Non à la guerre des États-Unis contre l'Irak! Pour un mouvement international contre l'impérialisme!

Par Le comité de rédaction du World Socialist Web Site
9 septembre 2002

Le World Socialist Web Site condamne la campagne américaine pour une guerre contre l'Irak et appelle les travailleurs, les jeunes et les opposants au militarisme aux États-Unis et à travers le monde à lancer un mouvement populaire d'opposition à la guerre impérialiste, contre Bush, le Parti démocrate et les autres représentants de l'élite politique et financière américaine.

Lorsque l'on analyse un grand événement historique, à savoir la dérive effrénée de l'impérialisme américain vers la guerre totale, il faut appeler les choses par leur nom et ne pas se laisser désorienter ou impressionner par le déluge de propagande que nous sert la Maison blanche, le Pentagone ou le Congrès et qui est repris et amplifié par les médias américains.

Ce que Bush propose et que le Congrès se prépare à endosser, c'est une guerre de pillage d'une des nations les plus faibles du monde par la plus puissante. Avec sa réserve de pétrole, la deuxième en importance au monde, l'Irak est un morceau de choix pour ExxonMobil, ChevronTexaco et les autres grandes entreprises américaines. Lorsque Bush parle d'un «changement de régime», il veut dire le remplacement d'un état irakien indépendant par un régime semi-colonial dirigé par un valet des Américains tel que Hamid Karzai, le président afghan installé par les États-Unis, ce qui donnerait en pratique le contrôle des ressources de ce pays à des intérêts américains et britanniques.

Peu importe la quantité d'épithètes dont l'on affublera Saddam Hussein, jamais cela ne fera de l'Irak une menace stratégique pour les États-Unis. Les avertissements apocalyptiques de Bush, du vice-président Cheney et d'autres porte-parole de l'administration, selon qui une attaque des États-Unis par l'Irak au moyen d'armes chimiques, biologiques ou nucléaires serait imminente, sont une tentative cynique de manipuler l'opinion publique américaine. Ces déclarations sont des mensonges. Bush, Cheney et Cie le savent bien. Ils savent aussi qu'ils ne seront pas contredits par les médias américains corrompus ou par le Parti démocrate.

La guerre contre l'Irak prépare le terrain pour d'autres conflits sanglants où la mort et la destruction risquent d'atteindre un niveau sans précédent. Dans un commentaire paru récemment dans le Washington Post, l'ancien conseiller présidentiel en matière de sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, avertissait qu'une guerre préventive contre l'Irak déstabiliserait en profondeur l'ensemble des relations internationales. Les ennemis des États-Unis décriraient ces derniers comme un «gangster mondial», a indiqué Brzezinski. L'expression en dit sans doute plus qu'il le voulait: l'administration Bush se prépare à lancer ce qui est vu à travers le monde comme une opération criminelle.

Un programme d'agression digne du nazisme

Le gouvernement américain s'est lancé dans la voie de la violence militaire et de la provocation politique à un niveau jamais vu depuis les jours du nazisme. La comparaison n'est ni farfelue ni rhétorique. En proclamant publiquement la doctrine de la guerre de prévention (en d'autres mots, le lancement de la guerre dans un but agressif avec à peine un semblant d'autodéfense), Bush et consorts se préparent à commettre le crime principal pour lequel des dirigeants de l'Allemagne nazie et du Japon impérial avaient été jugés après la Deuxième Guerre mondiale, puis trouvés coupables et exécutés.

Il y a raison de croire que les représentants de l'administration Bush sont conscients qu'ils pourraient être poursuivis en vertu du précédent de Nuremberg où les nazis avaient été reconnus coupables du crime de «guerre d'agression» pour avoir envahi la Tchécoslovaquie, la Pologne, le Danemark, les Pays-Bas et d'autres pays voisins, qui ne posaient aucune menace pour eux. C'est ce qui explique la campagne stridente des États-Unis pour soustraire leurs militaires et leur personnel des Affaires étrangères à la juridiction de la Cour pénale internationale mise en place par l'ONU pour juger les cas de crimes de guerre.

