Les chasseurs de sorcières du Parti démocrate visent la candidate du Parti vert Jill Stein

Par Déclaration du bureau politique du Parti de l’égalité socialiste (Etats-Unis)
28 décembre 2017

Le Parti de l’égalité socialiste (PES) condamne la prise pour cible de la candidate du Parti vert à l’élection présidentielle de 2016, Jill Stein, par les chasseurs de sorcières néo-maccarthystes de la commission sénatoriale du renseignement.

Le PES a des différends politiques fondamentaux avec le Parti vert. Cependant, nous défendons sans équivoque le droit constitutionnel du Parti vert de mener son travail et de mener des campagnes électorales sans être inquiété par le gouvernement et ses services de police et de renseignement. L’attaque contre Stein, lancée par le Parti démocrate, est une tentative inconstitutionnelle de délégitimer et de réprimer l’opposition politique au monopole du système bipartite capitaliste.

Stein a averti dans une déclaration que les enquêtes sont « utilisées pour intimider et faire taire l’opposition de principe à l’establishment politique » dans un climat « d’attaques contre nos libertés individuelles, avec l’émergence de la censure dans les médias sociaux et la presse, la criminalisation des manifestations, la militarisation de la police et l’expansion massive de l’État-surveillant. »

Lundi, Stein a confirmé que les enquêteurs du Sénat avaient exigé qu’elle produise des documents en rapport avec ses interactions alléguées avec la Russie. Son activité suspecte, selon les enquêteurs du Congrès, consisterait en un dîner pour le dixième anniversaire de RT, la seule chaîne de télévision qui ait donné à sa campagne une couverture importante, auquel le président russe Vladimir Poutine était également présent.

Stein n’a absolument aucun compte à rendre au Congrès américain. En tant que candidate à la présidentielle, elle avait pleinement le droit, non seulement d’assister à un événement médiatique, mais aussi de rencontrer et d’avoir des discussions avec toute autre personnalité publique, étrangère ou nationale.

Quelqu’un devrait-il croire que ni Hillary Clinton ni sa campagne n’ont eu de contact avec des dirigeants politiques d’autres pays ? Le 19 septembre 2016, par exemple, Clinton a rencontré publiquement trois chefs d’État étrangers, dont le président ukrainien Petro Poroshenko, installé dans un putsch dirigé par les fascistes, et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le boucher du Caire qui a noyé la révolution égyptienne dans le sang.

Les enquêtes sur les allégations « d’ingérence » russe reposent sur des affirmations infondées selon lesquelles la Russie aurait manipulé les élections américaines. Cependant, le fait que Sissi et Porochenko soient au pouvoir montre à quel point les États-Unis s’immiscent dans les affaires politiques de tous les pays du monde, organisant des coups d’État, soutenant les dictatures et bombardant et envahissant les pays comme bon leur semble.

En plus du dîner organisé par RT, Stein, selon le doyen démocrate de la commission Mark Warner, aurait eu « des choses très flatteuses à dire au sujet de Julian Assange ». Et cela est maintenant la preuve d’une activité potentiellement criminelle ? Assange, le fondateur de WikiLeaks, est un journaliste qui a contribué à révéler les crimes de l’establishment politique américain.

Pour s’être exprimée publiquement en faveur d’un dissident prisonnier politique, Stein est menacée d’être traînée devant une commission du Congrès comme si elle était impliquée dans une activité relevant de la trahison.

C’est la réalité orwellienne de l’Amérique en 2017, gouvernée par deux partis oligarchiques de droite qui ne peuvent et ne vont tolérer aucune opposition politique.

Tout le postulat de la « conspiration russe » est monté de toutes pièces, il vise à trouver des excuses à l’hémorragie du soutien pour les démocrates parmi de larges couches de la population et à mettre leur défaite électorale sur le compte de l’existence même d’une remise en question du système bipartite.

Dans son livre, What Happened (Ce qui s’est passé), Clinton a fulminé que « les Russes orientaient leur propagande vers les électeurs indécis et les partisans « mous » de Clinton qui pouvaient être persuadés de rester à la maison ou de soutenir un candidat d’un parti tiers. »

Elle a poursuivi : « C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les candidats des partis tiers ont obtenu plus de cinq millions de voix de plus en 2016 qu’ils n’en avaient obtenu en 2012. C’était un objectif des Russes et des Républicains, et ça a fonctionné. »

Maintenant, les démocrates utilisent leur poids dans les institutions pour poursuivre une vendetta contre un parti auquel ils reprochent d’avoir contribué à leur défaite électorale.

La raison pour laquelle le vote pour les partis tiers a augmenté en 2016 n’était pas une « ingérence » russe, mais parce que des millions de personnes détestaient les candidats des deux grands partis du monde des affaires. Le Parti démocrate mène l’attaque contre l’opposition politique aux États-Unis parce qu’il se sent en état de siège par rapport au sentiment populaire, qui, généralement s’oriente vers la gauche.

Pour cette raison, le Parti démocrate s’est lancé dans une série de provocations, allant des allégations d’ingérence russe à l’hystérie entourant les allégations d’inconduites sexuelles. Pendant tout ce temps, il a créé les conditions les plus favorables possibles permettant aux républicains d’adopter une réduction massive de l’impôt sur les sociétés, une politique qui bénéficie d’un soutien bipartite.

Les vieux clichés des sections les plus à droite du Parti républicain au plus fort du maccarthysme durant la Guerre froide – dans lesquels les revers en politique étrangère de l’impérialisme américain et toute dissidence politique étaient présentés comme le résultat d’une conspiration d’infiltrés étrangers et d’agitateurs de gauche – ont été adoptés par le Parti démocrate.

L’enquête du Sénat sur le Parti vert intervient alors que des personnalités comme Warner et le dirigeant démocrate de la commission de renseignement du Congrès, Adam Schiff, demandent une censure politique massive des entreprises de technologie et que la Commission fédérale des Communications (FCC) a décidé de revenir sur la neutralité d’Internet, donnant aux fournisseurs d’accès à Internet libre cours pour bloquer l’accès aux sites Web oppositionnels.

La prise pour cible du Parti vert marque une nouvelle étape dans la tentative de criminaliser la dissidence et l’opposition politique aux États-Unis au moment où l’élite dirigeante prépare une nouvelle offensive contre les droits sociaux de la classe ouvrière et envisage des conflits entre « grandes puissances » qui risquent de déclencher une nouvelle guerre mondiale.

(Article paru en anglais le 23 décembre 2017)