type colonial à Bagdad, pour s'emparer du contrôle des vastes ressources pétrolières de l'Irak, et occuper une position stratégique pour dominer le Moyen Orient et lancer d'autres guerres de conquête.

Toutes les justifications données par l'administration Bush et ses complices à Londres sont basées sur des demi-vérités, des falsifications et des mensonges éhontés. L'Irak n'est pas responsable des attaques terroristes du 11 septembre 2001 et elle ne représente aucune menace militaire pour les États-Unis. C'est un pays pauvre dévasté par un blocus économique imposé par les États-Unis depuis 12 ans qui a privé le peuple irakien de nourriture, de médicaments et autres nécessités vitales et ainsi entraîné la mort de plus d'un million de personnes.

Les prétentions de l'administration Bush de mener une guerre pour « libérer » le peuple irakien de la dictature de Saddam Hussein sont des plus cyniques. Elles ont été démenties dès le premiers jours de la guerre dans laquelle s'est manifesté la résistance populaire héroïque du peuple irakien contre les envahisseurs.

Le gouvernement américain a financé des dictatures brutales dans le monde entier, du Chili à l'Indonésie. La CIA américaine a très tôt financé Saddam Hussein, appuyant sa répression des partis ouvriers et des minorités nationales en Irak. Les administrations Carter et Reagan ont soutenu sa guerre contre l'Iran de 1980 à 1988.

Même après la guerre du Golfe de 1990-1991, la première administration Bush préféra voir Saddam Hussein conserver son pouvoir plutôt que de faire face à la perspective des soulèvements des Kurdes et des Chiites oppressés menaçant de déstabiliser les autres régimes appuyés par les États-Unis dans la région. La deuxième administration Bush est maintenant en guerre non pas pour établir la démocratie, mais bien pour imposer une dictature militaire américaine au peuple irakien.

Les méthodes brutales utilisées dans cette guerre - missiles de croisière, bombes à dispersion, munitions à uranium appauvri, napalm - révèlent son véritable but politique. Confronté à une résistance accrue et à la perspective de combat maison par maison dans chaque centre urbain, les États-Unis et le Royaume-Uni s'orientent de plus en plus vers une guerre d'extermination, non seulement contre les militaire irakiens, la plupart des jeunes conscrits, mais également contre l'ensemble de la population.

Ce qui se déroule en ce moment est un affrontement terrible et inégal qui coûtera des dizaines sinon des centaines de milliers de vies innocentes. Partout dans le monde les gens sont dégoûtés par le spectacle d'une puissance militaire pulvérisant sans retenue un petit pays sans défense. La vaste majorité des peuples du monde voit avec raison la véritable menace à la paix et à la sécurité internationales venir de Washington et non de Bagdad.

Nous rejetons toutes les tentatives des politiciens de justifier leur appui à la guerre sous le prétexte qu'ils apportent leur « soutien aux troupes ». La vaste majorité des jeunes hommes et femmes américains et britanniques qui ont été précipités dans ce conflit par des propos démagogiques et des mensonges sont également des victimes de la cabale guerrière de Washington. Ils se retrouvent forcés de tuer ou d'être tués afin de poursuivre un plan dissimulé servant les intérêts non pas des peuples américain ou britannique, mais des élites dirigeantes.

En ayant décidé de défier le Conseil de sécurité des Nations-Unies et d'aller en guerre unilatéralement, l'administration Bush a déclaré au monde qu'elle ne se sentait pas liée par la moindre contrainte légale ou diplomatique dans sa poursuite de l'hégémonie mondiale. Toute la propagande des médias américains ne peut cacher un fait essentiel: le gouvernement des États-Unis a planifié et mène une guerre d'agression en envahissant un pays indépendant sans provocation et en violation flagrante du droit international.

La doctrine de frappe préventive de l'administration Bush ressuscite la politique militariste de la guerre d'agression par laquelle l'impérialisme allemand a signalé son infamie au siècle dernier. Planifiant et menant une guerre d'agression du même type, Bush, Cheney, Rumsfeld et compagnie de par leurs actions pourraient être accusés exactement comme les dirigeants nazis aux procès de Nuremberg, une accusation pour laquelle ils ont été jugés et pendus. Ce type de guerre fut à l'époque défini comme un crime de guerre, et il l'est toujours.

Les responsables de la guerre américaine lancée contre l'Irak - les hauts-fonctionnaires de l'administration Bush, les leaders républicains et démocrates au Congrès, les commandants militaires et les chefs des monopoles médiatiques - sont tous coupables de crimes de guerre et doivent être jugés devant un tribunal international.