Comme le New York Times rapportait dans un article extraordinaire paru le 7 septembre: «L'administration Bush a changé d'angle dans sa tentative d'exempter les ressortissants américains de la juridiction de la Cour pénale internationale. Elle explique à ses alliés européens qu'une des raisons principales est de protéger les hauts dirigeants du pays pour qu'ils ne puissent être arrêtés ou traînés en cour pour répondre à des accusations de crimes de guerre, nous disent des représentants de l'administration.»

Des représentants américains ont cité en exemple les poursuites judiciaires entreprises au Chili et aux États-Unis même contre l'ancien secrétaire d'État, Henry Kissinger. Ce dernier a été accusé d'être responsable des meurtres en masse qui ont accompagné le coup d'état militaire de 1973 au Chili, coup d'état appuyé par la CIA et qui a établi la dictature du général Augusto Pinochet. Un haut fonctionnaire américain a déclaré au Times que l'administration n'était pas inquiète des soldats américains qui pourraient commettre des atrocités, «les futurs lieutenant Calley», mais des poursuites pour crimes de guerre visant les «principaux dirigeants civils», le président Bush, le secrétaire d'État Rumsfeld, le secrétaire d'État Powell.

L'administration Bush imite la technique du «gros mensonge» de Hitler et Goebbels lorsqu'elle tente de décrire l'Irak comme une menace mortelle. Cette campagne compte sur le fait que la population ignore les faits les plus élémentaires. L'Irak est un pays appauvri qui a été dévasté par la guerre menée par les États-Unis il y a seulement dix ans. Il n'est pas et ne peut pas être une menace pour les États-Unis, la puissance militaire à laquelle aucune autre ne peut se comparer.

En terme de population, l'Irak arrive en quarante-quatrième position. En terme de superficie, elle arrive au cinquante-sixième rang, derrière l'Afghanistan pour ces deux catégories. L'écart entre l'Irak et les États-Unis en ce qui a trait à la puissance économique est stupéfiant. L'Irak avait un PIB de 57 milliards US en 2000, moins que la fortune du seul Bill Gates. L'économie américaine de 11 billions est 200 fois plus importante que celle de l'Irak, qui est juste derrière la Birmanie et le Sri Lanka et juste devant le Guatemala et le Kenya quant à la production totale.

En terme de puissance militaire, l'écart est encore plus important. Lors de la guerre du Golfe en 1991, des dizaines de milliers de conscrits irakiens ont été incinérés par les bombes, les missiles et les autres armes de pointe américaines, alors que seulement quelques centaines de soldats américains y ont laissé leur vie. Dans la décennie qui a suivi, l'Irak a été l'objet d'un embargo économique et a subi des bombardements à répétition. L'armée irakienne n'est plus qu'à un tiers de ce qu'elle était en 1990. Pendant ce temps, le Pentagone s'est enflé à un tel point que le budget militaire des États-Unis est plus important que le total des 25 autres budgets militaires les plus importants.

Le caractère de classe de la guerre

Le caractère fondamental d'une guerre est défini par la nature de classe et la position historique des États impliqués. Les États-Unis sont le pays impérialiste le plus puissant et cherchent à dominer le monde. Son attaque imminente contre l'Irak est la culmination de deux décennies d'actes toujours plus inconsidérés et agressifs, au cours desquelles les forces américaines ont bombardé, attaqué, occupé ou déstabilisé plus de douze pays: le Nicaragua, le Panama, la Grenade, Haïti, la Somalie, le Soudan, la Libye, le Liban, l'Irak, l'Iran, l'Afghanistan et les différents États et fragments qui formaient la Yougoslavie.

