La chancelière de l’Allemagne encourage le réarmement et la guerre dans un discours au parlement

Par Johannes Stern
26 février 2018

La déclaration du gouvernement adressée jeudi au Parlement allemand à Berlin par la chancelière Angela Merkel a démontré le véritable objectif de la nouvelle grande coalition. Elle va lancer un gigantesque réarmement, mettre en place de nouvelles interventions militaires allemandes, entreprendre un nouveau cycle d'austérité sociale et adopter les politiques de l'extrême droite sur les réfugiés.

Merkel a surtout porté son attention sur le renforcement la politique militaire commune et de grandes puissances de l'Europe afin de permettre à l'Allemagne de poursuivre ses intérêts économiques et géostratégiques dans les zones de conflit du monde entier. Au début de son discours, Merkel a déclaré que l'Europe est «à risque, en raison de sa situation géographique», car «ces guerres et conflits en Syrie, en Libye et en Ukraine ne se déroulent pas ailleurs dans le monde, mais à quelques heures de vol de Berlin».

Elle est «donc convaincue que, premièrement, le monde ne nous attendra pas – ni en Allemagne ni en Europe – et deuxièmement, nous avons urgemment besoin de réponses européennes aux grands problèmes de notre époque». Pour cette raison, ce n’est «pas un hasard que le premier chapitre de l'accord de coalition entre la CDU, la CSU et le SPD est consacré à l'Europe», a dit Merkel. L'enjeu est «notre réponse nationale à la politique européenne».

Merkel n'a laissé aucun doute sur le fait que cette «réponse nationale» inclut le réarmement et la guerre. Au niveau européen, «une politique étrangère et de sécurité commune est importante», a-t-elle déclaré. «Une contribution essentielle à cet égard» est «le renforcement de la coopération dans les domaines de la politique de sécurité et de défense». Après «une phase préparatoire remarquablement courte», l'Allemagne et la France ont «ouvert la voie à une coopération structurée permanente», et maintenant la question est de «mettre en œuvre les premiers projets concrets».

Merkel et toute la classe dirigeante allemande prévoient un renforcement militaire à une échelle comparable à celle du réarmement de la Wehrmacht par Hitler avant la Seconde Guerre mondiale. Aux applaudissements de la CDU / CSU, ainsi que des députés des libéraux-démocrates (FDP) et l’Alternative pour l'Allemagne (AfD), Merkel a appelé à un effort déterminé pour atteindre l'objectif de l'OTAN de dépenser 2 % du PIB sur l'armée, quelque chose que les partis de la coalition ont confirmé dans leur accord.

Il est «juste et important» que «le commissaire parlementaire aux forces armées ait identifié [...] les lacunes de l'armée». Mais il est également «juste et important de ne pas oublier ce qui a été accompli». Nous devons veiller à ne pas prendre des positions conflictuelles sur le plan international: d'une part de nous plaindre constamment de ce qui ne convient pas ou ne fonctionne pas pour nous, et d'autre part de remettre en question le montant des dépenses dont nous avons convenu et que nous devons réaliser».

En chiffres, la «cible», que l'ancien ministre de la Défense Frank-Walter Steinmeier avait d'abord acceptée lors du sommet de l'OTAN au pays de Galles en 2014, représente une augmentation du budget militaire de plus de 70 milliards d'euros par an d'ici 2024!

Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, la ministre de la Défense Ursula Von der Leyen (CDU) et le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel (SPD) ont souligné que le programme de réarmement ouvrait la voie à de nouvelles interventions militaires étrangères plus vastes. «Notre armée excelle dans ses déploiements internationaux.» L'Allemagne est «le deuxième plus grand contributeur de troupes au sein de l'OTAN, y compris dans les déploiements pour lesquels elle fournit des soldats». L'Allemagne joue «un rôle crucial».

