Selon la Russie, le régime ukrainien pro-OTAN est impliqué dans l'attaque qui a abattu le vol MH17

Par Kumaran Ira
21 septembre 2018

Lundi, le ministère russe de la Défense a révélé de nouveaux détails de l’attaque qui a abattu un Boeing 777 (MH17) d'Amsterdam à Kuala Lumpur près de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine le 17 juillet 2014. L’écrasement de l’avion a tué tous les passagers et l’équipage à bord, soit 298 personnes. Le ministère russe de la Défense a utilisé des données de numéro de série pour montrer que le missile qui a frappé l'avion de ligne a été produit en 1986, avant la dissolution stalinienne de l'Union soviétique. Il était détenu par l'armée ukrainienne.

Juste après l’écrasement, Washington et l’OTAN, soutenus par les médias occidentaux, ont accusé Moscou et les forces séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine d’avoir abattu MH17. L’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Samantha Power, a accusé Moscou d’avoir tiré le missile, déclarant qu’il y avait des «preuves crédibles» que la Russie était responsable de l’accident. Ils n’ont cependant pas fourni de preuves tangibles concernant Moscou.

L’OTAN a ensuite attisé une hystérie de guerre explosive à l’égard de la Russie et a renforcé ses forces militaires en Europe de l’Est. Moins de six mois s’étaient écoulés après le coup d’État orchestré par les États-Unis et dirigé par des fascistes en février 2014, qui a renversé le président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch à Kiev et installé l’extrême droite au pouvoir. Les médias américains et européens ont dénoncé le président russe Vladimir Poutine comme étant personnellement responsable de la destruction de l’avion. Le journal allemand, Der Spiegel a déclaré que l’heure de la diplomatie avec la Russie était terminée: «Les débris du MH17 sont les débris de la diplomatie».

À l’aide des données fournies par le régime ukrainien, qui a obtenu droit de veto sur l’enquête, l’équipe d’enquête conjointe (JIT) affiliée à Europol a attribué l’accident à Moscou. En mai, elle a conclu que le MH17 avait été abattu au-dessus de l’est de l’Ukraine par un missile Buk de fabrication russe, fourni par la 53e brigade antiaérienne russe à Koursk. Wilbert Paulissen, un enquêteur néerlandais de la JIT, a déclaré: «Tous les véhicules transportant des missiles faisaient partie des forces armées russes.»

Maintenant, cependant, en utilisant les numéros de série fournis par la JIT, Moscou a fourni des preuves accablantes que ce missile était en fait sous le contrôle du régime de Kiev au moment où il a abattu MH17. Cela réfute les accusations de l’OTAN selon lesquelles Moscou aurait abattu l’avion – des accusations utilisées par l’OTAN pour justifier un renforcement militaire massif en Europe de l’Est, aux frontières de la Russie.

Selon la JIT, deux numéros de série ont été trouvés sur des fragments du missile, l’un sur le nez et l’autre sur l’engin lui-même. La JIT a affirmé que le MH17 avait été abattu par un missile de la série 9M38 à partir d’un lance-missiles Buk et que le missile avait été fabriqué en 1986; il a également fourni le numéro de série 9032 pour le moteur de la fusée du missile.

Les responsables russes ont prétendu avoir relié ces numéros d’identification à un missile portant le numéro de série 8868720. Ce missile avait été livré en Ukraine et n’avait jamais été renvoyé en Russie. Lors d’un point de presse, Nikolai Parshin, chef de la direction des missiles et de l’artillerie, a déclaré: «Alors le missile… a été envoyé par rail à l’unité militaire 20152, le 29 décembre 1986. Il est bien connu que le missile a été reçu par l’unité militaire.»

L’unité est stationnée à la frontière ouest de l’Ukraine, selon Parshin, c’est-à-dire sur un territoire tenu en toute sécurité par le régime soutenu par l’OTAN: «Je mentionnerai séparément l’unité militaire 20152, à laquelle le missile numéro 886847349 a été confié, son vrai nom était la brigade 221 de missiles antiaériens... Par décret du président de l’Ukraine, cette unité a été renommée régiment 223 de missiles antiaériens. Actuellement, cette unité est située dans la ville de Stryi dans la région de Lviv, ils ont toujours les systèmes Buk.»