L'origine de l'Irak en tant que pays remonte à l'oppression coloniale. Ce pays a été dirigé pendant des décennies par la Grande-Bretagne qui en a taillé le territoire à partir des débris de l'empire ottoman. Depuis la fin des 1950, quand le dernier des monarques imposés par les Britanniques a été renversé, le pays a été dirigé par une série de régimes nationalistes bourgeois soutenus par l'armée qui ont cherché, tout au long de la Guerre froide, à balancer entre les États-Unis et l'Union soviétique

Après que la révolution iranienne de 1979 eut chassé le Shah, l'allié le plus important des États-Unis dans un Golfe Persique riche en pétrole, le président irakien Saddam Hussein s'est porté volontaire pour le remplacer. L'invasion de l'Iran par Hussein en 1980 a été accueillie avec enthousiasme par Washington, qui établit des liens étroits avec Bagdad, laissant tomber son opposition à la vente d'armes au régime de Hussein et fournissant aux militaires irakiens des photographies satellites des déplacements des troupes iraniennes.

Alors que l'administration Bush déclare que la possession d'armes chimiques par l'Irak est un casus belli, elle se garde de mentionner l'origine de ces armes. L'administration Reagan a appuyé l'acquisition et l'utilisation d'armes chimiques par l'Irak pour empêcher la victoire de l'Iran. Les États-Unis ont même transmis des informations aux Irakiens qui furent utilisés pour monter des attaques au gaz moutarde contre des milliers de soldats iraniens.

Des représentants de l'administration Bush ont défendu l'idée qu'un des crimes de Saddam Hussein était d'avoir commencé une guerre avec l'Iran qui a résulté en un million de morts. Ils savent pourtant très bien que la responsabilité de ce crime est portée en bonne partie par le gouvernement américain, y compris par ses représentants comme le secrétaire d'État à la Défense, Donald Rumsfeld, qui était à cette époque l'envoyé spécial de Reagan au Moyen-Orient et incitait Hussein à massacrer le plus de jeunes Iraniens possible.

Ce n'est qu'en 1990, avec l'invasion du Koweït, que le dirigeant irakien est entré en conflit avec les États-Unis. Il a alors été rapidement transformé d'ami à ennemi au moyen d'une de ces campagnes de «diabolisation» dont le gouvernement et les médias américains ont souvent fait usage: pour Manuel Noriega du Panama, pour Mohammed Aideed de Somalie, pour Slobodan Milosevic de Yougoslavie et même pour Oussama Ben Laden qui a été «combattant de la liberté» lorsqu'il affrontait les Soviétiques avant de devenir terroriste en chef. Hussein à son tour, fut décrit comme la Bête de Bagdad, le nouvel Hitler qui pourrait envahir tout le Golfe Persique et par le fait même menacerait le contrôle américain des ressources en pétrole.

Douze années après la destruction de la majeure partie de l'appareil militaire irakien, la Maison blanche ne peut plus prétendre que Saddam Hussein cherche à conquérir ses voisins par la force. Plutôt, à la suite des attaques du 11 septembre, l'administration Bush a concocté une nouvelle excuse pour attaquer l'Irak, qu'elle n'avait jamais même rêvé de posséder: la possibilité d'une alliance entre le régime laïc irakien et les intégristes religieux d'Al Qaida qui ont souvent réclamé le renversement du régime Hussein.

Quels sont les véritables buts de guerre de Washington?

* Premièrement, l'occupation militaire de l'Irak et le contrôle de son pétrole.

Ceci aidera énormément les monopoles de l'industrie de l'énergie qui ont une énorme influence sur la politique étrangère américaine en général et qui domine l'administration Bush en particulier. Le contrôle du pétrole leur accordera non seulement d'importants gains économiques, mais aussi d'énormes avantages politiques et stratégiques. En mettant la main sur le pétrole irakien, l'Amérique va grandement améliorer sa position face à ses alliées nominales en Europe et en Asie, qui dépendant grandement des exportations de pétrole du Golfe Persique, ainsi que face à la Russie, à la Chine et aux différents régimes du Moyen-Orient et du nord de l'Afrique. Les États-Unis ayant développé leur emprise politique et militaire en Asie centrale au moyen de la guerre en Afghanistan, une conquête américaine de l'Irak donnera à son élite dirigeante une position de domination sans partage sur les deux plus importantes régions productrices de pétrole.

