Trump contre les Démocrates : deux factions réactionnaires se battent sur la politique étrangère

Par Andre Damon
17 juillet 2018

La réunion d’hier entre le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine a été précédée d’un barrage de propagande massive des démocrates, de leurs alliés dans les médias et des agences de renseignement américaines, exigeant que Trump intensifie la pression militaire sur la Russie.

Cette campagne tournait autour d’un acte d’accusation publié vendredi par le vice-procureur général américain, Rod Rosenstein. Cet acte affirme que 12 officiers de l’armée et du renseignement russe ont piraté les serveurs du Comité national démocrate et le compte courriel du dirigeant de la campagne présidentielle de Clinton, John Podesta, et plus tard transmis les courriels à WikiLeaks pour publication.

La publication de l’acte d’accusation, qui fait des assertions catégoriques, sans donner aucune preuve, est une tentative cynique et transparente des agences des renseignements américains travaillant avec les Démocrates, de réorienter la politique étrangère de l’Administration Trump vers un conflit géopolitique avec la Russie.

Cette campagne a atteint une frénésie hystérique, dans laquelle les grandes chaînes de télévision et les journaux mettent en garde que Donald Trump est sur le point de vendre les intérêts nationaux américains à Vladimir Poutine.

Dimanche, le New York Times en a écrit son article principal avec le titre : « Rien qu’en s’assoyant à côté de Trump Poutine en sort gagnant », et a déclaré que : « [Poutine] n’a besoin que sa réunion avec M. Trump ait lieu sans friction majeure pour qu’elle soit une réussite. »

De telles affirmations sont aussi absurdes que le récit sous-jacent de « l’ingérence » russe dans les élections de 2016. Trump, un représentant de l’oligarchie financière américaine rapace et parasitaire, n’a pas l’intention de « vendre » les intérêts impérialistes américains.

Au contraire, les âpres divergences qui ont émergé à l’approche du sommet s’agissant des désaccords entre Trump et les Démocrates sur la meilleure façon de protéger les intérêts de la classe dirigeante Américaine à travers le monde.

Trump est favorable à une approche visant à tirer parti de la position prépondérante des États-Unis dans l’économie mondiale et de l’ordre géopolitique pour forger des accords commerciaux bilatéraux afin d’améliorer la balance commerciale des États-Unis. Ce faisant, il a placé les pays de l’UE, et en particulier l’Allemagne, sur sa liste d’objectifs. Il a déclaré que le plus grand « ennemi » économique des États-Unis est l’UE dans un entretien avec CBS avant le sommet, aux côtés d’autres « ennemis » comme la Russie et la Chine.

C’était une extension des déclarations de Trump lors du sommet de l’OTAN la semaine dernière, quand il a reproché à l’Allemagne d’acheter du gaz naturel à la Russie plutôt qu’aux États-Unis.

Les Démocrates, s’exprimant au nom des éléments dominants de la bureaucratie des services de renseignements de l’État américain, considèrent que la poursuite des objectifs militaires et géostratégiques des États-Unis en Eurasie est plus vitale que l’accent mis par Trump sur le commerce. C’est ce qui explique leur attachement obsessionnel à la Russie, dont l’encerclement et l’isolement constituent un élément clé de l’effort visant à assurer l’hégémonie mondiale des États-Unis par des moyens militaires.

L’accent mis par les Démocrates sur la Russie sert également d’autres objectifs tout aussi essentiels. L’escalade perpétuelle des tensions militaires avec Moscou vise à unifier l’Union européenne, en alliance avec les États-Unis, contre un ennemi commun.

En outre, cela a justifié la perte par les Démocrates des élections de 2016 et justifié la répression de l’opposition politique par la censure sur internet, en affirmant que la Russie utilise la dissidence politique pour « semer les divisions » dans la société américaine. En associant WikiLeaks à la prétendue conspiration russe, les Démocrates justifient aussi la campagne en cours contre le fondateur de l’organisation, Julian Assange.

En ce qui concerne la politique étrangère, la demande d’une offensive plus agressive contre la Russie est liée à l’inquiétude que Trump ne soit pas suffisamment engagé dans la campagne depuis sept ans pour un changement de régime en Syrie.

Dans un article d’opinion la semaine dernière, « Trump a-t-il vaincu Poutine en Syrie ? » Le chroniqueur du Washington Post, David Ignatius, a déclaré : « La guerre catastrophique en Syrie approche ce qui pourrait être un dénouement diplomatique dans la mesure où les États-Unis, la Russie et Israël peuvent construire un accord qui préserverait le pouvoir du président syrien Bachar al-Assad en échange des promesses de la Russie de restreindre l’influence iranienne ».

Des sections de l’establishment de la politique étrangère parlent de façon particulièrement directe de l’échec des efforts américains pour affronter la Russie en Syrie et en Ukraine. Les événements de ces dernières années ont montré que « les États-Unis ne peuvent contraindre la Russie selon leur bon vouloir », écrivait Michael Kimmage dans Foreign Affairs : « En Ukraine et en Syrie, Washington a tenté d’isoler la Russie, espérant que Poutine répondrait aux exigences américaines pour pouvoir redevenir un partenaire acceptable […] Jusqu’à présent, la coercition et l’isolement ont tous deux échoué. »

Cependant, les factions de l’appareil de renseignement pour lequel les Démocrates parlent voient ces revers à la politique étrangère des États-Unis comme un argument pour prendre des mesures extrêmes. Dans un autre article paru dans Foreign Affairs, titré : « Ne sortez pas de la Syrie », Jennifer Cafarella de l’Institut pour l’étude de la guerre affirme que les États-Unis doivent redoubler d’efforts pour maintenir leur présence dans le pays.

Cafarella avertit : « Le sud [de la Syrie] tombera probablement aux forces alliées avec le régime à moins que les États-Unis agissent immédiatement ». Elle conseille aux États-Unis : « d’investir tout de suite dans des leviers pour des actions décisives à l’avenir en renforçant les capacités militaires, et de gouvernance de ses partenaires sur le terrain, et ainsi regagner la confiance de la population rebelle syrienne, reconstruisant les forces rebelles, et niant à Assad la légitimité internationale dont il a si désespérément besoin. »

Plutôt que de s’opposer aux attaques réactionnaires de Trump sur les droits démocratiques fondamentaux, ses politiques d’immigration criminelles et son expansion massive des dépenses militaires, les démocrates ont concentré tous leurs efforts pour exiger que les États-Unis poursuivent une politique étrangère plus agressive contre la Russie. En effet, les mises en accusation russes sont perçues comme une occasion de détourner l’attention de l’indignation de masse face au traitement horrible des travailleurs immigrés par l’administration Trump.

Étant donné que ni la plus grande implication des États-Unis au Moyen-Orient ni la guerre avec la Russie, puissance nucléaire, n’ont un soutien substantiel dans la population américaine, les politiques des Démocrates ne servent qu’à légitimer Trump.

La lutte qui se déroule au sommet d’Helsinki se situe entre deux factions féroces de droite de l’oligarchie américaine et de la bureaucratie militaire et du renseignement. Il n’y a pas de faction « anti-guerre », sans même parler d’une faction progressiste, dans ce sale combat réactionnaire.

(Article paru d’abord en anglais le 16 juillet 2018)