Le ministère russe de la Défense a déclaré que la documentation relative au missile Buk qui a détruit le MH17 est toujours stockée dans l’usine de Dolgoprudny où il a été construit et a annoncé avoir envoyé des documents déclassifiés sur le missile. Parshin a expliqué: «Il s’agit d’un ensemble de documents techniques qui sont remplis à l’usine de fabrication pour chaque produit fabriqué et stockés dans cette usine, que ce soit en Russie ou à l’étranger. Parmi les documents qui vous sont présentés figure un passeport pour le groupe de buses 9D13105000 N° 8-30-113.»

Moscou a déclaré que le régiment de missiles antiaériens qui avait reçu le missile Buk qui avait abattu le MH17 était impliqué dans ce que Kiev a appelé une «opération antiterroriste» contre les rebelles des Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, soutenus par les Russes. Parshin a ajouté: «Il est à noter que les unités du 223e régiment, depuis 2014, ont été impliquées à plusieurs reprises dans la prétendue opération antiterroriste dans les régions de Donetsk et de Lougansk.»

Cela aurait placé la batterie dans la région d’Ukraine où MH17 a été abattu. Il renforce les accusations précédentes de Moscou selon lesquelles les forces ukrainiennes ont abattu l’avion de ligne.

En réponse à la révélation russe, la JIT a déclaré qu’elle étudierait méticuleusement ses informations dès qu’elles seraient disponibles. Elle a également affirmé avoir toujours soigneusement analysé les informations fournies par la Russie et constaté que les informations «précédemment présentées au public et communiquées à la JIT étaient factuellement inexactes sur plusieurs points». Toutefois, la JIT n’a pas tenté de réfuter les éléments de preuve russes pour prouver sa supposée inexactitude.

Le ministre ukrainien de la Défense, Stepan Poltorak, a qualifié les revendications de la Russie d’une «autre fausse nouvelle».

Ces événements jettent une lumière froide sur l’adaptation de l’oligarchie capitaliste postsoviétique à l’impérialisme occidental. Peu disposée – elle en est même incapable – à faire appel au sentiment antiguerre dans la classe ouvrière américaine et européenne, elle oscille entre préparer une guerre nucléaire et tenter de trouver un accord avec ce qu’elle appelle ses «partenaires occidentaux», tout en apportant des preuves qui impliquent ces «partenaires» dans des provocations criminelles contre la Russie.

Néanmoins, il existe une différence frappante entre les accusations de Moscou et la campagne hystérique lancée il y a quatre ans par les puissances de l’OTAN pour justifier un renforcement militaire téméraire aux frontières de la Russie. Tandis que Moscou présente ses affirmations, preuves à l’appui, l’OTAN émet des accusations générales fondées uniquement sur les dires des agences de renseignement américaines et européennes.

Depuis qu’une coalition dirigée par les États-Unis a envahi l’Irak en 2003, affirmant qu’ils envahissaient pour détruire les armes de destruction massive irakiennes qui n’existaient pas, Washington et ses alliés européens sont tristement célèbres pour avoir lancé des guerres et des campagnes militaires basées sur des mensonges.

Il semble que l’escalade de l’OTAN en Europe de l’Est était également basée sur des mensonges. Les affirmations selon lesquelles seule la Russie possède des missiles Buk et que la découverte que le missile qui a abattu le MH17 était un Buk était la preuve que la Russie était responsable de l’attaque, étaient fausses. Pourtant, elles ont été utilisées pour justifier un renforcement de l’armée qui a laissé l’Europe au bord de la «guerre totale» avec une Russie dotée de l’arme nucléaire, comme l’a fait remarquer le président français François Hollande en 2015.

La JIT n’a publié aucune donnée de la boîte noire de MH17 – extraite par les autorités malaisiennes après l’écrasement de l’avion et envoyée en Grande-Bretagne – ni de données radar sur l’est de l’Ukraine fournies par Moscou. Elle n’a pas non plus publié de données radar et satellitaires américaines sur la région. Au lieu de cela, elle s’est appuyée sur des écoutes téléphoniques, des photos et de brèves vidéos postées par des utilisateurs non identifiés sur les médias sociaux ukrainiens et apparemment collectées par les services de renseignement ukrainiens.

Le ministère russe de la Défense a également soutenu qu’une vidéo montrant le système russe Buk en Ukraine est une animation fabriquée à partir d’une photo. «Les images d’un tracteur, d’une remorque et d’un Buk ont été intégrées à l’image de la section correspondante de la route pendant la production de cette vidéo... De nombreux signes de falsification de l’enregistrement vidéo ont également été révélés dans un épisode montrant le déplacement du Buk à Lougansk», a rapporté le ministère.

(Article paru d’abord en anglais le 20 septembre 2018)

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