* Deuxièmement, l'expansion mondiale du pouvoir militaire américain

Un protectorat américain en Irak préparerait le terrain pour d'autres guerres dans la région et ailleurs. La prochaine cible après l'Irak pourrait être son voisin riche en pétrole, l'Iran. Il y a une campagne active au sein de l'establishment politique pour d'éventuelles opérations militaires contre l'Arabie Saoudite. Le Soudan, le Yémen, la Libye et la Syrie ont tous été nommés comme cibles potentielles.

Des soldats et des avions américains sont déjà déployés dans presque tous les pays entre la mer Méditerranée et les montagnes du Tian Shan, la frontière entre l'ancienne Asie centrale soviétique et la Chine. Il ne peut y avoir aucun doute qu'au sein des cercles militaires et politiques américains, l'attaque contre l'Irak est vue comme le prélude à des guerres contre la Russie et la Chine, toutes deux des puissances nucléaires, avec les conséquences incalculables que cela entraînerait.

* Troisièmement, le maintien de l'ordre à l'intérieur

Dans un contexte d'inégalités sociales et économiques grandissantes et de désaffection populaire générale envers le système politique, l'élite dirigeante cherche à maintenir son contrôle idéologique et politique en désorientant la population et en canalisant ses griefs vers la «guerre au terrorisme». La guerre devient un moyen essentiel de maintenir la stabilité intérieure. Au nom de la sécurité nationale et des exigences de la guerre, le gouvernement mène un assaut incessant contre les droits démocratiques, créant ainsi la base pour un État autoritaire et militarisé.

Où cela mènera-t-il? Même si l'on accepte l'hypothèse d'une victoire rapide des États-Unis, il est clair que pour arriver à ses fins, l'administration est prête à sacrifier non seulement des vies américaines, mais encore à tuer un nombre incalculable d'Irakiens. Un gouvernement qui entreprend une telle action impliquerait le peuple américain dans un crime colossal, une des plus grandes atrocités de l'histoire moderne.

Pour que les États-Unis arrivent à renverser le régime irakien et à installer un régime fantoche, même un bombardement sauvage de l'ampleur de celui de la première guerre du Golfe ne suffira pas. Les planificateurs militaires américains se préparent a dévaster Bagdad et toutes les autres villes d'importance, et à combiner un «tapis de bombes» avec une guerre urbaine contre les soldats et la population civile. Le nombre de morts pourrait atteindre les dizaines, si ce n'est les centaines, de milliers.

On ne peut aussi écarter l'hypothèse que les États-Unis feront usage de la bombe atomique. Selon les nouvelles règles américaines sur l'usage et le développement des armes nucléaires qui ont coulé dans les médias en mars dernier, un scénario prévu d'utilisation de la bombe atomique est une guerre avec l'Irak qui mènerait celui-ci à lancer des missiles sur Israël.

De plus, l'Irak ne sera pas le terme des guerres de conquête américaines. Ceux qui ont appuyé la guerre en Afghanistan et soutiennent la guerre contre l'Irak doivent aussi endosser la responsabilité des futures actions militaires américaines. Ces guerres sont déjà en train d'être planifiées par le Pentagone. Le plus récent exercice du commandement américain, qui a eu lieu le mois passé, était un jeu de guerre simulant une invasion américaine de l'Iran en 2007.

Un débat public bidon

La rencontre de Bush avec un groupe de membres influents du Congrès à la Maison blanche le 4 septembre dernier a signalé le début d'une propagande concentrée visant à frayer la voie à une invasion et une occupation militaire de l'Irak par les États-Unis. Si Bush a accepté de permettre un vote au Congrès sur l'action militaire contre l'Irak c'est parce qu'il s'était assuré d'avance qu'il y aurait un soutien suffisant des deux partis pour qu'une résolution de guerre soit adoptée.