Puis, sous les applaudissements de la CDU / CSU, du SPD, du FDP et des Verts, Merkel a menacé d'étendre les opérations militaires de l'Allemagne en Syrie. Le «massacre» du gouvernement syrien doit être «condamné», a-t-elle déclaré, et l'Allemagne doit «s'y opposer clairement». L'Allemagne est «également appelée à jouer un rôle plus important pour mettre fin à ce massacre. C'est ce que nous, Européens, devons tenter de faire, Mesdames et Messieurs.»

Le Parti de gauche soutient également cette approche. «Je veux commenter que vous avez, tout à fait correctement, critiqué les actions d'Assad et de son gouvernement en Syrie. Je partage ce point de vue», a déclaré Dietmar Bartsch, chef du groupe parlementaire du Parti de gauche, en soutien à Merkel. Mais il est «tout simplement inacceptable» que la chancelière n'ait «pas, dans ces circonstances, mentionné l'agression de la Turquie dans le nord de la Syrie». «Une guerre en violation du droit international est en cours là-bas», a-t-il ajouté, et elle est aussi condamnable que «l'agression, la folie d'Assad».

En d'autres termes, si l'Allemagne veut intensifier ses opérations militaires en Syrie, elle devrait les diriger non seulement contre le gouvernement syrien, mais aussi contre l'offensive turque dans les régions kurdes.

Heike Hänsel, chef adjoint du Parti de gauche, a parlé de la même façon. Comme «Mme Merkel dans sa déclaration du gouvernement», le Parti de gauche condamne aussi «avec la plus grande fermeté les attaques contre la Ghouta orientale. Elles doivent être arrêtées immédiatement.» Mais il n'était pas correct que «la chancelière n'ait pas mentionné l'offensive turque, la guerre d'agression contre Afrin et les Kurdes du nord de la Syrie.» C'est «vraiment honteux» et montre «les deux poids, deux mesures de ce gouvernement», a-t-elle ajouté.

Les objectifs du Parti de gauche ne sont pas meilleurs. Tandis que le gouvernement cherche à rétablir les relations avec la Turquie, les représentants du Parti vert et du Parti de gauche ont longtemps défendu l'argument selon lequel une alliance trop étroite avec Ankara mettait en danger l'offensive de l'impérialisme allemand au Moyen-Orient. Ils appellent à des relations plus étroites avec les milices kurdes des YPG, qui ont joué un rôle clé en repoussant l'État islamique en dehors du territoire du nord et de l'est de la Syrie.

Toutes les phrases du Parti de gauche sur une «politique étrangère pacifique» sont tout aussi fourbes que celles du gouvernement. En fait, avant l'entrée officielle de l'Allemagne dans le conflit syrien en décembre 2015, le Parti de gauche avait soutenu l'opposition pro-impérialiste syrienne et préconisé une intervention allemande plus agressive. En octobre 2014, 14 membres dirigeants du Parti de gauche ont signé une déclaration intitulée «Il faut sauver Kobane!» qui demandait au gouvernement de lancer une intervention militaire massive en Syrie et en Irak.

Dans des conditions d'approfondissement des divisions entre les grandes puissances, le Parti de gauche est dans le camp de la grande coalition. À la fin de son discours, Bartsch a déclaré qu'il espérait que «quelque chose sorte de» l'accord de coalition intitulé «Un nouveau départ pour l'Europe, une nouvelle dynamique pour l'Allemagne, une nouvelle cohésion pour notre pays».

Le Parti de l'égalité socialiste (SGP) représente une perspective entièrement différente. L'accord de coalition jette les bases du gouvernement le plus à droite de l'histoire de la République fédérale et doit être rejeté. Parallèlement aux préparatifs militaires, Merkel a annoncé de nouvelles «réformes» dans son discours pour «améliorer la compétitivité dans la zone euro» et un renforcement «majeur» de «Frontex, la force européenne de protection des frontières».

Le SGP appelle à de nouvelles élections et se bat pour un programme socialiste contre les coupes sociales, le militarisme et la guerre. Les politiques réactionnaires menées par les partis conservateurs et le SPD, soutenues dans leurs aspects fondamentaux par tous les partis parlementaires, doivent être stoppées par l'intervention indépendante de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 24 février 2018)