Le Parti québécois s’enfonce dans la crise

Par Laurent Lafrance
22 juin 2018

Selon les plus récents sondages, le Parti québécois (PQ) ne récolte que 19% des intentions de vote pour les élections de cet automne au Québec et il pourrait perdre son statut de parti politique à l’Assemblée nationale avec seulement cinq députés élus.

Si le PQ ne profite pas de la colère populaire envers le gouvernement libéral de Philippe Couillard, c’est parce qu’il est vu à juste titre par de nombreux travailleurs comme un autre parti de la grande entreprise, tout aussi dédié à l’austérité capitaliste et de plus en plus basé sur le chauvinisme anti-musulman. C’est dans ce contexte que la Coalition Avenir Québec (CAQ), un parti populiste de droite, joue la carte du «changement» et mène dans les sondages.

Pour faire oublier son lourd bilan anti-ouvrier, le PQ se donne actuellement un air de «gauche», que les grands médias s’empressent de présenter comme un changement d’orientation politique. Les promesses en question comprennent l’octroi de ressources additionnelles aux écoles publiques, l’instauration graduelle de la «gratuité scolaire» au post-secondaire et le rétablissement d’un tarif unique à 8$ par jour dans les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies subventionnées.

En tant que champion de l’austérité capitaliste, le PQ n’a aucunement l’intention d’instaurer la moindre réforme sociale significative. De toute façon, en mettant de l’avant des promesses creuses à des fins purement électorales, il s’engage à ne pas augmenter les impôts sur les grandes sociétés et les riches. Ce qui signifie que la moindre halte des compressions sociales dans un secteur serait entièrement payée par une accélération des compressions sociales dans un autre secteur.

Sans surprise, le PQ combine ses propositions démagogiques à un «nationalisme économique robuste» qui favoriserait la grande entreprise québécoise par le «maintien des sièges sociaux au Québec». Articulant les intérêts de la classe dirigeante québécoise, qui est opposée à l’industrie pétrolière de l’Ouest canadien dont elle juge ne pas tirer suffisamment de profits, le PQ propose d'interdire tout nouveau projet pétrolier ou gazier au Québec.

Au même moment, le PQ continue d’alimenter le chauvinisme anti-immigrants en ravivant certaines propositions mises de l’avant en 2013 dans sa «Charte des valeurs québécoises», notamment en ce qui concerne l’interdiction pour les employés de l'État en situation d'autorité de porter des signes religieux. Avec une interprétation élastique de ce qui constitue une «situation d'autorité», le PQ veut maintenant appliquer cette interdiction aux enseignants et aux employées de CPE.

Avec le soutien de tous les partis de l’Assemblée nationale, le PQ cherche depuis des années à dépeindre les immigrants comme une menace à la société québécoise. Il a récemment proposé d’abolir l’Entente sur les pays tiers sûrs et d’installer une clôture ou une police sur le chemin Roxham à la frontière entre le Québec et les États-Unis pour freiner le passage de réfugiés fuyant les cruelles politiques de l’administration Trump.

Les mesures soi-disant «progressistes» du PQ sont de la poudre aux yeux. Ce parti bourgeois a imposé des compressions sociales massives chaque fois qu’il a été au pouvoir. Le gouvernement Bouchard-Landry (1995-2003), à l’instar du gouvernement conservateur Harris en Ontario et du gouvernement fédéral libéral de Chrétien-Martin, a sabré à la fin des années 1990 des centaines de millions de dollars dans le secteur public, tout en abolissant 40.000 postes en éducation et en santé. Bouchard avait eu la bénédiction des syndicats et des groupes communautaires pour son plan de «déficit zéro» en les intégrant au sommet socio-économique de 1996.

Depuis, le PQ et tout le mouvement souverainiste québécois vont d’une crise à l’autre. Après avoir perdu le pouvoir en 2003, le PQ est tombé en 2007 au rang de deuxième opposition, derrière l’Action démocratique du Québec (ADQ), prédécesseur de la CAQ. Le PQ a regagné le pouvoir une seule fois depuis 2003, et c’est en récupérant le mouvement de grève étudiante de 2012 grâce à la collaboration de ses alliés au sein de la bureaucratie syndicale et des associations étudiantes. Il allait être chassé du pouvoir 18 mois plus tard, après avoir criminalisé une grève dans la construction, imposé des coupures dans l’aide sociale et en éducation, et attisé les sentiments anti-musulmans et anti-immigrants avec sa Charte des valeurs.

Le Bloc québécois, l’organisation sœur du PQ au niveau fédéral, traverse lui aussi une crise existentielle. Il ne s’est jamais remis de son quasi anéantissement lors des élections de 2011 et fait face depuis à des déchirures internes. Sept des dix députés du Bloc ont claqué la porte en février dernier pour contester le leadership de la chef Martine Ouellet, qui a dû quitté ses fonctions suite à un vote de confiance qui ne lui donnait que 32% d’appui parmi les membres bloquistes.

Le fait que la CAQ – un parti populiste de droite n’ayant jamais joui d’une forte popularité et dirigé par l’ancien entrepreneur millionnaire François Legault – soit en mesure de se présenter aujourd’hui comme une alternative favorable aux travailleurs démontre à quel point le Parti québécois s’est tourné vers la droite au cours des dernières décennies.

Comme le PQ, la CAQ fait aujourd’hui de fausses promesses et tente de cacher son radicalisme de droite en minimisant son agitation autour des questions identitaires et des réductions massives d’impôts pour les entreprises – deux aspects qui ont toujours été au coeur de son programme politique.

Il existe un parallèle entre les développements au Québec et ceux ailleurs au Canada et dans le monde. Lors des récentes élections en Ontario, après 15 ans de pouvoir, le Parti libéral appuyé par les syndicats a subi une défaite historique aux mains des progressistes-conservateurs de Doug Ford. Ce dernier est un riche homme d’affaires qui s’est présenté, à la manière de Trump, comme le représentant des gens ordinaires et un opposant à l’establishment politique dont il fait partie.

Dans ses efforts pour redorer son blason aux yeux des travailleurs, le PQ peut compter sur la bureaucratie syndicale, qui lui sert de pilier depuis des décennies. Les syndicats sont opposés à toute mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière, comme cela a été démontré une fois de plus en 2015-16 lorsqu’ils ont torpillé un mouvement d’opposition aux mesures d’austérité du gouvernement Couillard parmi les travailleurs du secteur public.

Les chef syndicaux continuent de dépeindre le PQ comme étant plus progressiste que les libéraux. Lors d’une manifestation du 1er mai organisée par les centrales syndicales, celles-ci ont lancé le slogan «Prendre le parti des travailleurs». Autrement dit, comme en 2012, les syndicats vont diriger leurs attaques uniquement contre les libéraux et la CAQ, tout en gardant le silence sur le bilan du PQ pour favoriser sa victoire électorale.

De son côté, Québec solidaire, un parti des classes moyennes aisées qui gravite autour du PQ et de la bureaucratie syndicale, joue le rôle de flanc «gauche» de la «grande famille souverainiste». QS lance parfois des flèches en direction du PQ pour telle ou telle politique ouvertement de droite. Mais sa principale critique est le manque d’empressement du PQ à établir une république capitaliste du Québec. Après une récente fusion avec Option nationale servant de pont vers le PQ, QS demeure orienté vers un rapprochement avec ce dernier, que ce soit avant ou après les élections.