Le soi-disant débat prend place dans un contexte où des démocrates en vue (du candidat présidentiel du parti en l'an 2000 Al Gore au leader démocrate en chambre Dick Gephardt) ont déjà déclaré leur appui en faveur d'une action militaire contre l'Irak. Pas un sénateur ou député n'a mis en doute le fondement de la politique militaire de Bush, à savoir que les États-Unis ont le droit d'envahir l'Irak et de renverser son gouvernement.

Les prémisses de tout débat véritablement démocratique (des informations honnêtes et librement accessibles, l'implication du public, l'existence de camps opposés) font défaut dans la discussion actuelle. Tant Bush que ses critiques au sein de l'establishment politique acceptent le même cadre de discussion, à savoir: Saddam Hussein est un monstre, l'Irak menace les États-Unis, les États-Unis sont une force de paix et de démocratie dans le Moyen-Orient, les actions militaires américaines n'ont jamais d'objectifs prédateurs et ne visent qu'à l'autodéfense et ainsi de suite.

Mais, en vérité, ces propositions ne résistent pas à l'analyse:

Saddam Hussein fabrique des armes de destruction massive? Comme nous l'avons vu, il a initialement acquis et utilisé de telles armes en tant qu'allié et instrument de la politique étrangère américaine, contre l'Iran. La très grande majorité de celles-ci a été ensuite détruite dans les années 1990 sous le régime des sanctions de l'ONU. L'ancien inspecteur des armements de l'ONU, Scott Ritter, a catégoriquement rejeté les affirmations selon lesquelles l'Irak aurait reconstruit de façon significative son stock de ce type d'armes. Si l'on se fie à ce qui s'est passé pour d'autres falsifications de ce type, par exemple le célèbre incident du Golfe du Tonkin qui fut le prétexte pour l'intervention des États-Unis au Vietnam, dans quelques années, bien après la guerre contre l'Irak, de petites notes paraîtront dans les médias américains pour signaler qu'il n'y a jamais eu d'armes de destruction massive en Irak et que ce problème a été monté de toutes pièces pour fournir un prétexte de guerre.

Il est remarquable que seuls les gouvernements américain et britannique croient à l'histoire de croque-mitaine des armes chimiques, biologiques et nucléaires de Saddam Hussein. Aucune autre puissance en Europe n'accorde le moindre crédit aux affirmations selon lesquelles l'Irak représente une menace, pas plus que tous les pays du Moyen-Orient à l'exception d'Israël qui a intérêt à la destruction d'un pays arabe.

Même s'il était vrai que l'Irak avait en sa possession des armes proscrites par l'ONU, depuis quand est-ce que la possession de tels systèmes d'armement est une condition suffisante pour envahir un pays? Depuis la Deuxième Guerre mondiale, il est connu que la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France, l'Inde, le Pakistan et Israël ont rejoint les États-Unis dans la possession de l'arme nucléaire. Des douzaines de pays ont les capacités de construire des armes biologiques et chimiques en quelques mois seulement. Pourtant, tout au cours de ces années, jamais le gouvernement américain n'est allé en guerre sur cette question. Au contraire, la politique américaine dans ce cas fut d'engager des échanges diplomatiques sur le contrôle des armes qui ont mené à des traités pour restreindre la prolifération des armes nucléaires, pour réduire la quantité d'armement et pour carrément interdire les essais nucléaires et les expériences de guerre biologique.

Saddam Hussein n'a aucun pouvoir d'attaquer les États-Unis directement et aucune raison de faire parvenir de telles armes à des terroristes qui sont ses ennemis politiques. L'Irak n'a pas de missiles de longue portée et n'a jamais cherché a en développer. Il n'a utilisé aucune arme chimique lors de la guerre du Golfe en 1991, étant confronté à la menace d'une riposte nucléaire par les États-Unis et ayant eu l'assurance de l'administration de Bush père que le but de ce dernier était d'expulser l'armée irakienne du Koweït, non d'occuper Bagdad. Si en fait l'Irak détenait toujours des armes chimiques, il n'y aurait qu'une seule circonstance dans laquelle elles pourraient être utilisées, avec un effet potentiellement dévastateur: une invasion amenant des troupes américaines au coeur du pays.