Nous lançons un appel aux travailleurs des États-Unis et du monde entier pour exiger la cessation immédiate de la guerre en Irak, le retrait des forces militaires américaines et britanniques du pays, du Moyen Orient et de l'Asie Centrale, la levée de toutes les sanctions contre l'Irak, et un programme d'urgence d'aide humanitaire et économique pour le peuple irakien.

Résolution 2: Pour l'unité internationale de la classe ouvrière

La présente conférence envoie ses salutations les plus fraternelles aux millions de personnes qui dans le monde entier s'opposent à l'agression américaine contre l'Irak.

Depuis le week-end du 15 et 16 février, les manifestations massives aux États-Unis et en Europe, combinées avec les protestations organisées dans des villes et villages sur tous les continents, ont dépassé en taille et en portée tout ce qui avait jamais été vu auparavant.

Cette opposition mondiale à la guerre a une immense signification historique. Elle marque l'arrivée d'une nouvelle génération de jeunes et de travailleurs dans la lutte politique. Elle représente sous une forme embryonnaire l'émergence d'un mouvement social international contre impérialisme.

L'intégration mondiale de la production capitaliste au cours des 25 dernières années par les entreprises transnationales a renforcé l'unité objective de la classe ouvrière internationale. Pour les travailleurs des différents pays, elle rend entièrement dépassés tous les programmes nationaux basés sur la protection du marché réglementé par l'État et les appels à « leur » gouvernement. Parallèlement, la mondialisation intensifie l'exploitation et les inégalités sociales dans chaque partie du monde, confrontant les travailleurs des pays avancés et du « Tiers-Monde » avec des conditions de plus en plus uniformes. Les fondements pour une coordination mondiale de grandes luttes sociales qui prendront de plus en plus un caractère anticapitaliste ont ainsi été jetés. De plus en plus, la classe ouvrière va être appelée à se définir en termes internationaux plutôt que nationaux.

Tout comme lors de la première époque d'intégration mondiale à la fin du XIXe siècle, des conflits amers entre les grandes puissances impérialistes avaient éclatés pour culminer par trois décennies de guerre, de dépression et de fascisme entre 1914 et 1945, de même le développement accru de la production mondialisée a déchaîné des luttes renouvelées et féroces pour les marchés, les ressources naturelles et les sources de main-d'oeuvre à bon marché. Une fois de plus, les contradictions fondamentales du capitalisme - entre l'économie mondiale et l'État-Nation, et entre le développement de la production socialisée et l'appropriation privée de la richesse - ont explosé en surface, menaçant de catastrophe l'humanité.

La seule véritable base de masse pour lutter contre l'impérialisme et la guerre est la classe ouvrière américaine et internationale. Une telle lutte nécessite l'adoption d'une orientation et d'une perspective internationales conscientes. Elle ne peut être développé d'en haut - sous les auspices de l'un ou l'autre des gouvernements impérialistes, des gouvernements nationaux ou des institutions telles que les Nations-Unies. La France et l'Allemagne, tout comme le Royaume-Uni et les États-Unis, sont motivés par leurs propres intérêts impérialistes et besoins en matière de politique étrangère. Aucun gouvernement bourgeois ne représente les aspirations des gens ordinaires pour la paix. C'est pourquoi toute protestation aussi militante et grandes soit-elle qui ne vise qu'à faire pression sur les puissances en présence ne peut arrêter la poussée militariste.

Ce n'est qu'en construisant un mouvement de la base - au sein des vastes masses de travailleurs - et en lui insufflant une stratégie socialiste internationale destinée à transformer entièrement la société, que la lutte contre la guerre ira de l'avant.

Nous nous opposons à toute tentative de diviser les travailleurs selon des lignes nationales, ethniques, raciales, sexuelles ou religieuses. Indépendamment de leur variante, le but de ces politiques d'identité est de miner et d'affaiblir l'unité de la classe ouvrière en élevant faussement des caractéristiques secondaires et en dernière analyse politiquement insignifiantes par dessus les intérêts de classe objectifs. L'internationalisme socialiste au contraire, correspond aux tendances historiques les plus progressives et révolutionnaires des travailleurs de tous les pays et incarne leurs aspirations encore non pleinement conscientes d'unir leurs luttes sur la base d'une perspective mondiale commune pour la paix, l'égalité sociale et la justice.

Nous reconnaissons les responsabilités politiques posées par la mobilisation internationale massive contre la guerre impérialiste Le débordement du sentiment contre la guerre dans pratiquement tous les coins du monde est un présage de ce qui s'en vient. Déjà des millions de personnes se sentent renforcées par le caractère mondial des manifestations. Actuellement, la principale tâche est d'encourager le développement de la conscience de classe politique de ce nouveau mouvement, et de l'aider à comprendre le lien essentiel unissant la lutte contre la guerre impérialiste à celle pour le socialisme international.