Accord turco-russe sur les missiles : une escalade du conflit entre la Turquie et l’OTAN

Par Halil Celik
22 juillet 2017

Au milieu de l’escalade du conflit entre Ankara et ses alliés de l’Otan et à l’intérieur de la classe dirigeante turque, et coïncidant avec le premier anniversaire de la tentative échouée de coup d’État du 15 juillet l’année dernière, le ministre turc de la défense, Fikri Isik, a déclaré mardi que les négociations entre Ankara et Moscou avaient conclu un accord sur le déploiement par la Turquie du système de missiles S-400 de la Russie. Ce système de missiles ne serait pas intégré au réseau de défense aérienne de l’OTAN.

S’adressant aux journalistes à Ankara lundi, Isik a déclaré que les négociations entre les gouvernements turc et russe « sont sur le point d’aboutir avec succès ». Il n’a cependant pas donné de date pour la signature. Alexander Mikheyev, PDG de l’exportateur d’armes de l’État russe Rosoboronexport, a également confirmé le contrat d’achat.

Bloomberg News a rapporté la semaine dernière l’accord de la Turquie avec la Russie pour l’achat de l’un des systèmes de défense antimissile les plus sophistiqués au monde, d’un coût de 2,5 milliards de dollars. Selon les termes de l’accord, Ankara achètera deux batteries de missile en provenance de Russie dans un délai d’un an et en produira deux autres en Turquie.

Parallèlement à l’annonce de la conclusion imminente de l’accord de missiles turco-russe, Ankara a également signé un accord initial avec le consortium franco-italien Eurosam sur le développement d’un autre système de défense antimissile.

Lors d’une réception à l’ambassade de France à Ankara pour fêter le 14 juillet, le ministre turc de la défense a déclaré que les entreprises turques travailleraient avec le consortium franco-italien. Selon l’agence de presse publique turque Anadolu, il « a qualifié la démarche d’un des développements les plus concrets de l’alliance turque dans l’industrie de la défense. »

Actuellement, Ankara n’a pas ses propres systèmes de défense aérienne à longue portée. Il dépend des missiles espagnols Patriot Advanced Capability-2 et des missiles SAMP-T’italiens, stationnés en 2016 dans le sud-est de la Turquie, après que les États-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas ont décidé de retirer leurs batteries Patriot du pays. Cela a intensifié les efforts d’Ankara pour acquérir son propre système de défense antimissile.

S’il devait être signé, l’accord sur les systèmes S-400 compromettrait encore plus les relations d’Ankara avec l’OTAN, en particulier avec les États-Unis, comme cela s’est produit lorsque la Turquie a décidé d’acheter un système de défense aérienne à longue portée à une entreprise publique chinoise en 2013. Sous la pression des États-Unis, le gouvernement turc a été forcé d’en abandonner le programme à 3,4 milliards de dollars en novembre 2015.

Une fois le projet annulé, l’armée de l’air turque a abattu un bombardier russe le 24 novembre 2015, sapant les relations turco-russes, Ankara a exprimé son intention de développer indépendamment un système de défense antimissile. Ce but n’a cependant pas encore été atteint et Ankara s’est tourné vers Moscou pour acheter le système de défense aérienne et antimissile S-400.

Malgré les nombreuses déclarations des fonctionnaires turcs selon lesquelles l’accord avec la Russie ne devrait pas être considéré comme une recherche d’une alternative à l’OTAN ou à l’UE, l’accord S-400 est un coup de grâce pour ces deux alliances impérialistes secouées par des crises.

En obtenant son premier système de défense aérienne et antimissile à longue distance en provenance de Russie, la Turquie in devient envisageable pour la Turquie de fermer ses cieux aux chasseurs de l’OTAN si nécessaire.

Parlant de l’accord S-400, le secrétaire américain à la défense, James Mattis, a déclaré aux journalistes vendredi dernier qu’ils devaient « voir » – est-ce qu’ils vont aller au bout ? Vont-ils vraiment l’utiliser ? Vont-ils ne l’utiliser que dans un seul secteur ? Tout ce genre de choses. Mais vous savez, nous devrons y faire attention. »

Le gouvernement turc, dirigé par le président Recep Tayyip Erdogan, connaît également les risques encourus. En raison de son incapacité à se plier aux intérêts américains et aux stratégies de guerre en Syrie contraires aux intérêts propres d’Ankara, Erdogan est devenu la cible principale des alliés impérialistes de la Turquie, dans un conflit qui a atteint son point culminant dans la tentative du coup d’État le 15 juillet 2016.

Puisque la tentative du coup d’État a échoué grâce à l’opposition populaire de masse, Erdogan et son gouvernement ont ouvertement accusé les alliés occidentaux d’Ankara, en particulier les États-Unis et l’Allemagne, de soutenir les putchistes et a interdit aux parlementaires allemands de rendre visite à leurs troupes en Turquie.

En réponse, Berlin a décidé de redéployer ses troupes et équipements de la base d’Incirlik vers des positions ailleurs, peut-être la Jordanie, tandis que Berlin et ses alliés européens, notamment l’Autriche et les Pays-Bas, ont interdit aux représentants du gouvernement turc d’organiser des rassemblements lors de la campagne du référendum constitutionnel turc du 16 avril.

En utilisant comme prétexte, de manière hypocrite, la répression d’Erdogan contre l’opposition qui a suivi le coup d’État, le Parlement européen a voté contre la poursuite des négociations d’adhésion entre Ankara et l’UE. Pendant ce temps, le 7 juillet, plus de deux ans de négociations en Suisse entre les dirigeants des Chypriotes grecs et turcs pour réunifier l’île de Chypre divisée se sont effondrés.

(Article paru en anglais le 21 juillet 2017)