Saddam Hussein a violé des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies? C'est peut-être vrai. L'ONU a tellement adopté de résolutions sur l'Irak pour légaliser un embargo qui affamait la population irakienne que seul un régime à plat ventre devant Washington aurait pu toutes les respecter. Depuis quand est-ce que la violation de résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU est une raison suffisante pour une offensive unilatérale américaine? Israël viole des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU de façon beaucoup plus flagrante que l'Irak sans que la Maison blanche ne remue ciel et terre pour partir en guerre contre l'État qui occupe toujours la Bande de Gaza et la Cisjordanie plus de 35 ans après la guerre des six jours.

Le gouvernement américain se sert de l'ONU quand ça lui convient, en tant qu'écran pour ses actes d'agression. À d'autres moments, il ignore l'ONU avec impunité. Ainsi, depuis plus de dix ans, des avions américains et britanniques ont bombardé des régions au nord et au sud de l'Irak, et patrouillé les soi-disant zones interdites de vol qui furent déclarées telles par Washington sans que cela ne soit jamais voté par l'ONU. Le gouvernement américain lui-même a contrevenu au régime d'inspection de l'Irak par les Nations unies en infiltrant l'UNSCOM avec du personnel de la CIA dont le but était d'identifier des cibles pour les bombardements américains et d'étudier les déplacements de Saddam Hussein pour organiser des tentatives d'assassinats.

L'administration Bush insiste que le Conseil de sécurité de l'ONU n'a aucun droit de regard sur ses propres actes militaires et que l'attaque contre l'Irak ne sera pas conditionnelle à l'approbation du Conseil de sécurité. Le système deux poids, deux mesures est clair: l'Irak doit se soumettre à l'ONU ou être détruit, mais les États-Unis peuvent faire ce qui leur plaît.

Saddam Hussein est un dictateur qui opprime son peuple? C'est vrai une fois encore, mais depuis au moins 50 ans, la politique étrangère américaine au Moyen-Orient comme ailleurs consiste en grande partie à mettre en place et à soutenir de tels dirigeants. Plusieurs de ceux-ci, comme le Shah d'Iran, la monarchie saoudienne et divers dictateurs militaires en Turquie, ont au moins été aussi barbares que Saddam Hussein. Les États-Unis ont aussi systématiquement financé et monté des groupes d'intégristes musulmans comme instruments dans leur lutte contre l'Union soviétique et le nationalisme arabe laïc.

Dans ses efforts pour gagner un appui international, ou au moins un consentement, pour la guerre qui vient contre l'Irak, l'administration Bush a donné le feu vert à la répression impitoyable de la Tchétchénie par le gouvernement russe, à la suppression des groupes séparatistes Uighur au Xinjiang par la Chine, à l'oppression des Kurdes par la Turquie et à une quantité incalculable d'autres violations des droits humains et des droits démocratiques.

Loin de représenter une force pour la démocratie, les États-Unis sont intrinsèquement opposés aux aspirations démocratiques des masses arabes, qui entrent inévitablement en conflit avec les visées américaines sur le pétrole de la région et leur appui pour l'État d'Israël. L'occupation de l'Irak par les États-Unis prendrait un caractère de plus en plus sauvage et répressif. Elle ferait paraître l'occupation israélienne de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie comme presque bénigne en comparaison.

Un gouvernement de criminels

L'administration Bush ne cesse de faire mention d'un «changement de régime» en Irak. Le World Socialist Web Site, en tant que socialiste et défenseur des droits démocratiques, s'oppose implacablement autant à la politique nationaliste bourgeoise qu'aux méthodes dictatoriales de Saddam Hussein. Mais la tâche de remplacer ce régime incombe au peuple irakien, pas au gouvernement américain.

