Les crimes de guerre de Washington en Syrie

Par Bill Van Auken
16 juin 2017

Le gouvernement des États-Unis est coupable de crimes de guerre. C’est la conclusion clairement affirmée de la commission d’enquête internationale indépendante créée par les Nations Unies en 2011 pour enquêter sur les violations des droits de l’Homme découlant de la longue guerre soutenue par les États-Unis pour le changement de régime en Syrie.

La campagne de bombardement implacable du Pentagone à l’intérieur et à l’extérieur de la ville de Raqqa au nord de la Syrie, la prétendue « capitale » de l’État islamique d’Irak et de Syrie (ÉI), a infligé une « perte de vies sidérante chez les civiles », tout en obligeant plus de 160 000 civils de fuir leurs maisons, a déclaré mercredi, Paulo Pinheiro, président de la commission d’enquête de l’ONU.

Les avions de guerre américains ont largué des dizaines de milliers de munitions sur Raqqa et ses environs, tuant et mutilant des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants syriens. Les unités des Marines américains, qui ont régulièrement renforcé les forces terrestres déployées illégalement sur le sol syrien, ont lâché une puissance de feu mortelle supplémentaire, tirant avec des obusiers de 155 mm dans des quartiers urbains bondés et envoyant des hélicoptères d’attaque Apache pour fournir un soutien aérien rapproché aux soi-disant Forces démocratiques syriennes. Cette force par procuration de Washington est dominée par les milices des YPG kurdes et « conseillée » par les troupes américaines des Opérations spéciales.

Le siège sanglant de Raqqa se déroule alors même que le Pentagone est en train de commettre un massacre similaire, commencé en octobre dernier, à Mossoul, une ville irakienne à 373 kilomètres à l’est qui, dans le temps, pouvait afficher une population de plus de 2 millions d’habitants. La majeure partie de Mossoul a été pulvérisée par des bombes américaines, des fusées et des obus. Des milliers de personnes ont été tuées et blessées, alors que beaucoup restent encore enterrées sous les décombres.

L’étendue des crimes de guerre commis par le Pentagone se voit plus clairement grâce aux reportages vérifiés selon lesquels les unités d’artillerie américaines tirent des obus au phosphore blanc dans Raqqa et Mossoul. Ces armes chimiques incendiaires, que le droit international interdit d’utiliser dans les zones peuplées, enflamment la chair humaine par simple contact, la brûlent jusqu’à l’os, tandis que ceux qui respirent les gaz dégagés par les obus étouffent et brûlent de l’intérieur. Les blessures horribles causées par ces armes rouvrent lorsqu’elles sont exposées à l’air. Le phosphore blanc est utilisé pour terroriser ceux qui sont attaqués.

Une autre arme cruelle employée contre les populations de Raqqa et de Mosul est la roquette MGM-140B. Tirée d’un lance-roquettes mobile, l’arme détonne en plein air, dispersant quelque 274 grenades antipersonnel, dont chacune est capable de tuer toute personne dans un rayon de 15 mètres.

Le mois dernier, le secrétaire américain à la défense, James Mattis, a déclaré aux médias que le Pentagone adoptait des « tactiques d’annihilation » dans sa campagne anti-ÉI, ajoutant : « Les victimes civiles sont une simple réalité de la vie dans ce genre de situation ». Mattis, général des Marines récemment retraité, que l’armée a surnommé Mad Dog (chien enragé), sait de quoi il parle. En 2004, il a dirigé les deux sièges meurtriers de Falloujah qui ont coûté la vie à des milliers d’Irakiens et, comme pour les dernières atrocités américaines, il y a utilisé des obus au phosphore blanc contre une population civile.

Les interventions militaires américaines en Irak et en Syrie ne visent pas à « anéantir » l’ÉI, qui est lui-même le produit de l’invasion et de l’occupation de l’Irak par les États-Unis en 2003, suivie de l’utilisation par Washington de combattants islamistes comme forces terrestres par procuration dans les guerres de changement de régime également en Libye et en Syrie. Alors que Raqqa a été entouré par des forces au Nord, à l’Est et à l’Ouest, soutenues par les États-Unis,, une voie d’évacuation pour les combattants de l’ÉI a été ouverte au Sud-Est afin de les diriger dans la province de Deir al-Zour afin qu’ils puissent combattre l’armée syrienne là-bas. De même, on a laissé fuir de Mossoul un grand nombre de combattants de l’ÉI, qui ont traversé la frontière vers la Syrie pour cette raison.

