Le ministre équatorien des affaires étrangères prévient que l’asile politique de Julian Assange « n’est pas pour toujours »

Par Oscar Grenfell
23 juin 2018

Le ministre équatorien des affaires étrangères José Valencia a déclaré mercredi que son gouvernement « réexamine » la « situation » de Julian Assange en discussion avec les autorités britanniques.

Dans les commentaires télévisés sur Ecuavisa, l’une des plus grandes sociétés de radiodiffusion du pays, Valencia a déclaré que l’asile politique à l’ambassade d’Équateur à Londres de l’éditeur de WikiLeaks ne durerait pas « pour toujours ».

Les déclarations publiques de Valence sont la dernière indication d’un complot impliquant les gouvernements Britannique, des États-Unis et de Équateur, pour forcer Assange à quitter l’ambassade où il a obtenu l’asile il y a six ans.

Les États-Unis et leurs alliés sont déterminés à poursuivre Assange pour son rôle dans la révélation de leurs crimes de guerre en Irak, en Afghanistan et à l’échelle internationale, et pour avoir mis en lumière les intrigues diplomatiques quotidiennes des grandes puissances du monde entier.

À cette fin, les gouvernements britannique et américain ont exercé une énorme pression sur l’administration équatorienne du président Lenin Moreno pour qu’il révoque l’asile d’Assange et crée des conditions qui le pousseront à quitter l’ambassade.

Se référant à Assange, Valencia a déclaré : « L’Équateur cherche une solution à ce problème. En principe, l’asile n’est pas éternel. Vous ne pouvez pas penser à un asile qui dure pendant des années, qui ne soit pas, à un certain moment réexaminé, y compris parce qu’il viole les droits du réfugié. »

Les déclarations de Valencia ont des implications de grande portée, transformant effectivement l’asile politique d’un droit fondamental inscrit dans le droit international, en quelque chose qui peut être accordé et révoqué par les gouvernements, selon l’opportunité politique immédiate.

Tout au long du XXᵉ siècle, d’innombrables personnalités politiques et journalistes ont été contraints à demander l’asile, et cela a duré parfois des décennies. La durée de leur asile a été déterminée par leur persécution en cours. La persécution politiquement motivée d’Assange qui était la base de la décision du précédent gouvernement équatorien de lui accorder l’asile, n’a pas faibli, mais a intensifié considérablement.

L’affirmation de Valencia selon laquelle son gouvernement « réexamine » l’asile d’Assange par souci pour les droits de l’éditeur WikiLeaks, ne tient pas la route. Le gouvernement Moreno a déjà violé les principes fondamentaux de l’asile politique. Les conditions d’Assange à l’intérieur de l’ambassade ressemblent de plus en plus à celles d’un prisonnier.

Le 28 Mars, le régime de Moreno a coupé l’accès d’Assange au monde extérieur, coupant sa connexion Internet et interdisant qu’il recoive des visiteurs, à part son équipe juridique.

L’isolement complet de Assange a été appliqué après que le gouvernement équatorien de Moreno nouvellement élu a élargi les liens militaires et économiques avec les États-Unis. Ceci fut précédé par des dénonciations de l’éditeur de WikiLeaks par Moreno, comme un « problème hérité » et un « pirate informatique ». Moreno a défini plus tard une nouvelle conception de l’asile, où la présence d’Assange à l’ambassade est sous la condition que l’éditeur WikiLeaks s’abstienne de faire des déclarations politiques.

Cette semaine, le groupe de surveillance Human Rights Watch a révélé que les autorités équatoriennes lui avaient refusé l’accès à Assange pour discuter de sa situation et contrôler son état de santé. Le rapport est sorti suite aux avertissements de l’équipe juridique d’Assange selon lesquels son état médical se détériore.

Mercredi, Jennifer Robinson, l’une des avocates d’Assange, a déclaré à l' Australian Broadcasting Corporation que son enfermement depuis six ans à l’ambassade, sans la lumière du soleil ni soins médicaux adéquats, « a eu un effet extrême et probablement permanent sur sa santé physique et mentale. » Elle a prévenu qu’Assange était dans « des circonstances terribles » et qu’ « il reste à voir combien de temps cela peut continuer. »

Lundi, s’adressant à une réunion du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, Robinson a condamné les déclarations répétées du gouvernement britannique que l’éditeur de WikiLeaks sera arrêté s’il quitte l’ambassade. Le gouvernement de Theresa May a refusé de fournir une garantie qu’Assange ne sera pas extradé aux États-Unis, où il risque une mise en accusation pour espionnage passible de la peine de mort..

Les commentaires de Valencia indiquent une coordination étroite avec le gouvernement de May. Il a dit : « Ce que nous allons chercher et sur lequel nous allons insister est une solution au problème auquel M. Assange fait face, et quelle raison a conduit à son isolement, en conversation avec les autorités anglaises. »

La déclaration de Valencia démontre les dangers sérieux auxquels est confronté le rédacteur en chef de WikiLeaks. Les autorités britanniques ont clairement fait savoir que la seule « solution » qu’elles accepteront est l’emprisonnement d’Assange dans une prison au Royaume-Uni, où il risquera l’extradition vers les États-Unis.

La situation désastreuse d’Assange souligne l’importance critique de la campagne renouvelée pour sa liberté où le World Socialist Web Site et les Partis de l’égalité socialiste jouent un rôle de premier plan dans le monde entier.

Dimanche dernier, des centaines de travailleurs et de jeunes ont participé à un rassemblement appelé par le Parti de l’égalité socialiste à Sydney pour exiger que le gouvernement australien du Premier ministre Malcolm Turnbull prenne des mesures immédiates pour assurer la libération d’Assange et son retour en Australie, avec la garantie qu’il ne sera pas extradé aux États-Unis.

Des vigies et piquets marquant les six années de confinement d’Assange à l’ambassade ont été organisés mardi à Londres, et dans des villes à travers les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, en Inde, au Sri Lanka et ailleurs.

Le soutien public à l’éditeur de WikiLeaks a été soumis à un silence médiatique presque complet. Il n’y a eu aucune couverture imprimée ou télévisée du rassemblement de Sydney dans la presse de l’establishment en Australie, ni à l’échelle internationale.

Le journaliste d’investigation de renommée mondiale John Pilger, qui a pris la parole lors de la manifestation de Sydney, a condamné les « journalistes de Vichy » qui ont mené une campagne médiatique contre Assange.

Tous les partis parlementaires en Grande-Bretagne et en Australie ont soutenu ouvertement ou tacitement l’assaut sur Assange, ainsi que toute une gamme de la « gauche libérale » et des organisations de la pseudo-gauche qui l’ont abandonné.

Cela démontre que la défense urgente d’Assange, dans le cadre de la lutte contre la guerre et les atteintes aux libertés publiques, nécessite la mobilisation de la classe ouvrière et de la jeunesse.

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[20 juin 2018]

(Article paru en anglais le 22 juin 2018)