Le «changement de régime» qui vient de prendre place aux États-Unis est de bien plus mauvais augure pour le monde. L'administration Bush signifie l'arrivée au pouvoir d'éléments criminels de l'élite dirigeante américaine. Ce n'est pas une hyperbole: par ses méthodes politiques, sa base sociale et sa politique étrangère, l'administration Bush est la personnification du gangstérisme.

Ce gouvernement est le produit d'une longue campagne de conspiration et de subversion de la droite politique pour déstabiliser l'administration précédente, campagne qui a culminé avec la destitution de Clinton et le vol de l'élection présidentielle de 2000.

L'administration Bush a puisé son personnel dirigeant de la couche sociale dont la corruption érigée en système a été dévoilée dans les scandales des grandes entreprises depuis un an. Le secrétaire d'État à l'armée, Thomas White, était un cadre chez Enron. Le vice-président, Dick Cheney, est sous enquête pour fraude comptable alors qu'il était PDG de la société de construction dans le secteur de l'énergie, Halliburton. Bush lui-même a fait fortune avec des transactions d'initié et le copinage. Le secrétaire d'État à la Défense, Donald Rumsfeld et le secrétaire d'État au Trésor, Paul O'Neill sont deux anciens PDG alors que d'autres hauts fonctionnaires ont été des lobbyistes pour les industries de l'énergie, pharmaceutiques et de l'automobile.

Lorsqu'il est arrivé à la Maison blanche, Bush s'est vanté que son cabinet presque entièrement composé de PDG dirigerait le gouvernement comme une entreprise. Et c'est bien ce que nous avons: l'administration Bush incarne au gouvernement les méthodes d'Enron, de WorldCom, de Global Crossing, de Tyco et de la douzaine d'autres cas médiatisés de magouilles financières.

La politique intérieure de Bush revient au pillage systématique des travailleurs au profit de la grande entreprise américaine. Bush a imposé la plus grande diminution d'impôts pour les riches de l'histoire américaine, une somme de 1350 milliards US. Son administration a lancé attaque après attaque contre le niveau de vie et les droits démocratiques de la classe ouvrière. La réglementation sur la santé et la sécurité, les garde-fous environnementaux, les droits syndicaux, tous sont dans la mire de l'administration Bush en vertu de sa campagne pour éliminer ce qui pourrait nuire à l'accumulation de la richesse personnelle et aux profits des grandes entreprises.

La politique étrangère de l'administration Bush est l'extension sur une échelle mondiale de sa politique intérieure. Ceux qui sont arrivés au pouvoir au moyen de la fraude et du crime sont maintenant ceux qui décident des questions de guerre et de paix. Ils font usage des ressources militaires et politiques du gouvernement américain pour défendre les intérêts des sections les plus rapaces de l'élite économique (monopoles du secteur énergétique, industrie de l'armement, conglomérats financiers) qui cherchent à s'enrichir en pillant le monde.

Il y aura des mesures de guerre non seulement contre des cibles à l'étranger, mais aussi contre le peuple américain aux États-Unis même. Déjà, l'administration a commencé à criminaliser la dissidence politique. Des participants à des manifestations contre Bush ont été arrêtés, battus et jetés en prison pour avoir exprimé leur opposition à la guerre contre l'Irak. Bush a déclaré qu'en ce qui concerne la guerre au terrorisme, «ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous». La logique de cette position est de menacer de considérer comme trahison toute opposition sociale à l'administration.

La guerre et la lutte pour le socialisme

La lutte contre la guerre impérialiste imminente contre l'Irak est liée à la lutte contre toute la structure sociale et politique des États-Unis. En dernière analyse, l'administration Bush et sa politique sont le produit de cette structure. La guerre est devenue le programme de l'élite dirigeante en Amérique parce qu'elle ne voit pas comment se sortir autrement de la crise sociale et économique dans laquelle elle s'enfonce.