Les objectifs stratégiques de Washington en Irak et en Syrie ne sont pas de « lutter contre le terrorisme », mais plutôt de consolider l’hégémonie américaine sur le Moyen-Orient et de se préparer à la guerre contre les principaux obstacles à cet objectif, l’Iran et la Russie. Pour l’impérialisme américain, le contrôle incontesté sur le golfe Persique et l’Asie centrale fournirait les moyens de couper l’approvisionnement en énergie de son rival mondial, la Chine.

Ces objectifs prédateurs sont la source de crimes de guerre, et pas seulement en Irak et en Syrie. Au Yémen, Washington soutient une guerre quasi génocidaire menée par la monarchie saoudienne pour affaiblir l’influence de l’Iran dans le golfe Persique. Pendant sa visite à Riyad le mois dernier, le président Donald Trump a annoncé un accord de 110 milliards de dollars avec le royaume qui, en premier lieu, reconstituera l’arsenal de bombes et de missiles qu’il fait pleuvoir sur la population de la nation la plus appauvrie du monde arabe.

Cet accord sur l’armement suit des accords similaires signés par l’administration Obama, qui a également fourni aux Saoudiens une aide logistique et de renseignement pour la guerre du Yémen, y compris le ravitaillement en vol de ses avions de guerre et le soutien naval américain pour un blocus qui affame la population et lui refuse des fournitures médicales. En plus de tuer 12 000 personnes, la guerre américano-saoudienne a laissé au moins 7 millions de Yéménites au bord de la famine, alors que le choléra menace d’en tuer des milliers encore. Selon Save the Children, en moyenne, un enfant yéménite contracte une maladie toutes les 35 secondes.

Pendant ce temps, Washington se prépare à intensifier de nouveau la tuerie prolongée en Afghanistan. Les responsables américains ont déclaré mardi que Trump a autorisé Mattis à établir lui-même le nombre de troupes dans le pays que les États-Unis occupent depuis 2001. Des milliers d’autres soldats devraient être déployés, pour appliquer les « tactiques d’anéantissement » que le secrétaire de la défense affectionne. On a eu un avant-goût lundi de ce qui surviendra lorsque les troupes américaines, dont le convoi a été frappé par une bombe posée en bord de route, ont ouvert le feu sans discrimination sur les civils, tuant un travailleur d’un four de briques et ses deux fils, âgés de huit et dix ans.

Ces atrocités se manifestant dans un champ de bataille en expansion sur toute la planète, ce qui est frappant, c’est l’absence d’une opposition organisée aux crimes de guerre américains. Les guerres continues ne sont même pas un sujet de débat au Congrès et sont soutenues également par les démocrates et les républicains. Les médias, une agence de propagande fidèle du Pentagone et de la CIA, se désintéressent complètement des crimes de guerre américains, et font attention uniquement lorsque des allégations ont été faites contre la Russie ou le gouvernement syrien.

En outre, alors que des masses de travailleurs aux États-Unis et de par le monde s’opposent à la guerre, les groupes de la pseudo-gauche, qui ont émergé dans les protestations anti-guerre de la classe moyenne des années 1960 et 1970, ont abandonné ne serait-ce qu’une opposition verbale à l’agression militaire américaine. Reflétant les intérêts des couches privilégiées de la classe moyenne, des groupes comme l’International Socialist Organization aux États-Unis, le Parti de gauche en Allemagne et le Nouveau Parti anticapitaliste en France articulent la politique de cette nouvelle couche pro-impérialiste, justifiant des interventions néocoloniales au nom des « droits de l’Homme » et en qualifiant de « révolutions » les opérations de changement de régime de la CIA en Libye et en Syrie.

L’émergence d’un véritable mouvement anti-guerre est aujourd’hui une question de vie et de mort, car les crimes de guerre commis par Washington à travers le monde menacent de converger dans un conflit mondial impliquant les grandes puissances nucléaires. Un tel mouvement ne peut être construit que dans la lutte pour mobiliser la classe ouvrière indépendamment sur la base d’un programme socialiste pour mettre fin au capitalisme qui est la source des guerres.

(Article paru en anglias le 15 juin 2017)