Le World Socialist Web Site se dissocie de tous les prétendus critiques, telle une partie du Parti démocrate, qui cherchent à conseiller l'administration Bush sur la meilleure façon d'arriver à ses fins au Moyen-Orient et internationalement. En tant que socialistes, nous n'abordons pas la politique du gouvernement américain comme si elle reflétait des intérêts honnêtes ou légitimes, encore moins la volonté démocratique du peuple américain. Nous sommes contre la politique du gouvernement américain et nous oeuvrons pour le développement d'un puissant mouvement des travailleurs, à la fois aux États-Unis et internationalement, contre l'impérialisme américain.

Un tel mouvement doit se baser sur un programme socialiste, puisque la guerre impérialiste est le résultat inévitable des contradictions du système capitaliste, avant tout, celles qui se manifestent au centre le plus puissant du capitaliste mondial que sont les États-Unis. Contrairement à la situation qui prévalait au milieu du XXe siècle alors qu'ils atteignaient leur apogée, les États-Unis ne sont plus une puissance montante ou une puissance qui peut cacher ses aspirations mondiales sous un déguisement démocratique.

Deux faits essentiels expriment ce déclin historique du capitalisme américain. Internationalement, les États-Unis ont perdu leur position de domination mondiale, devant affronter des rivaux puissants en Europe comme en Asie et connaissant des déficits commerciaux gargantuesques qui laissent présager une faillite nationale. Chez elle, la société américaine est affligée d'une polarisation économique et sociale d'une ampleur sans précédent. La population est divisée en deux parties, la première consistant en une petite fraction qui jouit d'une richesse sans précédent et la deuxième consistant en une vaste majorité de travailleurs dont le niveau de vie est stagnant, souvent déclinant, et qui n'ont devant eux que l'insécurité toujours plus importante quant à l'emploi, la retraite, les soins de santé et les services publics.

C'est ce qui explique le déclin de la démocratie américaine qui a été accéléré par les mesures répressives mises en place après les événements du 11 septembre. Il est impossible qu'une société garde ses formes démocratiques lorsqu'un si petit pourcentage de la population concentre la richesse entre ses mains et soumet le reste de la population à ses propres intérêts.

L'émergence du militarisme américain sur une échelle mondiale est une confirmation profonde de l'analyse marxiste de l'impérialisme. Toutes les caractéristiques classiques de l'impérialisme qu'avait identifiées Lénine au début du XXe siècle, que ce soit l'occupation coloniale des pays, les luttes militaires pour s'accaparer des sources de matières premières, une politique intérieure entièrement réactionnaire, tout ceci se retrouve dans le programme de l'administration Bush.

Le gouvernement américain a utilisé les tragiques événements du 11 septembre (dans lesquels son propre rôle, soit pour ne pas avoir empêché les attaques ou pour avoir délibérément permis qu'ils prennent place, reste à élucider) comme un prétexte pour implanter la politique intérieure et la politique étrangère des forces les plus réactionnaires de l'élite politique et économique. La guerre en Afghanistan n'était que le coup d'envoi de toute une série d'aventures encore plus importantes et sanglantes.

Pour les travailleurs, la lutte contre la guerre impérialiste et la lutte pour la défense du niveau de vie et des droits démocratiques sont deux aspects d'une même lutte. La seule force qui puisse arrêter les fauteurs de guerre de la Maison blanche et du Pentagone est un mouvement populaire, mené par la classe ouvrière, contre le militarisme et la guerre, contre toute l'élite dirigeante et ses deux partis. On ne peut avoir la moindre confiance que le Congrès ou le Parti démocrate s'opposeront aux plans de guerre de Bush. En fin de compte, ces forces représentent fondamentalement les mêmes intérêts sociaux et défendent le même système que Bush lui-même

Le World Socialist Web Site et le Parti de l'égalité socialiste se consacrent à développer un tel mouvement indépendant de la classe ouvrière contre la guerre et pour la défense des droits démocratiques.